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Monde

Réchauffement du climat social

Poussée de la grève générale en Argentine : les travailleurs chassent les dirigeants syndicaux

La bureaucratie syndicale de la CGT argentine a été mise à mal lors d’une manifestation massive qu’elle-même avait convoqué. Alors que le gouvernement après 15 mois de mesures d’austérité est au plus bas dans les sondages et suite à une lutte importante des enseignants, les travailleurs espéraient que les dirigeants syndicaux arrêtent une date proche pour une grève générale. Rien n’a été annoncé et les dirigeants ont dû s’enfuir escortés par le service d’ordre au milieu d’insultes et de jets d’objets des manifestants.

Crédits photo : Enfoque Rojo

La manifestation convoquée par la CGT prétendait défendre « l’industrie nationale et le marché intérieur » contre les exportations. Il s’agissait d’une revendication clairement de conciliation de classes exprimée par la participation et adhésion de secteurs du petit patronat et de politiciens pro-patronaux dits « oppositionnels ».

Cependant, la manifestation massive a été marquée surtout par l’exigence de la part des dizaines de milliers de travailleurs et travailleuses de la convocation immédiate d’une grève générale contre la politique austéritaire du gouvernement de droite de Mauricio Macri.

Au moment où les dirigeants de la CGT ont pris la parole, les sifflements et les slogans de « grève générale tout de suite » commençaient à s’entendre. Le stress se sentait dans le ton de la voix des bureaucrates syndicaux. L’un d’eux a même fait un acte manqué révélateur. Au moment où il parlait de la date de la grève générale il a affirmait que celle-ci serait organisée « avant la fin de l’année », avant de se reprendre et dire « avant la fin du mois ! ».

Il n’y a pas eu de date annoncée. Et vers la fin du rassemblement les manifestants, essentiellement la base de la bureaucratie, ont envahi la tribune, ont lancé des insultes à l’encontre des dirigeants exigeant la « grève générale » ou « traitres », et ont lancé des projectiles. Les bureaucrates se sont enfuis littéralement entourés de garde-corps et au milieu de chaises qui volaient.

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Climat social réchauffé

Cette manifestation a eu lieu quelques heures seulement après une mobilisation massive des enseignants en lutte pour les salaires lundi dernier. C’est l’expression claire d’un ras-le-bol des politiques du gouvernement mais aussi avec la passivité des principales centrales syndicales.

En effet, après l’arrivée de la droite au pouvoir, il y a 15 mois, elle a appliqué toute une série de mesures d’austérité, de licenciements et de coupes budgétaires. Pour acheter la « paix sociale », le gouvernement de Macri a donné aux syndicats le contrôle des fonds millionnaires de l’équivalent de la sécurité sociale en Argentine. Mais cette stratégie semble avoir atteint son point d’échec. Et maintenant c’est la pression des travailleurs du privé comme du public qui pèse sur les bureaucraties syndicales. Et sur le gouvernement un discrédit profond.

A cela il faut ajouter des frictions internes à l’appareil de la CGT, où après le départ de son dirigeant historique depuis des décennies, Hugo Moyano, n’a pas de leadership avec l’autorité suffisante pour contrôler la base et imposer une ligne à toutes les fractions internes. Cette crise interne se couple avec une forte dispute à l’intérieur de l’appareil du parti péroniste auquel la centrale est liée historiquement.

Tous ces ingrédients sèment une grande inquiétude parmi la classe dominante, à commencer par le gouvernement lui-même qui voit d’un très mauvais œil ce débordement de la base de la CGT. Ainsi, on ne peut pas exclure que la direction de la CGT appelle à une grève générale de 24h prochainement pour décompresser la situation.

Le syndicalisme combattif et l’extrême gauche ont défilé dans une colonne indépendante

Le syndicalisme combattif et l’extrême gauche, notamment les partis qui composent le FIT (Front de l’extrême gauche et des Travailleurs), ont dénoncé les mots d’ordre conciliateurs de la manifestation et ont décidé d’y participer mais avec un appel et programme propre. En effet, malgré le cadre limité imposé par la politique de la bureaucratie syndicale, il s’agissait pour eux d’une opportunité pour la classe ouvrière de s’exprimer collectivement contre le gouvernement et exprimer leur volonté de lutter à travers la grève générale.

Parmi les revendications de ces secteurs on trouvait évidemment l’exigence de la convocation à la grève générale, le soutien aux luttes en cours, l’opposition aux licenciements et aux coupes salariales, le partage du temps de travail, contre la précarité et les augmentations d’impôts et des coûts des services et la défense des usines sous contrôle ouvrier.

Le contexte d’agitation sociale rampante crée un terrain favorable à ce que les revendications des secteurs de la gauche syndicale combattive et de l’extrême gauche rencontrent une audience large. Alors que le continent semble tourner à droite depuis plusieurs mois, cette mobilisation naissante de la classe ouvrière en Argentine contre le gouvernement de droite de Mauricio Macri ouvre des perspectives très intéressantes pour l’ensemble du sous-continent sud-américain.




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