Jeunesse

30 millions pour les vigiles, 0 contre le handicap !

Pour militariser la fac, le gouvernement se finance sur le dos des personnes handicapées !

Publié le 5 septembre 2016

Lors d’un dîner avec les représentants de la Conférence des Présidents des Universités (CPU), Najat Vallaud Belkacem, ministre de l’enseignement supérieur, a indiqué que les universités ne seraient pas tenues de payer les amendes qu’elles doivent au FIPHFP (Fond d’Insertion des Personnes Handicapés dans la Fonction Publique) afin que les établissements puissent employer encore plus de vigiles ! Cette mesure honteuse consiste donc à délaisser les politiques d’insertions des handicapés pour les mesures de sécurité, le tout soutenu évidemment par la CPU : il s’agit donc aussi de privilégier la militarisation de nos lieux d’étude au détriment de l’embauche de nouveaux personnels administratifs dont les universités manquent aujourd’hui.

George Waters

Militariser encore plus les universités

À chaque problème sa solution : « Si tu veux des vigiles à l’université, tape dans la caisse d’insertion des handicapés » comme le résume Olivier Ertzscheid, professeur à l’université de Nantes dans une tribune pour Libération. Dans un contexte où l’État cherche à militariser tout son espace public et ses services, l’université n’est pas en reste : après l’éducation nationale, c’est l’enseignement supérieur qui a le droit à ses sous pour « sécuriser » les facs.

La première critique que nous devons faire reste celle des priorités du gouvernement : pour installer un climat de peur permanente, de terreur sociale, il se permet se renforcer toutes les instances coercitives de ses services et administration, au lieu de renforcer le service aux étudiants, qui manquent tous les jours de bibliothécaires, de secrétaires, d’informaticiens, de tous les services qui permettent un enseignement supérieur de qualité. De surcroît, nous ne sommes pas dupes de la réelle fonction de ces vigiles : loin de nous protéger contre le terrorisme – quelle fouille de sac empêchera un attentat ? – ils serviront beaucoup plus à bloquer les facs quand les étudiants manifesteront leur colère.

Une politique sécuritaire sur le dos des personnes handicapées et des étudiants

Le pouvoir en place ne s’arrête cependant pas au fait de renforcer ses budgets pour la sécurité ; il s’enfonce maintenant dans le mépris de classe, le cynisme et l’immondice en puisant ces ressources dans des fonds qui servent à aider à l’insertion des personnes handicapées. En effet, chaque établissement public qui ne respecte pas les seuils de personnes handicapées (6%) se doit de payer une amende (le pouvoir préfère dire « contribution », mais passons). Or, les universités françaises n’emploient que 1,6% de personnes handicapées dans leurs services, ce qui les oblige alors à payer une amende 45 millions d’euros par an. Mais voilà, la CPU n’a que faire de l’emploi de celles et ceux qui sont parmi les plus touchées par le chômage et avait réussi à obtenir un rabais, faisant descendre cette amende à 15 millions. Cette largesse gouvernementale devait s’arrêter cette année, et l’amende revenir à son taux normal. C’était sans compter Najat Vallaud Belkacem, qui s’est dit dans un moment digne des pires logiques du capitalisme qu’on pourrait embaucher des vigiles avec ces 30 millions de différence, au lieu d’équiper les facs pour les travailleurs handicapés, alors qu’ils sont 485 000 en 2016. C’est à partir de cette proposition que le président de la CPU a expliqué que « c’est un vrai soulagement ». En effet, employer de nouveaux personnels administratifs et participer à l’insertion des personnes handicapées étaient une politique tellement immonde qu’il doit être heureux d’y échapper pour de nouveaux vigiles…

Les politiques sécuritaire ne peuvent plus se faire sur le dos des mis à l’écart !

Dans cette histoire, on remarquera le cynisme et l’inhumanité exemplaire de la ministre, qui ne s’est à aucun moment choquée de participer à l’exclusion sociale par le chômage de personnes qui souffrent déjà physiquement ou mentalement de maladies qu’ils n’ont pas choisi de subir : « nous avons fait ce choix car il n’aura pas d’impact sur l’insertion des personnes handicapées : les réserves du fonds s’élèvent à 400 millions d’euros. ??? Cette décision nous a semblé la plus efficace et la plus immédiate, insiste le cabinet. D’autant qu’elle ne porte pas atteinte à l’emploi des personnes handicapées. Nous faisons par ailleurs des efforts permanents pour l’insertion de ces personnes. » Ainsi, le fait même que le FIPHFP ait des réserves qui lui permettent de mener la politique qu’il lui échoie suffit au ministère pour lui ponctionner une partie de ses fonds. À ce titre, nous pourrions souligner que le budget de la défense est de 32 milliards d’euros, destinés à massacrer les peuples à l’étranger pour les intérêts économiques de l’impérialisme français, et que nous pourrions en prendre quelques milliards pour les universités, l’école, les hôpitaux. Mais visiblement ces dernières institutions ne rapportent pas assez…

Ce n’est pas la première fois que les fonds d’insertion pour les handicapés se voient ponctionner arbitrairement leurs réserves pour des politiques diverses et variées : en 2008, le gouvernement Sarkozy ponctionnait 50 millions sur les réserves de l’AGEFIPH (organisme jumeaux de le FIPHFP, concernant celui-ci les entreprises privées). En 2014, le gouvernement Hollande ponctionnait lui 58 millions, répartis entre les deux organismes, pour financer les contrats aidés, et ce sans aucune préoccupation particulière pour les personnes handicapées.