Politique

« Les grévistes iront jusqu’au bout »

Pour la CGT TOTAL : « Le mouvement tient bon, il faut le maximum de pression pour gagner le retrait de la loi »

Publié le 4 juin 2016

Malgré les manœuvres du gouvernement et de TOTAL, les plus grosses raffineries de l’Hexagone sont toujours à l’arrêt. « La mobilisation est toujours là », affirme Eric Sellini, coordinateur CGT du groupe TOTAL. De plus, c’est non seulement la « dynamique » du mouvement qui « tient bon », mais ce sera surement l’arrêt d’une nouvelle raffinerie, celle de Mède, mais aussi d’autres raffineries, par manque d’approvisionnements, qui va s’imposer de fait à la direction de TOTAL.

Damien Bernard

Le gouvernement et TOTAL à la manœuvre pour briser la grève !

Quoiqu’en disent le gouvernement et TOTAL, toujours au moins 20% des stations-service sont en pénurie d’essence. Pourtant, Hollande et ses forces de police ont fait des pieds et des mains pour « débloquer » les dépôts pétroliers, comme à Fos-sur-Mer, où l’on a vu des moyens policiers impressionnants prenant d’assaut les piquets de grèves, où militants, salariés et étudiants, prêtaient main forte aux raffineurs pour maximiser l’effet de l’arrêt stratégique des raffineries. Pourtant malgré toutes ces tentatives de briser la grève, « ce qu’on sait, de source sûre, c’est que TOTAL a de gros problèmes d’approvisionnement », explique Eric Sellini.

Ainsi malgré le déblocage de la majorité des dépôts, excepté l’un d’eux où les salariés sont en grève, l’arrêt prolongé des raffineries est clairement en train de taper dans le dur. « A mon sens, pas de blocage particulier à cette heure, sauf un dépôt où les salariés sont en grève. Les dépôts pétroliers ont des stocks très faibles », affirme Eric Sellini. Ainsi, malgré le discours officiel, les stratégies de TOTAL pour tenter de réapprovisionner ses stations-services sont clairement mises à mal : « Pour continuer à faire croire que tout va bien, on sait aujourd’hui que Total utilise des stratégies inimaginables, pour produire par tous les moyens, cela au détriment même de la sécurité des salariés », continue-t-il.

A Donges, malgré les manœuvres de TOTAL, presque 200 salariés reconduisent la grève !

Après que le gouvernement ait fait pression pour faire travailler des non-grévistes sur le dépôt de la CIM, la direction de TOTAL, elle, tente de manœuvrer les grévistes pour leur faire reprendre le travail. A Donges, à l’arrêt depuis 15 jours et deuxième site le plus important du groupe en France après la raffinerie de Normandie, TOTAL a tenté un coup de bluff. La direction du site a organisé mercredi et jeudi une consultation de l’ensemble des salariés pour imposer de force « une reprise de l’activité ». « Malgré le vote pour une reprise de l’activité, il y a toujours une minorité qui peut entraver le redémarrage », a précisé un porte-parole du groupe TOTAL.

Mais cette propagande, bien aidée par les médias dominants, visant à décrédibiliser les grévistes, que soutient d’ailleurs la majorité de la population, est loin d’avoir réussi. En réponse, 95% des salariés grévistes sur les 200 ont voté vendredi après-midi en faveur de la reconduction de la grève illimitée de la raffinerie Total de Donges. « En dehors de Grandpuits, toutes les raffineries tiennent bon, et ont reconduit la grève : à Donges pour une semaine, à la raffinerie de Normandie pour 3 ou 4 jours. A la raffinerie de Mède la reconduction se fait toutes les huit heures. A Feyzin, il n’y a pas encore eu d’Assemblée Générale. Celle-ci se tiendra lundi ou mardi. « La mobilisation est toujours là ! », affirme Eric Sellini.

« Le vote à Grandpuits n’aurait jamais dû avoir lieu »

A Grandpuits, la direction du site a cependant réussi à manœuvrer. Selon Eric Sellini, « le vote à Grandpuits n’aurait jamais dû avoir lieu, alors même qu’il y a une majorité de grévistes dans les ouvriers de l’exploitation ». Pourtant, malgré les manœuvres de la direction, le site de Grandpuits pourrait bien ne pas reprendre, en effet, la raffinerie pourrait bien manquer de matière première à raffiner.

