Politique

Pour un Black Lives Matter à la française

Pour un 14 juillet antiraciste et anti-répression

Publié le 12 juillet 2016

Crédit Photo : DR blacklivesmatter.com

Léo Carvalho

Source :site du NPA

De Baltimore à Argenteuil, en passant par Ferguson, Tottenham ou Villiers-le-Bel, les violences policières à l’égard des Non-blanc·he·s sont endémiques et c’est un quadrillage quasi-militaire des quartiers populaires qui s’est imposé.

Si la presse française peut à l’occasion rendre compte des crimes racistes commis par la police aux États-Unis, elle demeure généralement muette quant aux agissements de la police française ; si bien que les noms, les vies et les visages d’Ali Ziri, de Lamine Dieng ou d’Amine Bentounsi, parmi tant d’autres tué·e·s ou blessé·e·s par la police, ne sont jamais parvenus aux oreilles de la majorité de la population. Ce sont pourtant des centaines de personnes qui sont concerné·e·s, comme l’a montré le collectif « Urgence notre police assassine » pour la période 2005-2015

En outre, les contrôles au faciès sont autant de rappels quotidiens à un ordre inégalitaire et raciste, auquel participe la justice en garantissant une impunité presque totale aux forces de police. On se souvient ainsi du verdict récent qui a innocenté les policiers impliqués dans la mort de Zyed et Bouna. Alors même qu’Hollande s’était fait élire en promettant d’y mettre fin, il a abandonné dès l’automne 2012 la proposition – pourtant minimale – d’un récépissé que les policiers auraient dû délivrer lors des contrôles d’identité. Valls et Cazeneuve n’ont pas cessé depuis de réaffirmer leur « confiance » dans l’action des forces de l’ordre, déclarations qui sonnent comme autant de promesses de rester aveugles et muets devant le racisme structurel qui caractérise l’intervention policière.

Le fait nouveau en France, depuis les attentats de novembre 2015, c’est l’extension au mouvement social de ce dispositif étatique de contrôle et de coercition. Appliquant ce que Naomi Klein a nommé la « stratégie du choc », le gouvernement a profité de la sidération généralisée, non seulement pour imposer l’état d’urgence, mais pour l’institutionnaliser. Interdictions de manifestations au moment de la COP21, contrôle systématique et tatillon des manifestants, interventions violentes de la BAC (Brigade anti-criminalité) dans les cortèges, nasses à répétition, arrestations arbitraires, assignations à résidence : un tournant autoritaire est clairement à l’œuvre, qui vise à faire taire un mouvement généralisé de contestation, à effrayer la population (opposée au projet gouvernemental), et plus profondément à engendrer une société prostrée et craintive.

Sur les cendres de conquêtes sociales progressivement détruites par les classes dirigeantes (la loi travail n’étant que le dernier avatar de cette entreprise de destruction), se développe donc partout un Etat autoritaire, impliquant un renforcement des appareils répressifs, un recours croissant à l’enfermement carcéral, une militarisation de la police, et une multiplication des violences policières (dont les premières victimes restent les habitant·e·s des quartiers populaires, en partculier les descendant·e·s de colonisé·e·s). Face à cette dérive autoritaire, nous devons parvenir à élever le niveau de solidarité anti-répression, permettant d’étendre l’hostilité à l’égard des forces de répression, de défendre les libertés fondamentales (d’expression, d’organisation et de manifestation) et de briser le quadrillage policier des quartiers populaires.

L’initiative du 14 juillet à Paris, place de la République, est donc centrale dans la situation et le NPA la soutient pleinement. Qu’elle soit organisée conjointement par des collectifs contre les violences policières, des organisations antiracistes et Nuit Debout Paris, est une très bonne nouvelle, car c’est de ce type de convergences concrètes que nous avons besoin pour, à terme, faire reculer le gouvernement. De même, on ne peut que se féliciter de la participation de membres de Black Lives Matter. Né en 2013 aux Etats-Unis, le mouvement s’est développé à la suite des manifestations de Ferguson et de Baltimore et il est parvenu à généraliser, à unifier et à politiser l’opposition aux crimes racistes commis par la police et, plus largement, au racisme structurel qui y sévit. Nous avons donc énormément à apprendre de ces militant·e·s et de ce mouvement, et nul doute que les débats seront riches.

Ici comme là-bas, le racisme est à la fois un poison quotidien pour ceux et celles qui le subissent, et un pilier de l’ordre social. Ici comme là-bas, la police est une pièce centrale dans le dispositif de contrôle des classes populaires et des minorités. Il est donc urgent de s’organiser contre les violences policières, le 14 juillet à place de la République et après !