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Monde

Lettre ouverte au président de la République

Pour Salah Hamouri. Courrier de Jean-Claude Bourdin à Macron

Professeur émérite de philosophie à l’Université de Poitiers, Jean-Claude Bourdin interpelle la présidence au sujet du sort qui est fait à Salah Hamouri

En Palestine occupée, Salah Hamouri, militant franco-palestinien, a de nouveau été arrêté le 23 août. Il a été placé en détention administrative pour six mois, renouvelable sans motif. C’est bien entendu un cas exemplaire d’acharnement de l’Etat sioniste contre un Palestinien. Jean-Claude Bourdin, professeur émérite de philosophie à l’Université de Poitiers, a envoyé un courrier à son sujet à Emmanuel Macron, que nous relayons, alors que lundi, à Paris, une nouvelle manifestation aura lieu, à 18h, entre Stalingrad et République.

Jean-Claude Bourdin
Professeur émérite de philosophie
Université de Poitiers

à

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Président, je suppose que vous avez appris qu’un citoyen franco-palestinien, Monsieur Salah Hamouri, a été arrêté mercredi matin de la semaine dernière, à Jérusalem-est. J’apprends qu’alors qu’un accord avait été trouvé et qu’il était sur le point d’être libéré sous caution (caution réunie par son père), l’intervention du Ministre de la défense a eu comme résultat de lui infliger une peine de détention administrative de six mois, renouvelable, sans motif. D’après ses avocats, il lui est reproché de travailler avec une organisation illégale.

Vous aurez de plus amples informations auprès du Ministère des Affaires Étrangères et du Consulat de France à Jérusalem et vous apprendrez ce qu’a déjà été sa vie sous l’arbitraire administratif israélien, six ans de prison sous une accusation jamais étayée par des preuves. Vous saurez que son épouse, Madame Elsa Lefort, a été retenue et refoulée l’an dernier, au moment de rentrer en Israël, alors qu’elle était enceinte. Vous pourrez imaginer quelle est la situation de ce couple et de leur petit enfant, né entre temps. Le plus important est que les autorités policières et de sécurité de l’armée ont été incapables de fournir des preuves de ce qui leur est reproché, à savoir être une menace pour l’État israélien. Vous en conclurez, comme tous ceux qui ont soutenu Salah Hamouri en prison et les démarches d’Elsa Lefort pour retrouver son époux avec leur enfant, qu’ils sont victimes de l’acharnement de cet État. Il n’y a qu’une seule explication à cet état de fait : l’État d’Israël n’a libéré Monsieur Hamouri, dans l’échange qui a bénéficié au franco-israélien Gilad Shalit, qu’à contre cœur et tient à lui faire « payer » sa libération qui a manifesté que ce dont on l’accusait était un montage grossier des services de sécurité.

Certes, Monsieur Hamouri est un opposant à la politique israélienne à l’égard des Palestiniens. Il ne s’en cache pas. Il vient d’être reçu comme avocat, après des études rendues chaotiques par les entraves administratives, réalisant ainsi son vœu de venir en aide aux prisonniers politiques dans ce pays. Il est évident qu’on veut se débarrasser d’un opposant qui saura s’appuyer sur le droit israélien pour lutter contre l’occupation des territoires, le progrès de la colonisation illégale, la clochardisation à laquelle est réduite l’immense majorité de la population.

Je me permets de vous écrire et de porter ces quelques éléments à votre connaissance, parce que je suppose que vous aurez l’écoute de Monsieur Benjamin Netanyahu à qui vous avez fait l’honneur de l’inviter à la cérémonie du souvenir et de reconnaissance de la responsabilité de la France dans la « rafle du Vel d’Hiv ». Je vous demande de bien vouloir agir pour obtenir la libération de Monsieur Hamouri et la régularisation de la situation de sa femme.

Je précise que si je prends particulièrement à cœur le sort de Monsieur Salah Hamouri et indirectement celui de Madame Elsa Lefort, c’est parce que je suis l’oncle de cette dernière.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma parfaite considération.

Jean-Claude Bourdin

[Crédit photo : L’Humanité]




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