« La CIM, essentielle pour l’alimentation des raffineries, est en grève jusqu’à lundi, ce qui va vite poser des problèmes côté Seine et notamment à Grandpuits où, même si la grève s’est arrêtée, il n’y aura pas de pétrole brut. », explique Eric Sellini. Ce sera aussi potentiellement le cas de la raffinerie d’Esso à port Gérôme près de Rouen. « Si la raffinerie de Grandpuits ne reprenait pas, il n’y aurait plus d’essence en région parisienne, pas plus que du gasoil. », précise Eric Sellini. « On n’est clairement pas dans une situation aussi calme que veulent le faire croire le gouvernement et le pétrolier », conclue-t-il.

A la Mède, la direction impose de fait le non arrêt des unités au détriment de la sécurité !

A la Mède, la raffinerie de Total est en grève, mais n’est pas à l’arrêt et tourne au ralenti. « Ça continue de produire, mais aucun produit ne sort de la raffinerie », affirme Eric Sellini. Cette décision des salariés grévistes de la Mède de ne pas arrêter les unités visaient à « préserver l’outil de travail qui se trouve dans un état déplorable par manque d’investissements massifs, et est utilisé par plus de 30% d’intérimaires (premier poste sur un site Seveso, situation précaire, formations écourtées...) », explique Frédéric Ambrosio de la CGT dans un communiqué. C’est dans « une vision responsable » de maintien de l’outil de production que « les salariés en lutte, avec la CGT » ont décidé de bloquer la production de la raffinerie en empêchant la sortie de tout produit fini.

Pourtant les bacs qui permettent de stocker le produit raffiné vont bientôt être pleins, « et la raffinerie va devoir s’arrêter », explique Eric Sellini. Or, afin d’arrêter complètement les unités, il est nécessaire de faire sortir des produits des bacs. Ainsi pour éviter d’endommager l’outil de production qui se trouve dans un état déplorable, les salariés et la CGT ont proposé à la direction une alternative : « soit envoyer les produits finis vers des dépôts de stockage non commerciaux, soit charger un bateau non destiné au marché français », ce que refuse catégoriquement la direction du site, ce qui prouve une fois de plus, le mépris non seulement envers les salariés mais aussi envers l’outil de production.

La raffinerie de la Mède bientôt à l’arrêt ?

Pourtant, « En début de semaine prochaine, soit il n’y aura plus de place, soit il n’y aura plus de brut à distiller. Les approvisionnements en pétrole brut sont stoppés », explique Eric Sellini. Face à la direction qui refuse toute solution, « les salariés en lutte avec la CGT n’excluent pas dorénavant d’arrêter les unités », explique Ambrosio. « De fait, la direction les expose à un arrêt des unités sans préparation, créant un danger grave pour le personnel ainsi que pour les riverains », ajoute-t-il. Ainsi la direction de TOTAL tente le tout pour le tout pour briser la grève, faisant fi de la sécurité des salariés, ou encore de l’outil de production.

Pourtant, quelle que soit l’issue, l’arrêt total des unités se profile, d’autant que « la société qui s’occupe du déchargement des bateaux pétroliers, de la livraison du produit brut, du chargement des produits, est en grève illimitée. Sans approvisionnement, la raffinerie n’aura plus de brut », explique Eric Sellini. En effet, la CGT de Fluxel, opérateur privé qui gère les terminaux pétroliers du Grand port maritime de Marseille (GPMM), à Fos-sur-Mer et Lavera (Bouches-du-Rhône), est toujours en grève illimitée contre la loi travail.

« Les grévistes iront jusqu’au bout ! »

Quelles que soient les manœuvres du gouvernement, qui n’hésite pas à utiliser l’arme répressive pour briser la grève des raffineurs, ceux-ci tiennent bon. Et ce, d’autant que le gouvernement a beaucoup puisé dans ses réserves stratégiques pour faire mine de « rétablir » l’approvisionnement. Le gouvernement tente à tout prix de circonscrire le mouvement de grève, comme cela s’illustre notamment à la raffinerie Exxon Mobil de Notre-Dame-de-Gravenchon, où la police a pour mission de garder les accès en permanence pour éviter que des militants contre la loi travail tractent ou essaient de convaincre leurs collègues non-grévistes. Il est clair que, malgré son discours de façade, le gouvernement est aux abois.

La direction de Total, elle aussi manœuvre, sans pour autant réussir à briser la dynamique de la grève, qui rentre aujourd’hui dans une phase décisive. Ainsi, « le mouvement tient bon, toujours la même dynamique : exercer le maximum de pression pour imposer le retrait de la loi ». C’est aussi la détermination des grévistes qui est plus que d’actualité. Eric Sellini affirme que « les salariés en grève sont plus déterminés que jamais. Compte tenu de toutes les cabales de la direction de Total, du référendum avec des non-grévistes, de l’imposition des non-grévistes pour faire redémarrer l’outil de production, on va jusqu’au bout ! Les grévistes iront jusqu’au bout ! »