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Politique

Le gouvernement dans la tourmente

Prélèvement à la source : problèmes techniques ou fragilité politique du gouvernement ?

Si la diffusion d’une note détaillant les innombrables bugs apparus dans le cadre des tests sur le prélèvement à la source fait la une de l’actualité, la confusion qui règne autour du prélèvement à la source met en réalité en exergue la fragilité politique du gouvernement.

Après le report de la révision constitutionnelle, conséquence directe de l’affaire Benalla et de la volonté de l’exécutif de temporiser dans une période difficile, c’est désormais la mise en place du prélèvement à la source qui pourrait se voir annulée. Cette mesure prévue pour janvier 2019 doit permettre aux services fiscaux de prélever les impôts directement sur les revenus, permettant ainsi au gouvernement d’économiser, par plusieurs biais, plusieurs milliards d’euros.

Or, la réforme qui aurait déjà coûté près de 300 millions d’euros à l’Etat - une somme gigantesque correspondant au développement informatique de la mesure, à la formation du personnel des impôts ou encore à la communication sur la mesure - pourrait bien passer à la trappe. Un potentiel camouflet de plus pour l’exécutif, dont les raisons apparaissent éminemment politiques.

Pour la première fois du quinquennat, la confusion règne

Dès la semaine dernière, la confusion autour de l’annonce du lancement ou pas de la mesure annonçait déjà que quelque chose se tramait.

Tandis qu’Edouard Philippe semait le doute en restant prudent sur la réforme dans le JDD le 26 août, Gérald Darmanin affirmait fermement sur Europe 1 quelques jours plus tard que le prélèvement à la source serait bien mis en place en 2019, avant qu’Emmanuel Macron n’intervienne le 29 août pour tempérer les ardeurs de son ministre en expliquant attendre « d’être sûr de ce que nos concitoyens vivront le jour où on la mettra en place, si on la met en place [nous soulignons] ». Une intervention exceptionnelle du Président qui allait être contredite dès le lendemain par Gérard Darmanin qui réaffirmait sa confiance dans la mise en œuvre de la mesure, soutenu quelques jours plus tard par Bruno Le Maire. De quoi semer le doute dans les médias comme au sein de la population face à ce couac inédit dans la communication du gouvernement.

Or hier, la publication dans Le Parisien des conclusions d’une note confidentielle de la DGFiP, datée de juillet, mettant en lumière les centaines de milliers de bugs relevés dans le cadre des tests sur le prélèvement à la source. Pourtant, tant l’ancienneté du rapport que les témoignages de divers responsables sur la correction des bugs laissent penser que la diffusion de ce document pourrait surtout viser à fournir un alibi de poids à un éventuel report de la réforme. Une manière pour le gouvernement de dissimuler derrière de faux motifs techniques un recul rien de moins que politique.

Derrière les problèmes techniques, la fragilité politique du gouvernement

Par-delà les supposés risques techniques du prélèvement à la source, il semble que plusieurs proches de Macron s’inquiètent des dangers politiques d’une telle mesure. L’effet « psychologique » de la réforme, qui conduira mécaniquement à une baisse des revenus directement perçus par les salariés, semble ainsi particulièrement menaçant.

De fait, le gouvernement Macron paraît plus fragile que jamais en cette rentrée 2018. Alors que la conjoncture économique semble morose, que le poids de l’affaire Benalla continue de peser sur l’image du président et que la démission de Nicolas Hulot, véritable camouflet, désorganise l’Elysée à l’approche de la rentrée, Emmanuel Macron doit faire face à ses premiers renoncements. Dans ce cadre, le prélèvement à la source est risqué, d’une part parce qu’il pourrait accroître le sentiment qu’Emmanuel Macron détériore les conditions de vie des travailleurs, de l’autre parce qu’il annulerait l’effet visible du basculement des cotisations sociales vers la CSG, mesure phare de Macron pour accroître le pouvoir d’achat des travailleurs.

Une situation d’autant plus compliquée qu’à l’heure des premiers bilans économiques de la politique d’Emmanuel Macron, le décalage entre les sacrifices exigés par le gouvernement envers les retraités, les étudiants, et les travailleurs, et les résultats de sa politique apparaît de plus en plus éclatant. Retour de l’inflation, baisse du pouvoir d’achat, chômage toujours massif, croissance en dessous des 2% annoncés, le gouvernement précarise à tour de bras et se montre incapable d’en justifier les frais, ce qui invite désormais à la prudence. Or, quand on multiplie les annonces de réformes chocs et qu’on passe son temps à bomber le torse, le retour à la prudence apparaît nécessairement comme un renoncement.

Ces multiples éléments de fragilité du gouvernement Macron apparaissent ainsi comme les véritables fondements de la confusion qui agite aujourd’hui le gouvernement. Pour Emmanuel Macron, la situation est d’autant plus critique qu’aucun ingénieur informatique ne saurait résoudre ses problèmes structurels de fragilité politique.

Crédits photos : / Fred Haslin/Le Courrier picard/MaxPPP




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