Monde

La candidate démocrate en tête des sondages

Présidentielles américaines. Trump joue son va-tout

Publié le 31 août 2016

Ces derniers mois n’auront pas été fructueux pour Donald Trump. Distancé par la toujours aussi impopulaire Clinton dans les sondages, le milliardaire tente son va-tout pour se relancer, à deux mois du scrutin.

Julian Vadis

Visite surprise au Mexique, parole diffamatoire et sexiste. Trump prêt à tout pour se relancer.

Depuis plus d’un an, Donald Trump a copieusement insulté la communauté mexicaine américaine. Promettant des mesures chocs pour hermétiser un peu plus la frontière, le candidat à la Maison Blanche n’a eu de cesse de jouer la carte de la surenchère xénophobe qui lui a permis d’écraser la concurrence lors de la primaire républicaine. Mais si le milliardaire a su se constituer une base fidèle, il peine à faire l’unanimité au sein de son propre parti. Ajoutez à cela de nombreuses polémiques, comme par exemple lorsque Trump a tenté d’instrumentaliser la tuerie homophobe d’Orlando, remerciant les gens le félicitant d’avoir "eu raison sur le terrorisme islamique radical " , et voici le milliardaire xénophobe largement distancé par une Hillary Clinton pourtant largement impopulaire.

C’est dans ce contexte défavorable que Trump a d’abord joué la carte ... diffamatoire et sexiste. Reprenant les thèses de Paul Joseph Watson, rédacteur du site complotiste InfoWars, le milliardaire et ses soutiens n’ont pas hésité à remettre en cause la santé de la candidate démocrate. « Allez sur internet, tapez ’Hillary Clinton maladie’ et regardez les vidéos. » a ainsi déclaré l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, tandis que Trump d’enfoncer le clou : «  Elle n’a pas l’endurance mentale et physique » pour s’installer dans le bureau ovale. Complotisme et sexisme - car Trump déclare implicitement qu’une femme ne peut avoir les épaules assez larges pour assurer une politique favorable au patronat états-uniens - n’ont fait qu’engendrer une nouvelle polémique.

Mais alors que le milliardaire chute dans les sondages, ce 31 août, Trump a semblé changer son fusil d’épaule et a surpris son monde en annonçant une visite officielle au Mexique afin de rencontrer le président Enrique Pena Nieto. Après avoir littéralement insulté la communauté mexicaine durant plus d’un an, Trump ne peut plus compter seulement sur une base fanatisée à grands coups de discours ouvertement xénophobe. L’heure semble se prêter à partir à la conquête d’un électorat un peu plus modéré, tout en maintenant ses positions phares en matière d’immigration, afin de convaincre l’électorat républicain réticent face à ses frasques, mais aussi capitaliser l’impopularité de Clinton.

Dans un contexte politique instable, la candidate démocrate en route pour la Maison Blanche

Toutefois, Clinton semble aujourd’hui promise au bureau ovale. Si un retournement de situation reste possible au vue de la côte de popularité de la candidate démocrate, la déliquescence du parti républicain et le soutien affiché de la bourgeoisie etats-unienne en faveur d’Hillary Clinton donne à cette dernière une longueur d’avance qui semble insurmontable pour Trump. De plus, la candidate peut compter sur l’appui de son principal rival Bernie Sanders, ce dernier ayant rangé au placard son discours radical pour soutenir Clinton dans la course à la Maison Blanche.

Mais cet appui de la bourgeoisie et de Sanders ne peut s’expliquer que par la forte instabilité politique qui règne sur le pays. En effet, Clinton apparaît comme un gage de stabilité pour le patronat, à même de surmonter de potentielles explosions sociales. Le mouvement Black Lives Matters bien sûr, qui a ressurgi lors de la fusillade de Dallas et qui s’est même invité jusque dans les sphères du football américain. De plus, le mouvement des 40 000 travailleurs de Verizon, qui ont fait reculer le plus grand groupe de télécommunications aux États-Unis en 6 semaines de grève, témoigne d’une brèche ouverte, d’un renouveau de la lutte des classes aux USA. Il s’agit là de véritables éclaircies dans le ciel des travailleurs, alors que la passe d’arme Clinton/Trump ne promet, in fine, que de nouvelles attaques violentes à leur endroit.