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Société

Délit de solidarité

Pour avoir aidé trois migrantes blessées, un enseignant-chercheur prend 2 mois de sursis

Poursuivi pour avoir aidé des Érythréennes, Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur, a été condamné à 2 mois de prison avec sursis. Après Cédric Herrou, une nouvelle condamnation pour « délit de solidarité ».

Crédits photos : F. Binacchi / ANP / 20 Minutes

« J’ai secouru des personnes blessées ». Le 18 octobre 2016, Pierre-Alain Mannoni, universitaire spécialisé en écologie marine, avait été interpellé au péage de la Turbie (Alpes-Maritimes) pour avoir hébergé dans un squat trois migrantes « apeurées, fatiguées, blessées, frigorifiées ». L’enseignant comptait les conduire le lendemain à la gare de Cagnes-sur-Mer pour qu’elles se rendent à Marseille, afin que des associations et des médecins les prennent en charge. Une infirmière a observé qu’elles portaient des traces de brûlures, l’une d’elles souffrant d’une entorse.

« Je suis abattu, je ne comprends pas ce verdict », a affirmé M. Mannoni devant le palais de justice d’Aix-en-Provence. Une centaine de personnes s’étaient rassemblées en solidarité avec l’enseignant qui a annoncé son pourvoi en cassation : « J’ai secouru des personnes blessées, en détresse, c’est le geste qu’il fallait faire. » Il est poursuivi pour aide au séjour et à la circulation d’étrangers en situation irrégulière. La cour d’appel a considéré que l’aide apportée par Mannoni aux trois Érythréennes « s’inscrivait dans une démarche d’action militante en vue de soustraire des étrangers aux contrôles ».

Cette justice – comme elle l’avait déjà fait le 8 août en condamnant à quatre mois de prison avec sursis Cédric Herrou, agriculteur et figure emblématique du secours fourni aux migrants par les habitants de la vallée de la Roya – illustre une nouvelle fois son caractère xénophobe et raciste. Cette condamnation est à dénoncer tout en affirmant notre solidarité la plus complète avec Pierre-Alain Mannoni.

La situation de ces trois migrantes est une illustration de plus de l’horreur de la situation de millions de migrants qui aujourd’hui sont déplacés à travers le monde souvent en raison de guerres, d’interventions impérialistes – nombreuses sont celles orchestrées par l’État français –, de la colonisation, qui ont ravagé et ravagent encore économiquement, politiquement, humanitairement de nombreux pays.

Parce qu’aujourd’hui c’est bel et bien la politique française vis-à-vis des réfugiés qui est honteuse et « coupable ». Une politique qu’il faut continuer de dénoncer et c’est pour cela que nous sommes solidaires de l’ensemble des militants et camarades que l’État tente d’effrayer, de dissuader, par des condamnations symboliques ou exemplaires comme il tente de le faire avec l’affaire Pierre-Alain Mannoni.




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