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Jeunesse

Elections à Paris-1

Premières élections à Tolbiac depuis l’occupation : percée de l’extrême-gauche !

Quelques mois après la forte mobilisation contre la sélection importante à l’université Paris-1 Panthéon Sorbonne, notamment sur le site de Tolbiac-PMF, les élections aux conseils centraux ont donné la nouvelle tonalité politique des étudiants. Face à la droite qui a tenté de capitaliser avec la dénonciation des blocages, les organisations étudiantes classées clairement à gauche qui ont porté la mobilisation contre Parcoursup (Solidaires, Le Poing Levé) agrègent 26% des voix ; 47% du total si on y ajoute les scores recueillis par l’Unef.

La semaine dernière, se tenaient à Paris-1 les élections des représentants étudiants au Conseil d’Administration (CA) et à la Commission de la Formation et de la Vie Universitaire (CFVU). Dans une faculté qui a connu une occupation particulièrement importante et médiatisée à Tolbiac, ce scrutin constituait un véritable test quelques mois après la mobilisation contre la sélection. Et de fait, en dépit des prises de position de Georges Haddad (président de Paris 1) ou d’Emmanuel Macron lors de l’occupation, qui dénonçaient tous deux une action menée par de soi-disant « agitateurs professionnels », mettant en doute la présence même d’étudiants au sein de la mobilisation, les résultats démontrent le large soutien dont bénéficie encore les partisans de la mobilisation et de l’opposition aux réformes de Macron.

Avec 14% de participation*, les élections aux Conseils Centraux qui se tenaient les 24 et 25 octobre à Paris-1 ont battu des records, dépassant de 6 points la participation aux dernières élections de 2016. En dépit du silence assourdissant de l’université sur cette échéance, 4431 votants se sont ainsi déplacés pour élire des représentants étudiants au Conseil d’Administration de Paris-1.

Une hausse qu’on peut directement lier à une forte politisation du milieu étudiant sur Paris 1, lié notamment au rejet de la sélection et des mesures de l’arrêté licence, qui menace la compensation et les rattrapages. Les trois listes (UNEF, Solidaires, Le Poing Levé) explicitement opposées à la sélection ont en effet obtenu près de 47% des voix, tandis que les corpos, représentées par la Fédé Paris 1, opposée au mouvement du printemps, voit son score se réduire de 10% par rapport à 2016.

Pourtant, la dynamique semble dépasser la simple question de la sélection puisque les listes les plus marquées à gauche connaissent une progression particulièrement importante. Solidaires et Le Poing Levé, obtiennent ainsi 25% des voix à elles deux avec 1156 voix. La hausse de participation se fait ainsi en grande partie au profit de l’extrême-gauche qui connaît une hausse très importante par rapport à 2016, où Solidaires seule avait obtenu 387 voix, tandis que l’UNEF réalise le même score qu’aux dernières élections.

Alors que les listes de droite et d’extrême-droite (UNI, Cocarde) avaient centré leurs campagnes sur l’opposition aux blocages et la défense de la sélection, ces résultats témoignent ainsi d’un soutien à la mobilisation du printemps dernier autant que d’une volonté de défendre une université critique et émancipatrice. Cependant, la droite et l’extrême-droite connaissent elles aussi une hausse des voix, bien que plus modeste, capitalisée par la Cocarde (extrême-droite) qui double son score de 2016 avec 158 voix tandis que l’UNI recueille 257 voix contre 357 en 2016.

Par ailleurs, le report probable d’une partie des voix de l’UNI vers la Cocarde, qui a défendu pendant la campagne un discours particulièrement outrancier, appelant à « chasser les clandestins de la fac », affirmant que Tolbiac était devenu un « terrain de chasse à l’homme blanc hétérosexuel », et défendant clairement une université sélective, indique que la polarisation ne touche pas que la gauche à la fac.

En termes de siège, cela se traduit par le maintien de 2 sièges pour la Fédé Paris-1 au Conseil d’Administration, tandis que l’UNEF, Solidaires, Le Poing Levé et la FEDER obtiennent chacun l’un des 4 sièges restant. Du côté de la CFVU, la Fédé obtient 5 sièges, l’UNEF 3, Solidaires et Le Poing Levé 2, tandis que l’UNI, la Cocarde, l’Alliance et la FEDER obtiennent toutes un siège. Malgré la percée de l’extrême-gauche, l’extrême-droite fait ainsi son entrée dans les conseils centraux.

Des résultats qui témoignent d’une dynamique en phase avec la période actuelle, marquée par la polarisation politique et par la fragilité croissante d’un gouvernement toujours plus impopulaire. Une période où, à l’aube de nouvelles attaques contre la fonction publique dans le cadre de la réforme de l’Etat et des réformes de l’assurance-chômage et des retraites, s’ouvre la possibilité d’une contre-attaque de tous les secteurs exploités et opprimés.

Si les résultats de la campagne à Paris 1 font ainsi apparaître l’université comme une « caisse de résonance » des tendances qui traversent l’ensemble de la société, la question reste ouverte de savoir comment cette politisation étudiante s’exprimera dans les grandes mobilisations. Après le mouvement contre la sélection, une chose est sûre, si les étudiants ont suffisamment de détermination et de poids pour jouer un rôle dans la situation, il leur faudra retrouver le chemin de l’auto-organisation et des coordinations pour réussir à peser réellement et construire l’université critique, émancipatrice, ouverte à toutes et tous dont nous avons besoin.

*Les résultats du CA et de la CFVU étant relativement similaires nous nous appuierons ici sur les chiffres des élections au CA.




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