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Politique

Édito

Pour défendre Macron et laver leur honneur, les barbouzes, eux, ont droit à leur 20h

Hier soir, et à la surprise générale, Alexandre Benalla était l'invité du 20h de TF1. Une opération visant à laver son honneur, mais surtout à défendre corps et âme Emmanuel Macron. Mais au delà des propos, le seul fait qu'un barbouze comme Benalla se voie déplier le tapis rouge du journal le plus regardé du pays en dit long...

Alors que l’affaire Benalla ébranle le gouvernement depuis plus d’une semaine, le principal protagoniste du scandale, ou plutôt son « point de départ », avait droit à une explication face aux caméras du journal télévisé le plus regardé de France. Et bien que son discours visât à protéger Macron et attendrir l’opinion publique sur son cas personnel, le passage d’Alexandre Benalla au 20h de TF1 est hautement significatif, au delà même du contenu de son interview, qui était par ailleurs en différé et non en direct.

Depuis le début de l’affaire, mi-juillet, les preuves et révélations de la violence de Benalla ont largement inondé la scène publique. Une affaire d’Etat qui touche au cœur du macronisme, à la veille de la seconde rentrée sociale du quinquennat. Alors que les privilèges de Benalla ont été révélés, en voici un de plus. Celui d’ouvrir les portes du journal de TF1 pour laver son honneur, plaider sa cause et, bien sûr, défendre le « président des riches ».

Pour le dire autrement, les relais médiatiques dominants ont invité, sous le très cynique argument d’une forme de « droit de réponse », un barbouze reconnu, frappant des manifestants, opposants ou autre journaliste. En soi, il s’agit là d’une première hérésie. Mais, un brin taquin, nous pourrions poser ces questions à TF1 : Pourquoi, tout au long des 3 mois de luttes ponctués par une propagande injurieuse dans les médias, les cheminots grévistes n’ont-ils pas eu droit à leur 20h ? Pourquoi les « arracheurs de chemises » d’Air France, traînés dans la boue et traités comme des terroristes, n’ont-ils pas eu droit à leur 20h ? Pourquoi Assa Traoré, à la pointe depuis maintenant plus de deux ans pour obtenir justice et vérité après la mort de son frère Adama, qui subit elle et sa famille une répression policière et judiciaire féroces, n’a-t-elle pas eu droit à son 20h ?

Evidemment, le fait d’être proche d’Emmanuel Macron, de « défendre physiquement » la politique néo-libérale de Jupiter en tabassant et interpellant des manifestants est un atout majeur pour avoir les portes qui s’ouvrent. Pour les classes populaires et les travailleurs, par contre, il s’agit du blackout médiatique et de véritables campagnes de calomnie. En d’autres termes, ce sont bien les privilèges des classes dominantes qui se sont affichés au 20h de TF1, au delà même du contenu de l’interview d’Alexandre Benalla.




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