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« Élection » en Russie

Poutine dégage son principal opposant, Alexeï Navalny

A vaincre sans péril on triomphe sans gloire. Qu'à cela ne tienne, Poutine est suffisamment assuré de sa réélection en mars 2018 qu'il peut écraser sans ménagement son principal opposant en le frappant d'inéligibilité jusqu'en 2028. Alexeï Navalny se retrouve donc privé de candidature dans un système électoral marqué par la corruption à tous les étages.

Déclaré inéligible jusqu’en 2028 par la Commission électorale centrale (CEC) depuis octobre dernier, Alexeï Navalny, l’avocat nationaliste qui s’est fait connaître pour ses dénonciations de la corruption en Russie, sait désormais que cette interdiction le frappe « légalement ». À l’unanimité moins une abstention, la Commission a voté pour l’inéligibilité du principal opposant à Vladimir Poutine, qui va vers son quatrième mandat.

Pourtant, Navalny avait tout fait pour que la décision du CEC soit différente. Entre la dénonciation des affaires de détournement de fonds montées de toute pièce et les manifestations auxquelles il avait appelé cette année, la pression exercée par le blogueur anticorruption sur le Kremlin aura eu raison de lui. Les trois manifestations interdites auxquelles il a appelé, en plus de recevoir un faible écho dans un pays acquis à Poutine, auront été réprimées par la force.

Navalny se voit donc privé d’élection à trois mois du scrutin, alors que la préparation du Noël orthodoxe s’approche. Un cadeau que le Kremlin a su rendre amer. Le candidat déçu ne s’attendait cependant pas à un « miracle », comme Ella Pamfilova, présidente de la Commission électorale, qualifiait sa participation à l’élection présidentielle russe de 2018.

Navalny privilégie une position de recul face à ce déni de démocratie patent : « Nous annonçons un boycott de l’élection. Le processus auquel on nous demande de participer n’est pas une vraie élection. Il n’y aura que Poutine et les candidats qu’il a personnellement sélectionnés ». Le faux-suspense entretenu par le président russe prend donc fin à trois mois de sa « ré-élection » sans surprise à la tête d’un État anti-démocratique, homophobe, ultra-nationaliste et gangrené par la corruption de la base au sommet, dont il est le garant depuis maintenant 17 ans.

[Crédit photo FP / Vasily MAXIMOV. Dernière conférence de presse de Navalny en tant que candidat]




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