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Entretien avec le secrétaire général de la CGT des services

Pour la CGT des services publics : « Il faut passer au blocage économique du pays, et de ce point de vue, le secteur des ordures ménagères est important »

Publié le 13 juin 2016

Entretien. Jeudi 9 juin, nous avons rencontré Baptiste Talbot, secrétaire général de la CGT des services publics, à l’usine de traitement et d’incinération des résidus urbains (TIRU) d’Ivry-sur-Seine (94). Cette usine est en grève depuis lundi 30 mai (cf. l’Anticapitaliste n°340).

Propos recueillis par Robert Pelletier

SOURCE

Quelle est la situation aujourd’hui ?

Sur Paris, le TIRU, plus grosse usine de traitement des déchets de France, une des plus grosses d’Europe, est occupée depuis 12 jours par des éboueurs et égoutiers de la ville de Paris. Les sites de Saint-Ouen et d’Issy-les-Moulineaux ont été plusieurs fois à l’arrêt du fait de grèves des salariés des usines. Dans le même temps ,les chauffeurs des camions-bennes chargés du ramassage des ordures sont en grève, ce qui fait qu’aucune benne de ramassage ne passe sur la moitié des arrondissements parisiens. En région, il y a eu des actions de blocage comme à l’incinérateur de Fos qui couvre notamment Marseille, dont les salariés sont en grève depuis hier. Sont également bloqués des centres de traitement des déchets dans le Gers, les Hautes-Pyrénées et en Ariège. A Saint-Étienne, les grévistes ont été contraints d’arrêter la grève suite à une décision de la justice bourgeoise. S’ils ont obtenu quelques avancées sur les effectifs et les salaires, ils continuent à être mobilisés contre la loi travail.

Quelles sont les revendications plus spécifiques de la profession ?

Cela tourne autour des conditions de travail, de la pénibilité, de l’âge de départ à la retraite. Mais c’est l’exigence du retrait de la loi travail qui est au cœur de la mobilisation. Il y a la dimension de la solidarité avec le privé, notamment en défense de la place des conventions collectives, mais aussi la compréhension qu’une fois le code du travail saccagé par le gouvernement avec l’appui du Medef, le statut de la fonction publique sera l’objectif suivant... comme le martèlent les candidats à la primaire à droite et Macron.

A ce propos, quelle est la place du privé dans la profession ?

Sur Paris, la moitié des arrondissements sont en régie publique. Cela permet actuellement à la Mairie de faire tourner les salariés des boites du privé plus largement sur le « secteur public ». Bien sûr, il ne faut pas exclure que le privé entre dans le mouvement, mais de toute façon, le blocage et la grève des usines de traitement limitent les possibilités de contournement des grévistes, car les dépôts périphériques intermédiaires sont à saturation.

Pourquoi la grève dans le secteur public contre la loi travail démarre-t-elle trois mois après le début du mouvement ?

Il y a eu une phase de mûrissement, puis la pétition, puis le 9 mars et les premières manifs. Il a fallu aller au débat avec les collègues pour faire comprendre le lien entre la loi travail et les attaques contre le statut de la fonction publique. Les territoriaux ont participé à ces étapes. Le déclencheur pour le mouvement sur les déchets a été l’entrée dans la bagarre des routiers, des raffineurs, des cheminots. Tout le monde a commencé à estimer que les manifs de masse ne suffiraient pas. Il faut passer au blocage économique du pays, et de ce point de vue, le secteur des ordures ménagères est important.

Quelle est l’attitude des autres forces syndicales ?

Dans le secteur, la CGT est largement majoritaire, mais des actions unitaires ont lieu, notamment en Seine Saint-Denis, avec FO et Solidaires, en Ariège... Il serait utile que FO s’engage davantage.

Les partis politiques sont globalement peu visibles…

Ils sont présents aux manifs, le plus souvent avec des points fixes. Philippe Poutou pour le NPA et Pierre Laurent et Didier Le Reste pour le PCF sont venus ici. Pour notre part, dans la fédération, nous sommes depuis longtemps favorables à la recherche de convergences dans les mobilisations mais aussi pour les perspectives. Ce qui doit laisser la maîtrise de la mobilisation aux organisations syndicales, sans empêcher le soutien politique à ceux qui se battent.

Et la suite ?

Pour ce 14 juin, c’est une grosse mobilisation qui s’organise. Mais nous nous projetons plus loin, face à un gouvernement qui est minoritaire mais déterminé. La lutte devra continuer après le 14, jusqu’au retrait de la loi travail.

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