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Notre classe

« Si on ne bosse pas ils n’auront plus de pognon »

Première négociation au Park Hyatt Vendôme au bout de 45 jours de grève 

Ce vendredi 9 novembre, les grévistes du palace de luxe ont appelé à un rassemblement devant l’hôtel. Alors que le 7 novembre, la direction de l’hôtel s’est assise pour la première fois à la table des négociations, cela a été l’occasion de réaffirmer la détermination des grévistes et de leurs soutiens, pour qui cette grève revêt un caractère exemplaire pour l’ensemble de notre classe.

Une centaine de personnes se sont donc rassemblées à midi devant l’hôtel. Parmi eux, la Coordination des Travailleurs Sans-Papiers de Vitry (CTSPV 94) qui a salué les grévistes. Dans une prise de parole, le délégué de la Coordination a rappelé que de nombreux travailleurs immigrés et sans-papiers travaillent dans ce secteur, et représentent pour le patronat une source de main d’œuvre exploitable à merci. Et surtout, que c’est par l’organisation à la base et la lutte collective que beaucoup ont pu imposer aux patrons et à l’État leur régularisation, et obtenir un titre de séjour leur permettant d’accéder à un certains nombre de droits dont ils étaient privés en tant que travailleurs sans-papiers, dont l’accès à la sécurité sociale, aux arrêts maladie, et l’établissement d’un contrat de travail en bonne et due forme. Commentant pour finir les photos de la répression affichées par les grévistes sur la grande porte de l’hôtel, le camarade du CTSPV 94 a déclaré simplement et avec un sens aigu de la réalité que « la violence se trouve du côté des gens qui exploitent, mais si on ne bosse pas ils n’auront plus de pognon ».

Un front large de soutien était donc présent en solidarité avec les grévistes pour dénoncer l’écart entre les salaires de misère des travailleurs de cet hôtel de luxe et le prix des chambres qui s’élève jusqu’à 16.000€/nuit. De même que pour dénoncer la direction du Park Hyatt Vendôme, seul palace parisien à employer des sous-traitants pour les tâches de ménage, ainsi que la répression policière déployée à la demande de cette même direction contre la grève.

Ainsi, Nora, déléguée syndicale et femme de chambre dans l’hôtel, salariée par la société de sous-traitance STN, considère que l’ouverture des négociations est un point positif. « Ils [la direction de l’hôtel, ndlr] ont commencé à nous entendre. Cet après-midi ils vont nous envoyer leurs propositions, et on aura une Assemblée Générale pour décider du maintien ou non de la grève  ». En effet, depuis 45 jours plus d’une soixantaine des travailleurs de cet hôtel sont en grève – en majorité femmes et valets de chambres employés en sous-traitance, mais aussi une partie des employés de l’hôtel – mais la direction faisait toujours la sourde oreille. Nul doute que la mauvaise pub et les pertes engendrées par la grève ont joué dans la balance. Alors qu’il y a trois semaines encore, Michel Morauw, vice-président du groupe Hyatt, refusait d’entendre parler de l’internalisation des salariés sous-traitant et jurait encore que « la revendication sur les salaires n’a pas lieu d’être discutée aujourd’hui  », il semble que la détermination des grévistes a réussi à pousser la direction dans ses retranchements, et ce malgré la répression policière et les agressions par les vigiles de l’hôtel.

La famille Pritzker, actionnaire du groupe, qui n’hésite pas à surexploiter les travailleurs -Nora témoignant que « s’il reste un brin de poussière on nous fait refaire toute la chambre » - a bien conscience que c’est sur le dos des travailleurs qu’elle a accumulé son immense richesse qui la place aujourd’hui parmi les plus grandes fortunes mondiales, au point d’influer sur les élections présidentielles outre-Atlantique. S’il est évident qu’elle cherchera à tout prix à ne pas l’admettre, à gagner du temps et à utiliser tout les subterfuges tels que les forces de répression, les grévistes restent déterminés à lutter pour leur conditions de travail.

Alors que jusqu’ici ces tentatives, notamment l’intervention policière, n’ont fait qu’aiguiser la combativité des travailleurs, Nora fait le constat que «  Macron a choisi la sous-traitance pour nous abattre ». Les ordonnances travail passées en force à l’automne 2017 ont notamment réformer les instances représentatives du personnel empêchant le personnel sous-traitant de s’organiser syndicalement sur leur lieu de travail, d’où, entre autres, la revendication d’internalisation du personnel sous-traitant. Au sujet de ce président des riches qui déclarait il y a quelques temps vouloir supprimer le nom du compte pénibilité car il «  induit que le travail est une douleur », Nora déclare encore que « quand il fait ces lois il ne mesure pas le mépris à l’encontre des salariés  », et à cet habitué des palaces luxueux elle a « envie de dire de venir travailler avec nous pour voir comment ça se passe sur le terrain ».

Vous pouvez contribuer à la caisse de grève : https://www.lepotcommun.fr/pot/1vpwil8t

Crédits Photo : O Phil des Contrastes




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