Politique

Edito

Pour Hollande, un Brexit qui tombe à pic ?

Publié le 24 juin 2016

Une chose est sûre, avec le Brexit, la crise politique ouverte suite à la tentative du gouvernement d’interdire la manifestation du 23 juin a disparu des écrans radars. Pour Hollande, empêtré dans un piège qu’il s’est tendu lui-même, Valls ayant appuyé sur la gâchette pour imposer son coup bonapartiste, ce Brexit apparait comme une bouffée d’oxygène. Exit, la politique intérieure. C’est désormais l’Europe, et la politique internationale qui truste le débat politique. De quoi lui offrir un peu de répit avant la tempête ?

Damien Bernard

Une interdiction qui sème le trouble

La semaine a été mouvementée pour Hollande, Valls et consorts. Les annonces et contre-annonces se sont succédées. L’interdiction annoncée d’une manifestation appelée par la première centrale syndicale du pays, une première depuis la guerre d’Algérie et le massacre de Charonne du 8 février 1962, a approfondi les lignes d’une fracture pourtant déjà profonde.

Le « peuple de gauche », en rupture avec Hollande, sa loi Travail et son monde, a eu une nouvelle démonstration de ce liberticide gouvernement de « gauche ». Les « frondeurs » ont de nouveau grondé, Christian Paul, leur chef de file, parlant même d’une « faute historique ».

Mais chose tout à fait nouvelle, c’est au sein même du PS, que les voix se sont levées contre l’interdiction et non des moindres. Christophe Sirugue, rapporteur de la loi El Khomri, affirmait sur son profil facebook qu’il ne peut « cautionner » une « interdiction de la manifestation ».

Valls le bouc émissaire !

Hollande, toujours au plus bas dans les sondages, avait tenté d’apporter une réponse à la crise interne qui couvait, en faisant machine arrière quant à la demi-primaire à gauche. Fortement affaibli par la dernière séquence, l’objectif était de faire baisser la pression au sein même du PS, pour d’une part « rassembler » quitte à se ridiculiser lors des primaires, tout en espérant compter sur la multiplication des candidatures pour espérer un miracle.

Mais Valls a tout gâché et a ouvert une nouvelle crise qui aurait bien pu le faire tomber. Désormais, il s’agit d’exiger de Hollande qu’il prenne les bonnes décisions. François Hollande doit « prendre les affaires en main », a affirmé Martinez, ce 23 juin. « À chaque fois qu’on essaie d’apaiser les choses, le Premier ministre remet de l’huile sur le feu », ajoute-t-il. Pourtant, à y voir de plus près, c’est Hollande même qui a mis le premier le pied dans l’étrier.

Après Manuel Valls, qui a, mercredi 15 juin au matin, appelé la CGT à « ne plus organiser » de manifestations dans la capitale, c’est François Hollande, lui-même, qui a accentué le propos en rappelant à l’ordre la CGT sans le nommer. Le chef de l’Etat avait ainsi annoncé en Conseil des ministres qu’il n’y aurait plus d’autorisation de manifester si la préservation des « biens et des personnes » ne pouvait être « garantie ».

Même si la sortie de Valls était surement incontrôlée et non concertée, ce dernier jouant sa carte de « l’autorité » tel un Bonaparte, celle-ci était légitimée par les déclarations de Hollande. La crise politique ouverte, par la suite, lui a infligé une défaite politique importante. Ce sont ensuite les rétropédalages gouvernementaux pour faire porter le chapeau, à celui qui pourrait devenir le fusible, en cas de fortes turbulences. « C’est une décision de gestion opérationnelle de l’ordre public. L’arbitrage n’a pas été rendu par le président lui-même » affirment les proches de Hollande.

Le Brexit qui tombe à pic !

Sous forte pression d’une crise politique, le Brexit, pas forcément aussi attendu que Sapin, l’exprime arrive à point nommé. Hollande et le gouvernement, peuvent désormais prendre de la hauteur et théatraliser leur « douleur » quant à ce déchirement du Brexit. « Un choix douloureux que je regrette profondément », déclare le chef de l’Etat.

Bien que cela n’arrange pas la bourgeoisie européenne, et notamment française et d’autant plus allemande, pour Hollande, il faut prendre acte. Et en l’occurrence, c’est du pain béni pour celui qui était marqué par ses nombreuses défaites cuisantes sur le terrain de la politique intérieure. Exit, la déchéance de nationalité, l’entrée en matière très maladroite sur la loi Travail, ou encore le 49.3, et l’interdiction de la manifestation du 23.

Place désormais, à la France « progressiste », celle qui a joué un rôle majeur dans la construction européenne. Hollande peut reprendre ses habits de « sauveur », celui qui a joué un rôle « fondamentale » dans le « dénouement » de la crise grecque. « L’Europe ne peut plus faire comme avant », a souligné le chef de l’Etat qui s’exprimait depuis l’Elysée à l’issue d’une réunion avec plusieurs membres du gouvernement. Elle doit « se concentrer sur l’essentiel », a-t-il dit, citant : sécurité, investissement, harmonisation fiscale et sociale.

Mais à un an des présidentielles, c’est aussi l’occasion pour Hollande, qui a emprunté une bonne partie du programme sécuritaire et liberticide du Front National, avec notamment l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, de recréer une ligne de rupture avec Marine Le Pen : l’appartenance à l’euro et à l’Union Européenne. Tandis que la droite durcit la loi Travail et abroge les 35h, Hollande se gauchit, et récréer les clivages, pour espérer. Le Brexit est certes une bouffée d’oxygène, mais pour combien de temps ?