Politique

Silence assourdissant, silence coupable

Pouria Amirshahi interpelle Valls au sujet du meurtre d’Adama Traoré

Publié le 3 novembre 2016

Ce mercredi, lors d’une séance à l’Assemblée Nationale, le député socialiste Pouria Amirshahi, qui a quitté le parti socialiste en mars dernier, a mis sur la table l’affaire d’Adama Traoré, interpellant le premier ministre sur le silence du gouvernement dans cette affaire et sur l’impunité dont jouissent les forces de l’ordre.

Ce mercredi, l’affaire d’Adama Traoré s’est en effet invitée dans l’hémicycle lorsque Pouria Amirshahi a interpellé Manuel Valls sur le silence du gouvernement vis à vis de la mort d’Adama : « M. le Premier ministre ou quelqu’un d’autre du gouvernement a-t-il adressé un mot à la famille de notre jeune compatriote décédé ? ». Ce silence assourdissant et meurtrier du gouvernement a d’ailleurs été dénoncé dernièrement par la sœur d’Adama, qui s’en est indignée : « Je pense qu’aujourd’hui le gouvernement devrait prendre ses responsabilités sur la mort de mon frère. C’est quelque chose qu’ils nous doivent en tant que famille, c’est le moindre des respects qu’ils peuvent nous apporter ». Ce silence du gouvernement face à cet énième crime policier témoigne du racisme d’Etat qui relègue les personnes racisées à des citoyens de seconde zone, qu’il est alors permis de discriminer, de violenter, voire même de tuer, sans que cela suscite d’indignation : « c’est un manque de considération qui révèle comment certains citoyens, certaines personnes issues des quartiers sont considérées de seconde ou troisième zone par cet Etat français actuel », déclare Assa.

Ce silence témoigne également de la complicité du gouvernement vis à vis des crimes policiers et de leur soutien à l’égard des forces de l’ordre et de cette justice de classe qui acquitte les policiers criminels.

Cette impunité policière a également été dénoncé par Pouria Amirshahi : « La lutte contre l’impunité doit concerner tout le monde monsieur le premier ministre, y compris et peut être surtout ceux et celles qui sont dépositaire d’une parcelle de pouvoir et d’autorité  ».

Face à cela, le gouvernement maintient la position qui a toujours été la sienne, et qui s’est exprimée ces derniers jours à travers le soutien quasi inconditionnel aux forces de l’ordre, concrétisé par une enveloppe de 250 millions d’euros accordée aux forces de l’ordre. Soutien qui s’opère bien évidemment au détriment de la population, et plus particulièrement au détriment des populations subissant le plus fortement la répression et la violence policière, à savoir les personnes racisées et/ou issues des quartiers populaires.

En effet Bernard Cazeneuve s’est laissé aller à une défense des forces de l’ordre, déclarant qu’il ne pouvait « plus accepter la mise en cause permanente, à longueur de semaines, des forces de l’ordre », passant une énième fois sous silence le meurtre d’Adama Traoré, ne mentionnant pas une seule fois son nom, signe du racisme et du mépris de classe qui traverse la classe politique. Cette diversion en faveur des forces de l’ordre fut reçue avec applaudissement de la part de l’hémicycle, et s’est poursuivie à travers un discours victimaire à l’égard des forces de l’ordre qui « portent l’uniforme qui assurent la protection des lieux de culte, qui assurent la protection des français, et qui sont aujourd’hui pour certains d’entre eux dans des hôpitaux où ils souffrent le martyr après avoir été atteint dans des conditions abjectes que l’on sait ».

Mais qu’à cela déplaise à Monsieur Cazeneuve, qui ne supporte plus la « mise en cause permanente » des policiers qui violentent, répriment et assassinent, il est primordial de mener le combat contre les violences et l’impunité policière, et de réclamer justice pour Adama Traoré mais également pour les autres victimes de crimes policiers. Mais il est certain qu’interpeler le gouvernement comme l’a fait Pouria Amirshahi ne suffit pas. Il ne faut en effet pas se faire d’illusion, et on n’a rien à attendre d’un gouvernement qui assure un soutien inconditionnel à son bras droit armé qui lui permet de maintenir son ordre social inégal et raciste.

Seule une mobilisation importante, qui réussirait à faire pression sur le gouvernement et à instaurer un rapport de force en notre faveur, pourra faire plier le gouvernement et rendre justice à Adama Traoré. Réussir à ce que justice soit faite pour Adama, sera un premier pas pour en finir avec le permis de tuer et l’impunité policière. Cette victoire serait un symbole dans la lutte contre les violences policières et permettrait aux familles et aux victimes des violences policières de prendre confiance. De plus dans le contexte actuel, où les policiers demandent encore plus d’impunité, à travers une présomption d’innocence et une légitime défense renforcée, cette victoire est d’autant plus importante pour éviter une escalade de violence, de crimes policiers et d’impunité.

C’est pourquoi il est important de se saisir de l’écho que la mobilisation pour Adama a pris et de poursuivre le combat aux côtés de sa famille jusqu’à ce que justice leur soit rendu ! Une présence massive lors du prochain rassemblement organisée par le collectif Justice pour Adama, samedi 5 novembre, est primordiale !

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