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Politique

Les gros médias ont leurs chouchous

Présidentielle. Pour TF1 il faut être ancien ministre ou Marine Le Pen pour être invité

TF1 a invité les candidats à la présidentielle à un premier débat sur son plateau ce soir à partir de 21h. Mais les invitations ont été sélectives : seuls 5 des 11 candidats s’exprimeront.

En effet, les invités ont été triés sur le volet : ce sont les candidats des « grands partis » qui ont été privilégiés au détriment d’autres candidats moins médiatisés tels que Philippe Poutou du NPA ou encore Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière.

Une campagne sous le signe de la censure

Depuis samedi, la liste des candidats pouvant se présenter à la présidentielle a été arrêtée : ils sont 11. Ces derniers mois, nous avons explicité et dénoncé le système des parrainages (qui conditionne quels sont les candidats qui pourront faire campagne et se présenter) et son caractère profondément anti-démocratique. Jusqu’à ce samedi, la course aux parrainages a été pour les dits « petits candidats » un parcours semé d’embuches contrairement aux candidats des partis institutionnels. Entre autres, la loi Urvoas de 2016 de « modernisation des règles applicables à l’élection présidentielle » qui rend obligatoire par souci de transparence, la publication de l’intégralité des noms des parrains. Aujourd’hui, l’entreprise de censure des « petits candidats » se poursuit à travers les règles liées aux temps de paroles.

Des temps de paroles et d’antenne limités

Des règles sur les présidentielles et le temps de parole qui ont été également modifiées par la loi Urvoas de 2016 : l’égalité du temps de parole, du fait de cette loi, se retrouve limitée. Jusqu’ici, le principe de l’égalité du temps de parole s’appliquait à partir de cinq semaines avant le premier tour. Avec l’adoption de cette réforme, l’Assemblée nationale la limite désormais à quinze jours, du 10 au 22 avril. Depuis le 1er février ce qui prévaut est le principe d’équité pour les temps de paroles et d’antennes. Une équité qui était calculée en fonction du poids politique de chacun.

A partir de la publication au Journal Officiel des noms des candidats, c’est désormais, pour la période qui va du 20 mars au 9 avril, un principe d’équité renforcé qui s’applique avec des conditions de programmation équivalentes, c’est-à-dire que cela oblige les médias à exposer les candidats dans les mêmes conditions de tranches horaires.

TF1 se fiche ouvertement du « débat démocratique »

TF1 qui a décidé d’organiser un premier débat ce lundi soir suite aux résultats du conseil constitutionnel avec seulement 5 des 11 candidats s’amuse des règles sur le décompte du temps de parole. En effet, il a été décidé que la publication au Journal Officiel de la liste des onze candidats officiels à l’élection présidentielleinterviendra finalement ce mardi 21 mars et non le dimanche 19 mars. Ainsi, TF1 parvient à éviter « légalement » l’entrée en vigueur du nouveau régime d’équité de temps de parole renforcé. Un tour de passe-passe par l’une des plus grosses chaînes d’information qui passe mal auprès des candidats évincés.

A ce titre, Nicolas Dupont-Aignan, candidat du parti « Debout la France », invité sur le plateau de TF1 samedi soir en a profité pour protester contre ces pratiques anti-démocratiques puis quitter le plateau. Car ces présidentielles 2017 s’annonçaient depuis longtemps anti-démocratiques et rudes pour les « petits candidats » dans une période où pourtant le mécontentement et le rejet des partis dits « traditionnels », de cette « caste politicienneprofessionnelle », n’a jamais été aussi fort.

C’est dans ce contexte que des candidats qui, comme Philippe Poutou pour le Nouveau Parti Anticapitaliste, ne sont pas des politiciens professionnels, sont d’abord écartés de la possibilité de candidater, puis de la possibilité d’être entendus, de faire campagne, d’exposer leurs idées à une large échelle.

Sur quels critères on exclurait les dits « petits candidats » ? Sur la question du nombre de parrainages recueillis ? Jean Lassalle qui a obtenu 708 parrainages en a plus que Marine Le Pen qui en a récolté 627.

Par ailleurs, selon la loi de 2016, le Conseil supérieur de l’audiovisuel tient compte de « la représentativité des candidats, appréciée, en particulier, en fonction des résultats obtenus aux plus récentes élections par les candidats ou par les partis… ». Pourtant, Emmanuel Macron ne s’est pas présenté en 2012 contrairement à Philippe Poutou.

Le CSA tient compte également« des indications de sondages d’opinion ». Mais qui commande ces sondages d’opinion si ce n’est les médias eux-mêmes ? Des instituts de sondages, souvent privés et aux méthodes obscures, qui ont démontré leur incapacité de prédire avec exactitude des résultats électoraux en temps de crise politique comme le Brexit ou l’élection de Donald Trump aux Etats Unis l’ont démontré, pour ne prendre que ces deux exemples.

Tout cela, sans compter que les intentions de votes dépendent aussi des passages dans les médias qui jouent sur les côtes de popularité des candidats. La preuve : la vidéo de Nicolas Dupont Aignan sur TF1 samedi soir a été visionnée environ 11 millions de fois et sa page Facebook ne cesse de gagner des « likes ». De même que le passage de Philippe Poutou sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché » sur France 2 le 25 février a permis de visibiliser le candidat du NPA victime du mépris de classe qui sévit sur les plateaux télé des médias dominants.

Philippe Poutou a d’ailleurs souligné le caractère scandaleux du débat qui se tient ce soir sur TF1 et a promis de profiter de tous les espaces qui se présenteront pour porter une « véritable candidature ouvrière qui touche beaucoup de monde ». Car en effet cette censure politique est permanente et touche avant tout les partis politiques qui défendent les intérêts des exploités et des opprimés. Même si Dupont-Aignan a dénoncé la censure de TF1 de ce qu’il a à dire, ses idées sont représentées au quotidien par d’autres candidats ou courants. Les travailleurs et les classes populaires en général n’ont droit qu’au mépris et aux préjugés dans les médias dominants, dont TF1 est l’un des exemples les plus aberrants.

On ne pouvait attendre rien d’autre de la part du régime politique d’une société d’exploitation. Le sens de la présence de candidats comme Philippe Poutou dans ces élections est justement de dénoncer cette fausse démocratie, ce régime pour les riches et les banquiers tout en présentant une voix qui représente les intérêts des travailleurs et des opprimés.




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