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Politique

Université d’été du NPA

Poutou : Aux élections européennes, « faire entendre une voix anticapitaliste, une voix révolutionnaire »

C’est ce dimanche 28 août que se tenait à Port Leucate le meeting d’ouverture de la 10ème université d’été du NPA. L’occasion pour Philippe Poutou, ex-candidat du NPA aux dernières présidentielles, d’insister sur la nécessité de faire entendre une voie anticapitaliste et révolutionnaire lors des prochaines élections européennes.

« On est nombreux cette année-là, un peu plus d’une centaine en plus », c’est en ces termes que Philippe Poutou a débuté son intervention pour le meeting d’ouverture de l’université d’été du Nouveau Parti Anticapitaliste. Pour cette dixième édition, ce sont ainsi près de 850 militants au total qui ont afflué à Port-Leucate pour assister et débattre lors des nombreux ateliers qui sont proposés. Une affluence, en hausse par rapport à la précédente édition, la plus forte depuis 6 ans. Comme l’exprime Philippe Poutou, le niveau d’offensive imposé par Macron, comme l’a illustré le mouvement cheminot, ouvre un espace une évolution des consciences.

A la tribune, se sont succédées plusieurs figures du NPA, et des militants des dernières mobilisations passées et en cours. Mamadou (Collectif des Sans Papiers du 20eme) et Patrice (Coordination 75 des Sans Papiers) ont ouvert le meeting pour dénoncer l’Europe forteresse et l’accentuation de la répression et de la criminalisation des migrants et sans-papiers.

Katia, étudiante, est intervenue pour la jeunesse du NPA. Dans le cadre de la grève des postiers en cours, Gaël Quirante du NPA est intervenu sur la question de la grève à la poste et de la répression. C’est ensuite Laura, cheminote au Bourget, qui a abordé le long mouvement de grève des cheminots qui a rythmé le printemps 2018. Christine Poupin, porte-parole du NPA, a mis en avant la question la prochaine bataille des retraites, l’écologie et le féminisme, avant de donner la parole à Philippe Poutou pour clôturer le meeting.

« Nous on veut l’ouverture des frontières »

« Notre lutte, ce n’est pas seulement la lutte des sans-papiers, c’est la lutte de tout ceux qui se sentent précaires, une lutte pour la dignité » a appuyé Patrice dans son intervention au nom du collectif 75 des Sans-Papiers. Dans le contexte d’une criminalisation croissante en Europe des migrants et des sans-papiers, de nouvelles lois visant à réprimer toujours plus les migrants comme l’a illustré la loi Asile et Immigration dite aussi loi Collomb, il est en effet d’autant plus important de réaffirmer qu’il n’y a pas d’autre issue autre que celle d’exiger la liberté de circulation et d’installation pour l’ensemble des migrants. En ce sens, comme l’a affirmé Mamadou, la convergence avec d’autres secteurs est fondamentale pour « démontrer qu’on a le même combat ». « Depuis des mois, on a fait la manif avec la CGT, avec les cheminots, avec les postiers », a-t-il ajouté. Quand Tolbiac était occupé, les sans-papiers sont venus soutenir les étudiants termine Mamadou.

Les étudiants mobilisés contre le plan étudiant et ParcoursSup

« Etudiants-Cheminots : même macron même combat ! ». C’est par ce mot d’ordre devenu désormais un classique dans les manifestations que Katia pour le NPA jeunes a illustré les liens de convergences qui se sont tissés entre étudiants et cheminots tout au long de ce nouveau printemps 2018. Si le gouvernement a tenté de casser toute embryon de contestation dans les universités comme dans les lycées, la mobilisation étudiante, malgré ses limites, a fait frémir le gouvernement avec notamment à Tolbiac une des plus longues occupations de fac depuis le CPE. « Du flic pour les facs et les lycées pas pour les flics ni pour l’armée. » est-il scandé en réponse dans le public.

« Personne ne peut dire que les cheminots ne voulaient pas se battre »

Pour Laura, cheminote qui a fait trois mois de grève, il est clair que malgré la « défaite revendicative » des cheminots, Macron n’a pas véritablement réussi à atteindre l’ensemble de ses objectifs dont l’un des principaux était d’« écraser et humilier les cheminots pour discipliner l’ensemble de la classe ouvrière ». En effet, après plus de 3 mois de grève, malgré la « stratégie de l’interfédérale et du 2 jours sur 5 » qui visait à « négocier avec le gouvernement », les cheminots ne sont pas ressortis démoralisés mais la tête haute face au gouvernement. Dès mi-février, avec la publication du rapport Spinetta, ils avaient pourtant exprimé le « rejet massif de ce pacte ferroviaire » avec notamment une grève le 22 mars de nombreux cheminots auquel la CGT-Cheminot n’avait pas appelé. Malgré cela, « ils ont été la et mobilisé ». Plus encore, « nous avons eu le plaisir d’avoir les camarades d’ONET avec leurs 45 jours de grèves à nos côtés » ajoutait Laura.

Ce qui restera « un des acquis importants de la mobilisation », explique Laura, c’est l’expérience de la « rencontre inter-gares », qui a permis la « rencontre de quelques centaines de cheminots de différentes gares » comme une « école de démocratie ouvrière », les cheminots « pouvaient parler contrairement à la plupart des AG qui ressemblent plus à des meeting syndicaux ». Ces rencontres ont aussi permis aux cheminots d’adopter une « politique offensive contre la stratégie de la grève perlée » et une politique d’interpellation des directions syndicales. Pour Laura, si le gouvernement a réussi à faire passer sa réforme, il lui reste encore à l’appliquer et ce n’est pas gagné d’autant plus que la victoire de Macron n’a pas été totale.

