Politique

A quand Guantánamo pour les manifestants ?

Pour l’ex directeur général de la Police nationale, les "casseurs" commettent des actes "pré-terroristes"

Publié le 19 mai 2016

C’est peu dire que l’image de la voiture de police en flamme a fait couler beaucoup d’encre. Très vite, les personnalités politiques - du Parti Socialiste au Front National - se sont succèdées sur les plateaux télé pour exprimer leur indignation. Mais en qualifiant les actions des "casseurs" d’actes "pré-terroristes" sur Europe 1, il est indéniable que Frédéric Péchenard a su se démarquer du lot.

Fréderic Apoyo

"Innaceptable", "scandaleux", "voyous" ... La classe politique n’a pas manqué de superlatif pour réagir aux images de la voiture de police brûlée à Paris, en marge de la manifestation des forces de l’ordre du 18. Une opportunité pour la droite et l’extrême droite qui a profité de l’aubaine pour attaquer le "laxisme" du gouvernement. Mais parmi ce concert de discours réactionnaires nauséabonds - aucune de ses personnalités n’aura eu un mot pour souligner leur indignation vis à vis des centaines de manifestants blessés durant les deux premiers mois de la mobilisation - Frédéric Péchenard (LR), ex directeur général de la Police Nationale et actuel Vice-président du Conseil régional d’Île-de-France chargé de la Sécurité, a frappé fort en qualifiant d’acte "pré terroriste" l’épisode de la voiture brûlée.

"On est dans le signal faible d’actes beaucoup plus graves qui pourraient venir" a ainsi développer Péchenard. Après un court intermède d’hommage aux policiers "armés qui, entourés par cette horde de casseur, auraient pu tirer, ont fait preuve d’un sang merveilleux" expliquant que "c’est là qu’on voit qu’on a une police tout à fait remarquable", l’ex directeur de la police nationale a ainsi lancé sa phrase choc : "Quand on a des casseurs politiques qui mettent des rasoirs dans des boules de pétanque ou qui attaquent des policiers, on est dans du pré-terrorisme"

Néologisme audacieux. Péchenard a le sens de la phrase choc. Elle s’inscrit avant tout dans le discours dominant qui, en instrumentalisant un acte isolé, expression de toutes les limites de l’action spontanée et minorisante, cherche à balayer d’un revers de main l’ensemble des actes de violences policières depuis plus de deux mois. De plus, il est clair que le gouvernement, dans son bras de fer entamé début mars et dont la politique a pris une tournure jusqu’au boutiste avec l’application du 49.3, a tout fait pour polariser la situation. Ce genre d’événement, surenchéri à grand coup de déclaration fracassante focalise l’attention sur ce qui n’est rien d’autre qu’un fait divers. Pourtant, n’est ce pas le résultat d’une stratégie de la tension adoptée par l’exécutif ? Et dont la police, qui est son bras armé, a pour objectif de la traduire dans la rue ?

Quoiqu’il en soit, la réponse du mouvement social par la grève, les blocages et les manifestations partout en France témoigne d’une réelle lucidité politique et d’une fine compréhension de ce qui se joue au sein de la lutte des classes. Et ce ne sont pas les déclarations de ces pontes représentant d’un système à juste titre dénoncé tel qu’il est vraiment, violent et assassin, qui feront dévier les manifestants. Vent debout, ils ne sont pas prêts de baisser la tête. Ni pour dans bataille qu’est la loi El Khomri, ni dans cette guerre que les classes dominantes ont, depuis bien trop longtemps, commencé à mener.