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Afrique du Sud

Première grève nationale contre le projet de réforme du travail du nouveau gouvernement sud-africain

Après deux mois de mandats du nouveau président sud-africain, membre du Congrès national africain (ANC), les syndicats de l’opposition organisaient ce mercredi une grève nationale contre le gouvernement et ses réformes sur le travail.

Traduction de la Izquierda Diaro

Les syndicats regroupés dans la Fédération Sud-africaine des Syndicats (SAFTU, selon son acronyme anglais), ont réalisé ce mercredi la première grève générale, avec des manifestations partout dans le pays, mais notamment au Cap, à Johannesburg et à Pretoria.

La SAFTU est une fédération regroupant plusieurs syndicats, séparés de la centrale syndicale pro-gouvernement (la COSATU). Elle compte notamment dans ses principaux membres le plus grand syndicat d’Afrique du Sud, l’Union Nationale des Travailleurs de la Métallurgie (NUMSA), qui avait décidé de faire une démonstration de force contre la réforme de la législation du travail, et notamment autour du salaire minimum, qu’elle juge insuffisant.

Le secrétaire général de SAFTU, Zwelinzima Vavi, avait affirmé devant l’ampleur de la mobilisation « Nous occupons Johannesburg », en soulignant dans cette même déclaration que la grève n’avait pas le soutien de la centrale syndicale pro-gouvernement.

Les motifs de la mobilisation et de la grève

Le nouveau président, Cyril Ramaphosa, membre de l’ANC, a cherché à prendre et à utiliser la majorité au pouvoir dans le Parlement pour mettre en place un salaire minimum de 20 rands par heure (environ 1,6 dollars) ainsi que d’autres modifications de la législation du travail.

Le projet visant à établir un salaire minimum est une proposition que Ramaphosa envisageait déjà quand il était encore vice-président. Le parti au pouvoir défend ce projet en arguant qu’il s’agirait d’une avancée pour réduire l’inégalité salariale.

D’un côté, la SAFTU rejette le montant de 20 rands par heure, soit 3 500 par mois (environ 280 dollars), car il s’agit là d’une proposition qui est bien en-deçà du salaire moyen dont une famille a besoin pour vivre et qui est estimé aux alentours de 10 000 rands.

Les syndicats dénoncent aussi la proposition du gouvernement de réformer la loi des relations au travail (LRA). Cela entraînerait des changements qui limiteraient le droit de grève, notamment pour les petites organisations, tout en permettant une plus grande ingérence de l’État dans les conflits au travail.

« C’est une grève contre la tentative d’enlever aux travailleurs l’unique outil qu’ils ont pour peser dans les négociations collectives. C’est une grève contre la tentative de réduire les négociations collectives à une supplique collective », affirmait Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la fédération, dans ses déclarations à la chaîne de télévision SABC.

Cette attaque contre les droits du travail et syndicaux ne viennent pas de nulle part. Avant d’être le président multimillionnaire qu’il est maintenant, Ramaphosa était un des dirigeants du syndicat des mines (UNM) dans la résistance contre l’apartheid, et l’un des principaux négociateurs qui a conduit à l’effondrement de ce régime. De dirigeant syndical dans les mines, il est devenu membre de la nouvelle élite noire en tant qu’entrepreneur lié à des sociétés minières.

Dans ce double rôle de dirigeant syndical et d’homme d’affaire, Ramaphosa a été impliqué dans le massacre de Marikana, lorsque la police a tué 34 travailleurs en grève dans une mine exploitée par la compagnie Lonmin. Au moment de ces assassinats, Ramaphosa faisait partie de la direction de l’entreprise.

Le malaise social continue après la chute de Jacob Zuma

La première grève nationale contre le gouvernement de Cyril Ramaphosa, peu de temps après le « coup d’Etat de palais » où le parti au pouvoir a forcé Jacob Zuma, lui aussi de l’ANC, à démissionner, montre que le nouveau gouvernement aura besoin de plus qu’un discours anti-corruption pour apaiser le climat social.

La grève de ce mercredi coïncidait avec la septième journée de mobilisation nationale des conducteurs de bus, en conflit avec la patronale pour des augmentations de salaire.

D’un autre côté, dans la province du Nord-Ouest, il y a eu en fin de semaine de violentes manifestations et des pillages pour exiger le départ du chef du gouvernement local, Supra Mahumapelo du parti au pouvoir, accusé d’être inefficace et corrompu. L’élément détonateur des protestations a été le manque de soins et la mort de deux patients mardi dans une clinique en raison du fait que ses travailleurs n’étaient pas payés.

Un calme, momentané, était revenu à Mahikeng, la capitale de cette province, après une très violente répression policière, à coup de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes. Le président a de fait interrompu son voyage officiel au Royaume-Uni pour répondre à la situation.

Ce qui a accéléré le départ de Jacb Zuma de la présidence, c’est que le Congrès national africain (ANC) a accumulé des années d’usure, et un secteur de travailleurs et d’étudiants ont fait l’expérience d’une direction politique dans les mains de millionnaires ayant des liens avec les multinationales, bien loin des souffrances du peuple sud-africain.

Le gouvernement cherche, avec cette réforme de la législation, à limiter le pouvoir des syndicats et à limiter de même avec le salaire minimum les possibles négociations salariales de manière à favoriser les entreprises capitalistes qui précarisent toujours plus les conditions de travail dans le pays.

La grève et la mobilisation de ce mercredi démontrent que les syndicats d’opposition au gouvernement ont la capacité de le mettre en difficulté dans son projet, et de porter atteinte à l’image de ce président qui cherche à récupérer le prestige du CNA, avant les élections de 2019.

Alors que Ramaphosa demande du temps et du calme, le climat social ne semble pas être disposé à attendre.




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