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A l’arrêt

Première grève générale contre Macri en Argentine

Grosse journée de lutte en Argentine, ce jeudi. Après des mois de tergiversations, et sur fond de conflit enseignant, les différentes composantes de la CGT appelaient à une journée de grève générale, une première depuis l’arrivée au pouvoir de Mauricio Macri en décembre 2015.

Il aura donc fallu plus de quinze mois pour que les centrales syndicales se décident à prendre une mesure de portée nationale contre les politiques austéritaires et néolibérales adoptées depuis son entrée en fonction par Mauricio Macri et son gouvernement de chefs d’entreprise. Quinze longs mois au cours desquels le monde du travail n’est pas resté passifnéanmoins : en témoignent, ces derniers temps, la lutte très dure menée par les ouvriers de l’industrie graphique qui font sortir l’un des principaux quotidiens du pays, Clarín, ou encore le conflit enseignant, qui dure depuis la rentrée des vacances d’été (austral).

Les travaux du Forum Economique Mondial latino-américain n’avaient pas commencé à Puerto Madero, très chic quartier de Buenos Aires, ce jeudi, que, partout dans le pays, l’activité économique ralentissait jusqu’à se paralyser. Les directions syndicales se seraient bien contentées d’une « grève du dimanche », à savoir sans aucune action. Mais partout où les équipes militantes oppositionnelles aux CGT et aux CTA étaient présentes, des piquets ont été mis sur pied pour que la grève soit encore plus efficace et pour faire entendre un message clair : les secteurs les plus résolus du monde du travail veulent une suite.

Ainsi, dans la banlieue Nord de Buenos Aires, les équipes syndicales combatives et les secteurs militants les appuyant ont coupé l’autoroute panaméricaine, axe de transport central pour le pays, dès l’aube. La réponse de la gendarmerie n’a pas tardé et une forte répression s’est abattue sur les grévistes et leurs soutiens, accompagnée de plusieurs interpellations. Les grévistes et les enseignants en lutte se sont également retrouvés face-à-face avec la police qui bloquait l’accès Sud de la capitale, sur le pont Pueyrredón. Même scénario en province, avec un fort détachement de forces de répression empêchant que les manifestants de la province de Río Negro et ceux de Neuquén, emmenés par les céramistes de Zanón, ne puissent opérer la jonction sur le pont séparant les deux provinces. Ailleurs les actions ont été également très militantes, avec un blocage de Wolkswagen à Córdoba, des barrages à Bahía Blanca ou encore des barrages installés à Rosario et Santa Fe, dans la province du même nom, ou à Mendoza ou Jujuy. Partout dans le pays, l’économie a tourné au ralenti.

La répression du matin, sur l’autoroute panaméricaine notamment, a bien entendu été vivement critiquée, à commencer par l’extrême gauche, qui était en première ligne sur les piquets, de même que par plusieurs personnalités argentines tel que le Prix Nobel de la Paix Adolfo Pérez Esquivel. La direction de la CGT, quant à elle, n’a eu d’autre choix que de se solidariser des militants et travailleurs qui avaient été réprimés, ce qui n’est pas habituel en Argentine et atteste du niveau de pression existant. C’est ce qui a, par ailleurs, conduit à ce que les directions syndicales qui composent la CGT en appellent à une grève générale.

En dépit du succès de la journée et du taux très élevé de grévistes, les directions de la CGT qui étaient au cœur de cet appel n’ont avancé aucun plan de bataille. Plusieurs essaient de tirer leur épingle du jeu à travers les négociations annuelles obligatoires en cours actuellement mais personne n’a souhaité aborder la question des suites, et ce alors que plusieurs conflits sont encore ouverts et que, plus que jamais, il faudrait que ce soit à Macri et à ses amis de payer la crise.




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