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Politique

Un jour avant la catastrophe

Pourrissement du PS : quelles recompositions après la primaire de dimanche ?

Le PS est à l’agonie. Entre la pression d’un Emmanuel Macron qui siphonne l’électorat « progressiste de gauche » et un Jean-Luc Mélenchon qui se veut être la voix d’une gauche plus traditionnelle, directement héritée de Mitterrand, le Parti socialiste périt avec pertes et fracas, sans aucune larme de la population. Pourtant, la question est primordiale pour le patronat : quel sera le parti capable de mener les contres-réformes à gauche en cas de défaillance de la droite, à court et long terme ? Alors que de nombreux députés rejoignent Macron dans sa course à la présidence, quel peut-être l’avenir, après dimanche, de la gauche sociale-démocrate issue du parti de Mitterrand ?

La décomposition du Parti socialiste s’accélère

Cette dernière semaine a été particulièrement effarante si on pense au poids que représente le PS dans l’appareil de l’Etat, dans la gestion quotidienne de la République Française. En effet, le fiasco du premier tour de la primaire de la gauche a montré à quel point la base du Parti Socialiste s’est rétrécie (aux alentours de 1,6 millions d’électeurs si l’on croit –et c’est difficile– les chiffres de la primaires ; 1,3 millions si on s’arrête aux chiffres en direct avant leur maquillage) mais aussi à quel point le monstre à la rose ne sait plus faire illusion dans cette scène politique du spectacle. Plus généralement, l’absence de François Hollande à cette primaire est, nous l’avons déjà dit, suffisamment éloquente pour comprendre la crise de régime en cours qui voit ses rebondissements faire les unes jour après jour.

De plus, les nombreux ralliements à Emmanuel Macron, ex-ministre du gouvernement de François Hollande, semblent être autant de coups d’épées dans le corps inerte qu’est le parti de Solferino. Vendredi 27 janvier, l’annonce est même sortie qu’un certain nombre de députés de l’Assemblée songeait à publier une tribune dès la semaine prochaine en cas de victoire d’Hamon, pour signifier un « droit de retrait de la campagne », initiative menée par le très vallsiste Gilles Savary.

En effet, la décomposition du PS en « deux gauches irréconciliables », qui s’est avant tout accélérée au cours du quinquennat à cause de la loi travail, laquelle est venue parachever un certain nombre de contre-réformes sur le plan du travail, va amener à plusieurs possibilité au lendemain de l’élection du candidat de la Belle Alliance Populaire. Le PS, franchissant un certain nombre de lignes rouges de son identité politique, a définitivement rompu son lien avec un « peuple de gauche » qui ne s’y reconnaît plus massivement. Que ce soit l’idée que l’assouplissement du droit du travail pourrait créer de l’emploi, l’idée que les riches ne sont pas à honnir, ou que la cause des entreprises n’est pas opposée à celle des travailleurs, les piliers de la sociale-démocratie sont effondrés et il s’agit de trouver une nouvelle recette pour la gauche de gouvernement.

Quel PS après la primaire ? Hypothèses de recompositions à gauche

La façon dont le PS périclite actuellement renvoie pour beaucoup à ce qui s’est passé en Grèce ces dernières années, au point de parler (y compris dans nos lignes) de « pasokisation » du PS pour évoquer la façon dont le parti socialiste grec (PASOK) s’est effondré, laissant la place à SYRIZA. Cependant, il faut voir que SYRIZA n’a pu gagner le gouvernement et mener ses contre-offensives sous la houlette du patronat européen qu’après une intense séquence de luttes, avec un niveau d’affrontement supérieur à celui que l’on a vu en France durant la loi-travail. Par ailleurs, le régime de la Vème République reste, malgré toutes ses fissures, bien plus stable que la démocratie grecque, et même si le PS n’est aujourd’hui crédité que de 10 % d’intentions de vote (pour les estimations les plus favorables), il reste solidement ancré dans l’appareil de gouvernement de la France : 51 mairies des moyennes et grandes villes ; 292 députés ; 110 sénateurs ; 31 conseils généraux et 5 conseils régionaux. Parmi toutes ces implantations, beaucoup sont des bastions desquels le PS ne partira pas de sitôt.

L’élection de dimanche et ses suites entraîneront donc des recompositions qui redéfiniront les contours du PS ou de son descendant, mais qui garderont une certaine assise, du moins dans les coordonnées politiques actuelles. Schématiquement, aux deux gagnants potentiels correspondent deux itinéraires de recomposition de l’actuel parti, divisé et écartelé entre Mélenchon et Macron. Dans l’hypothèse de la victoire de Manuel Valls – qui semble pour le moment l’hypothèse la moins probable – on peut largement penser que sa dynamique, assez faible pour le moment, sera insuffisante pour peser face à Emmanuel Macron, lequel aspirera peu à peu les voix de l’ex-Premier ministre dont il fut membre du cabinet. L’élève aura dépassé le maître dira-t-on. Toujours dans cette hypothèse, Benoît Hamon, qui n’a pas le même appui dans l’appareil socialiste, ne pourra que suivre la dynamique, se ralliant à Valls, étant donné que Mélenchon l’a ouvertement écarté. Dès lors, l’appareil du Parti socialiste devra parachever sa mutation d’un parti social-démocrate à un parti ouvertement social-libéral, dans la droite lignée du quinquennat de Hollande et de son dauphin Emmanuel Macron. En quelque sorte, il s’agira d’opérer une mutation semblable à celle qu’a du faire la SFIO en 1969 après s’être éclatée contre le mur de 1968, finissant sa mutation au congrès d’Epinay en 1971. Le serpent changera de mue, mais restera tout autant dangereux.

L’hypothèse seconde, et plus probable, d’une victoire de Benoît Hamon à la primaire de ce dimanche est en revanche plus coûteuse pour l’appareil du Parti socialiste, et notamment tous ceux qui soutiennent la politique gouvernementale. Comme l’a expliqué Gilles Savary, un des soutien de Valls : « Ce changement de ligne, la ligne d’Hamon, n’a jamais été validé par nos militants. Tout au long du quinquennat, j’ai défendu le bilan du gouvernement auprès de mes électeurs. Et aujourd’hui je devrais leur dire l’inverse de ce que je défendais hier ? » ; « Je ne fais pas d’amalgame entre le résultat des primaires et le contrôle du parti, abonde le député du Rhône Yves Blein. La majorité du parti n’est pas derrière Hamon. On se battra pour que la ligne de la gauche réformiste continue d’exister au sein du PS et qu’il n’y ait qu’un candidat réformiste de gauche à la présidentielle ». En somme, en cas de victoire de la ligne « de gauche » à la primaire, on peut imaginer sans trop de problème une véritable scission de toute la droite du parti, soutenant la « gauche réformiste » incarnée par Macron. De son côté, Hamon sera beaucoup plus en difficulté face à un Mélenchon qui pour l’instant charme plus les électeurs de la gauche mitterrandienne. Entre les deux hommes ne pourra que s’installer un combat à mort entre les tenants d’une ligne de défense des salariés, rejetant le bilan de Hollande, lutte qui définira le visage de demain de l’opposition réformiste à la gauche de gouvernement.




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