Les postiers toujours en grève, le combat contre la répression

« En grève depuis 151 jours, et toujours en grève, les postiers continuent à se battre, malgré les flics et les huissiers sur six commune des hauts de seine » a expliqué Gael Quirante, militant et postier du 92. Après 5 mois de grève, la mobilisation des postiers du 92, dont l’un des éléments déclencheur a été « le licenciement d’un représentant syndical », Gael Quirante lui-même, commence à être une sérieuse épine dans le pied des « bourgeois de Boulogne » mais plus largement de certains députés qui n’ont pas hésité à déposer un « projet de loi pour réduire la possibilité de grève et imposer un service minimum » au sein de la Poste, explique Gael Quirante. In fine, leur objectif est de légaliser ces pratiques, qui ont parfois déjà cours, afin de les généraliser la possibilité de remplacer « des grévistes par des intérimaires », comme il est de coutume dans les hôpitaux notamment. En somme, une forte atteinte au droit de grève et à bloquer l’économie.

Après avoir réussi à obtenir « la titularisation d’intérimaires en CDI avec 30 de nos collèges cdisées », ou encore la possibilité pour Gaël de continuer à exercer son mandat syndical, la grève se poursuit. « Il ne reprendront pas le boulot, s’ils n’obtiennent pas le « report des mesures de restructurations et de réorganisations qui détruisent le service public, le lien avec les usagers et les travailleurs dans les quartiers », ajoute Gaël Quirante. Au sein de l’université d’été, un calendrier de soutien aux postiers est mis en vente alors même que nombres d’entre eux ont eu des payes à zéro lors de ces 5 derniers mois.

Alors que les sanctions du patronat ne cessent de tomber sur les militants combatifs, l’une des taches centrales partagées par les intervenants consiste à être solidaire et de rester mobiliser face à la répression.

Préparer la bataille pour retirer la réforme des retraites

Pour Christine Poupin, porte-parole du NPA, pour Macron, « le travail n’est pas fini ». Il s’agit d’achever « tout idée de solidarité des protections sociales, pour imposer un régime retraite par point ». Dans cette bataille l’une des plus centrale du quinquennat, explique la porte-parole, « la dimension féministe de la mobilisation sera incontournable » d’autant que « cette réforme représente la dégradation absolue du niveau de retraite des femmes ». Christine Poupin en profitera pour réaffirmer la centralité de la bataille pour la liberté de circulation et d’installation des migrants pour ensuite revenir sur les luttes écologiques, et féministes notamment celles qui ont lieux en ce moment pour le droit à l’avortement, centralement en Argentine, comme au Chili ou au Pérou.

Pour une candidature anticapitaliste et révolutionnaire aux européennes

En marge de l’université d’été du NPA, Philippe Poutou a donné le ton de la rentrée sociale en déclarant à l’AFP : « On a un gouvernement brutal qui impose des replis sociaux » et « mène une guerre de classes ». Face au « gouvernement [qui] se radicalise, nous en face, il faut qu’on se radicalise aussi ».

En clôture du meeting, l’ex-candidat du NPA aux élections présidentielle reviendra sur la situation politique. Il insistera sur les difficultés de Macron qui s’affichent désormais au grand jour : « on n’est pas dans la même situation qu’avant », d’autant que « les affaires de Penicaux, à Darmanin et Hulot » continue à « fragiliser le gouvernement ». Malgré les défaites et l’incapacité pour le moment pour notre camp social à se mettre à l’initiative, l’écho et la crise ouverte par l’affaire Benalla est l’une des illustrations flagrantes de ces fragilités. Après deux mouvements sociaux d’ampleur en moins de deux ans, « il y a des raisons de croire qu’il peut se passer des choses à la rentrée » continue Poutou.

Philippe Poutou développe ensuite l’un des axes centraux de la période à venir. « Ce sont les élections européennes, ça fait bizarre, quand on est révolutionnaire de commencer à discuter des élections, on n’est pas électoraliste, c’est un rendez-vous politique qui sera important, très important, ça sera le premier après élection de macron » explique l’ex-candidat à la présidentielle. Avant de réaffirmer que « c’est une élection ou on sait qu’on a des choses à dire, surtout dans le contexte actuel, d’idées réactionnaires, chauvines, et de nationalisme de drame vécu par l’ensemble des migrants, ou on voit que tout le monde veut fermer les frontières, en Italie, vous avez vu l’histoire du garde-côte italien bloqué au port de Catane ? »

« C’est important d’y aller, c’est pas simple, avec qui on peut faire, ça discute un peu avec Lutte Ouvrière, on doit regrouper les forces, faire entendre une voie anticapitaliste, une voie révolutionnaire contre le chauvinisme, en tout cas c’est ce qu’on voudrait faire, en tout cas, c’est ce qu’on tente, si on est pas là il manquera quelque chose et nous ce qu’on a envie de dire, d’où la solidarité avec l’ensemble des migrants, pour discuter de la liberté de circulation, on veut rompre avec cette Europe-là, on veut rompre avec les politiques de cette Europe-là avec les traites européens ». « Quand on voit un Arnault qui a 45 milliard dans sa poche, on comprend pas qu’il est pas possible d’accueillir des migrants, on comprend qu’il n’est pas possible de maintenir le système des retraites ». On pourrait penser « à l’annulation de la dette, et ça on sait que ça ne dégagera pas mal d’argent ». « Mais c’est aussi une question financière, parce que les élections, c’est aussi un sport de riche, c’est pour ça qu’on a lancé une souscription qui nous permettrait de trouver des moyens financiers besoin de recueillir de l’argent parce que pour tout ce qu’on aura à faire », termine Philippe Poutou.




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