Politique

Patronat de combat

Pour Gattaz, la grève est « un goulag », un cégétiste, « un terroriste » : de qui se moque-t-on ?

Publié le 31 mai 2016

Yano Lesage

Dans son interview publié dans les colonnes du Monde ce lundi, Pierre Gattaz a su faire honneur à ses origines et à son père, Yvon Gattaz, lui-même à son heure, président de l’ancienne organisation patronale, le CNPF, et montré qu’il était le digne héritier de celui qui voulait « interdire les syndicats ». Il a ainsi qualifié, avec toute la mesure qui sied à sa famille, les syndicalistes CGT de « de voyous, de terroristes ». Quand la presse patronale, face à la grève de la CGT livre, hurle au « goulag », le patron du Medef n’hésite pas à qualifier les syndicalistes de « terroristes ». Des propos qui ont jusqu’à choqué les membres du gouvernement. Choqué, vraiment ?

En qualifiant la CGT de « terroristes », le patron du Medef dit finalement tout haut ce que le gouvernement pense tout bas, et cherche à instiguer dans l’opinion depuis l’entrée en force des raffineurs et de la CGT dans le mouvement contre la loi travail. Criminaliser les mouvements sociaux, utiliser l’arsenal anti-terroriste pour mater le mouvement ouvrier, et réprimer la contestation, c’est décidément une nouvelle fois le Medef qui résume le mieux la politique du gouvernement.

Pourtant, et dans les réactions des membres du gouvernement, ces derniers se disent choqués par la violence du propos. Quand Manuel Valls, tout en rappelant qu’il est « très respectueux du patronat » - ô combien sa politique l’a démontré – affirme que ces « propos ne sont pas acceptables », Myriam El Khomri, qui joue décidément toujours le mauvais rôle, met « l’outrance » des propos de Pierre Gattaz sur un pied d’égalité avec ceux de Martinez. Toute la politique du gouvernement depuis ces dernières semaines vient pourtant confirmer le fait qu’il porte clairement les opinions de ce patronat de combat contre la classe ouvrière et ses intérêts.

Face à cette déclaration, Philippe Martinez a décidé de porter plainte pour diffamation, comme il l’a annoncé ce mardi, lors d’une visite en Ille-et-Vilaine. Cependant, pour faire face à cette franche attaque du patronat à l’encontre des syndicalistes combatifs, il faudra beaucoup plus que de faire confiance à la justice bourgeoise et à l’armée d’avocats que compte ce capitaliste.

La meilleure défense, c’est encore l’attaque. En cela, rejouer la table des négociations avec le gouvernement pour négocier la réforme de l’article 2 sur la loi travail, comme Martinez l’a évoqué dans son débat avec Laurent Berger, chef de la CFDT sur RTL dimanche, n’est certainement pas la meilleure solution. Pour faire mal au patronat et lui faire ravaler sa langue, rien de mieux que d’obtenir le retrait pur et simple de cette loi travail, dont il se réjouit par avance. Et pour cela, maintenir la mobilisation et la pression sur le gouvernement.