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Politique

Tous ensemble dans la rue le 22 !

Premier « recul » de Macron sur les retraites : la peur du tous ensemble ?

Après la mobilisation massive du 15 mars dans laquelle les retraités ont manifesté leur colère contre la hausse de la CSG, et quelques jours avant le 22, Édouard Philippe a aujourd'hui déclaré qu'il allait « corriger le dispositif pour les retraités ». S'il est clair que cette mesure n'est qu'une miette, celle-ci représente le premier « recul » du gouvernement Macron !

Alors que la colère des retraités s’est exprimée massivement jeudi dernier, Édouard Philippe a annoncé ce mardi 20 mars que le gouvernement allait « corriger le dispositif » de hausse de la CSG pour les retraités, du moins pour une infime partie d’entre eux. En effet, alors que 7 millions et demi de retraités sont touchés par cette hausse de la CSG, Edouard Philippe a déclaré que pour les 100 000 ménages dont le revenu fiscal de référence se situe « juste au-dessus » du seuil retenu pour cette augmentation, le dispositif serait « corrigé » :

« Il y a 7,5 millions de Français qui sont concernés par le taux plein de CSG qui est augmenté et 100 000 dans une zone d’interstice où objectivement ils voient une hausse de la CSG alors que l’addition des deux niveaux de pension les place juste au-dessus du seuil. Pour ces 100 000 Français-là, il faut corriger le dispositif, et nous le corrigerons dans la prochaine loi de finances » a-t-il déclaré.

Une annonce assez vague sur les modalités de cette « correction » : ces ménages seront-ils donc totalement exemptés de la hausse de 1,7 points de la CSG ? Ou bénéficieront t-ils d’une hausse moins importante ? Les modalités ne sont pas claires, mais le premier ministre promet un « geste », un « geste d’apaisement », face à la colère qu’a provoqué la hausse de la CSG entrée en vigueur en début d’année. Une colère que le premier ministre dit « comprendre ». Il écarte également l’idée d’une taxe foncière qui serait calculée en fonction des revenus.

Contrairement aux précédentes déclarations d’un député LREM qui affirmait que les retraités étaient des « privilégiés », appartenant à une « génération dorée », le premier ministre a joué la carte du dialogue, affirmant que « les retraités ne sont ni des privilégiés, ni des égoïstes », prétendant comprendre leur colère. Alors que Macron affirmait lui aussi cyniquement il y a peu qu’il n’avait senti aucune colère de la part des retraités, le premier « recul » du gouvernement depuis le début du quinquennat, aussi minime soit-il, ainsi que son changement de ton à l’égard des retraités témoignent du fait que cette colère, bien réelle, commence à se faire sentir à l’Élysée et à faire peur. Et il y a de quoi.

Jeudi dernier, des dizaines de milliers de retraités sont en effet sortis dans la rue pour manifester contre Macron et la hausse de la CSG qui va considérablement miner leurs retraites et leur pouvoir d’achat. Des slogans exigeant une hausse des pensions de retraite, le retrait de la hausse de la CSG, ainsi que des slogans anti macron étaient scandés. Du fait de ses politiques d’austérité menées à l’encontre des retraités – une frange de la population déjà précarisée – ce dernier est en effet en train de rentrer en discorde avec un secteur qui lui était jusqu’à présent favorable. De plus certains mots d’ordres « public-privé tous ensemble » ainsi que la composition de la manifestation, les retraités ayant été suivis par des travailleurs des EHPAD ainsi que des étudiants, ont commencé à poser la question de la convergence, constituant un point d’appui pour construire crescendo la mobilisation du 22 mars.

Alors hasard du calendrier ? Il est évident que non, ces miettes accordées aux retraités deux jours avant le 22 mars, ne sont qu’un effet d’annonce ayant pour but de calmer la colère, dégonfler la participation des retraités à la mobilisation de jeudi et éviter la jonction des différents secteurs. Le premier ministre a affirmé que l’objectif du gouvernement et la reforme restaient les mêmes. Et il est fort probable que cette mesure – comme d’autres avant elle telle que l’ouverture des allocations chômage pour les personnes démissionnaires – ne soit qu’une promesse sur laquelle le gouvernement reviendra ensuite.

En réalité, ce premier « recul », ces premières miettes accordées, témoignent du fait que le début de convergence et de jonction qui se dessine entre les travailleurs du public, notamment de la santé, de l’éducation, des EHPAD, les cheminots, les étudiants, les lycéens, les retraités, fait peur au gouvernement, et que ce dernier tente par divers moyens de briser cette jonction. Après avoir tenté de diviser les cheminots, les usagers et les autres secteurs en lutte, à travers le cheminot bashing et la rhétorique des privilégiés, ce dernier tente en effet d’éviter la participation des retraités à cette jonction. Mais cela suffira-t-il à calmer la grogne ?

Probablement pas, d’autant plus lorsque les retraités savent que, dés 2019, le gouvernement prévoit de s’attaquer aux retraites... Face à ces diverses manœuvres, il est nécessaire d’unir les différentes colères, de ne rien attendre d’un gouvernement qui tente de nous asphyxier, de détruire tous nos acquis et de nous condamner à toujours plus de précarité. Il est nécessaire de construire ce tous ensemble qu’il redoute, et qui est le seul à même de le faire reculer et de remporter des batailles.




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