^

Politique

La sélection entre les lignes

Présentation du "plan étudiant". « Un projet fou et conservateur », dénonce le Snesup

Le projet de loi, qui vise "à supprimer le tirage au sort et réduire le taux d'échec en première année de fac", était présenté ce mercredi en Conseil des Ministres. Ce "plan étudiant" s'apparente à une véritable refonte du système d'admission et de sélection du lycée à l'université. Le contenu révélé peu à peu par ses créateurs, qui évitent tant bien que mal de parler de "sélection", de "pré-requis" ou encore d'"attendus", montre l'ampleur de l'offensive contre les étudiants et la jeunesse hexagonale.

Ce mercredi, la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche a présenté son « plan étudiant », en Conseil des Ministres. Un projet élaboré depuis plusieurs mois, présenté fin octobre par le gouvernement et qui a été discuté devant plusieurs instances consultatives rassemblant les représentants du monde éducatif. Depuis, le gouvernement mène donc une grande campagne de communication pour faire passer la pilule. Pour faire valoir son projet, le gouvernement s’appuie en particulier sur les défauts actuels de l’université, son manque de moyens et de places pour accueillir les étudiants, une hécatombe manifestement organisée depuis plusieurs années et qui explique largement le cas des lycéens non affectés par APB, utilisé comme épouvantail par le gouvernement.

Ainsi, ce "plan étudiant" est présenté par ses architectes comme un projet ambitieux pour aller vers un système plus "personnalisé", plus "humain", plus proche des envies et besoins des étudiants. En réalité, il n’en est rien. Présenté aux syndicats étudiants, lycéens et enseignants, nombreux sont ceux qui dénoncent derrière ce projet une "sélection déguisée". Lors des réunions au ministère auxquels ont été conviées les organisations, et notamment les représentants enseignants, et qui avaient pour but de présenter le fameux "plan étudiants" de manière plus détaillée, il s’est révélé que le diable se cache toujours dans les détails.

Parcoursup’ en remplacement d’APB : 10 vœux non hiérarchisés et dont l’acceptation dépend des « attendus »

Frédérique Vidal annonçait mardi le nouveau nom de la plateforme d’orientation/sélection. Anciennement nommée APB, à partir du 15 janvier ce sera désormais sur [« Parcoursup »- > http://www.revolutionpermanente.fr/De-APB-a-Parcoursup-un-nom-change-pour-une-selection-renforcee] que les lycéens devront formuler leurs vœux, et attendre la nouvelle sélection universitaire.

La nouvelle plateforme unique devra comporter la présentation des formations : le contenu des formations, les attendus, les capacités disponibles ou encore les éléments pris en compte pour examiner les candidatures. Des "attendus" ou "prérequis" demandés aux étudiants mais dont les contours jusque-là restaient flous. Il semblerait en fait que le Ministère mette en place un "cadrage national" d’attendus généraux par discipline qui sera ensuite décliné par établissement. Cela signifie que chaque établissement pourra donc fixer ses propres critères de sélection, et pourra agir en totale autonomie pour adapter les "attendus" du cadrage national. Ainsi, par exemple, l’indication "niveau suffisant" peut conduire chaque université à définir des notes planchers. Une façon de donner les pleins pouvoirs aux établissements pour pouvoir gérer indépendamment de tout contrôle les flux d’entrée dans l’enceinte de leur université.

Les vœux formulés sur Parcoursup’ se réduiront dorénavant au nombre de dix, contre 25 sur APB. Sur ces dix vœux, aucune hiérarchisation possible. Les réponses seront reçues au compte-goutte par les futurs étudiants, au bon vouloir des délais de consultation des candidatures par les universités - certainement plus rapidement pour les élèves dont les « attendus » ont été validés, beaucoup plus tardivement pour les autres.

Sur la plateforme, le candidat pourra recevoir plusieurs réponses : « oui », « oui si » ou « en attente » pour n’importe quelle licence générale, en tension ou pas. "+Oui si+, ça veut dire que l’équipe pédagogique (...) considère que le bachelier a besoin d’être accompagné de manière spécifique", a précisé Frédérique Vidal. Il pourra lui être par exemple proposé un parcours avec « plus de TD (travaux dirigés), plus de méthodologie ou davantage de temps pour mûrir son projet ». Cela signifie "l’accompagnement", ou plutôt l’encadrement des étudiants soumis à des contrôles permanents pendant toute la durée de leur cursus. Loin "d’humaniser" le parcours des étudiants, cela se résumera à des dossiers dématérialisés, automatisés, soumis à l’appréciation des professeurs et conseils de classe au lycée, puis à celle de l’université qui déterminera l’entrée ou non de l’étudiant à la fac, s’il doit être soumis à une remise à niveau, s’il doit être encadré pédagogiquement.

Licence modulable et contrat pédagogique à l’université

Dans le "plan étudiant" il est aussi prévu, entre autres mesures, la mise en place d’une licence modulable ainsi que de « contrats pédagogiques ». Aujourd’hui la signification concrète de ce qu’implique "une licence modulable" se clarifie également. L’arrêté licence va être modifié en s’appuyant sur le processus de Bologne : une licence, c’est 180 ECTS (crédits) capitalisables et non pas trois ans de fac. L’inscription se fera donc à l’UE (unité d’enseignement), et plus à l’année universitaire ou au semestre. Les étudiants pourront valider leur année en plusieurs années s’ils le souhaitent, ou si la direction en a décidé ainsi en fonction de leur dossier. Ce qui n’avait pas encore été dit, c’est que ces changements vont impliquer une disparition de la compensation des UE, qui permet aux étudiants de faire la moyenne de toutes leurs UE pour valider leur semestre. Une suppression qui va dans le sens, encore une fois, de sélectionner celles et ceux qui pourront se payer leurs études sans avoir besoin de travailler, et de pousser les autres vers la sortie.

Le début de la contestation : le Snesup dénonce le projet, les lycéens parisiens sortent dans la rue

Alors que le gouvernement continue d’avancer ses pions et a pensé un calendrier serré pour "qu’à la rentrée prochaine nous soyons en capacité d’accueillir tous les bacheliers" à l’université, comme l’a dit la ministre ce mardi, les premiers signes de contestation se manifestent.

Le Snesup-FSU, opposé au projet de loi, a appelé ce mardi à « combattre le projet fou du gouvernement », qualifié de "conservateur, anxiogène et bureaucratique" et qui remet au goût du jour « un vieux projet de la droite », « la sélection à l’entrée à l’université », selon son secrétaire général Hervé Christofol.

Opposés à ce projet de loi et loin d’être dupes sur les intentions du gouvernement, des jeunes ont bloqué une dizaine de lycées en région parisienne ce mercredi et ont organisé une [manifestation contre le plan Vidal- >http://www.revolutionpermanente.fr/Dix-lycees-bloques-et-500-lyceens-en-manif-contre-le-Plan-Vidal].

Depuis la sortie du projet, nous avons dénoncé un projet qui promet la sélection généralisée, plus de concurrence, l’approfondissement des inégalités, l’exclusion de l’université les jeunes issus des milieux les plus précarisés et populaires, et qui a pour logique de soumettre la jeunesse aux besoins du marché via plus de contrôle et un système de "tri". Il s’agit aujourd’hui d’appeler à rejeter en bloc ce "plan étudiants" ainsi que ces nouvelles ordonnances Macron, ces attaques contre la sécurité sociale, qui veulent nous imposer un avenir sous le signe de la crainte du lendemain et de la précarité.




Mots-clés

Plan Vidal   /    Sélection à l’université   /    Lycées   /    Université   /    Politique