^

Monde

Déclaration sur les élections

Présidentielles au Brésil. L’organisation révolutionnaire MRT appelle au vote critique pour le PSOL

Nous publions ci-dessous la déclaration sur les élections présidentielles du Mouvement Révolutionnaire des Travailleurs du Brésil, organisation membre de la Fraction Trotskyste - Quatrième Internationale, dont les militants animent le quotidien en ligne Esquerda Diario du réseau international Izquierda Diario dont Révolution Permanente est membre.

Dans ces élections marquées par l’autoritarisme du pouvoir judiciaire soutenu par les militaires, dès le début nous avons mis notre militantisme - sur les lieux de travail et d’études, via nos candidatures et notre quotidien en ligne Esquerda Diario - au service de la dénonciation des manœuvres antidémocratiques de cette caste de juges millionnaires élus par personne, qui ont empêché des dizaines de millions de personnes de voter pour qui ils voulaient.

Nous défendons de façon intransigeante le droit du peuple à décider pour qui voter, même si nous n’avons jamais soutenu et n’apporterons jamais notre soutien politique à Lula et au PT. Il s’agit d’élections qui entérinent la continuité du coup d’Etat institutionnel initié avec l’impeachment contre Dilma Rousseff et renforcé avec l’emprisonnement arbitraire et la proscription antidémocratique de la candidature de Lula. Celui-ci a même été interdit de donner des interviews, un droit qui a pourtant été octroyé à des condamnés pour crimes contre l’humanité, ou à des trafiquants de renom international comme Fernandinho Beira Mar.

Les manœuvres du pouvoir judiciaire, en coopération avec l’influente chaîne télévisée O Globo, poursuivent leur cours. Le dernier exemple en date a été la fuite de la déclaration de l’ancien ministre Palocci, mettant en cause Lula, à quelques jours des élections, malgré le fait que ces déclarations aient été rejetées par le Ministère Public Fédéral par manque de preuves. En même temps, les dénonciations contre les principaux dirigeants du PSDB [centre-droite] et la mafia qui a soutenu le gouvernement de Michel Temer sont classées sans suites ou examinées à pas de tortue.

Un pouvoir judiciaire qui jette à la poubelle les droits élémentaires de défense au bénéfice du capital impérialiste (qui est en dispute avec les entreprises nationales soutenues par la Banque Nationale de Développement) et fait pression pour l’application de mesures d’austérité et la fin de droits des travailleurs.

Nous pouvons et devons nous préparer pour lutter contre tout type de manœuvres jusqu’à la fin des élections, y compris d’éventuelles fraudes, car il est évident que les juges et les militaires se croient au-dessus du suffrage universel.

Le putschisme ouvre la voie à l’extrême-droite

Malgré le fait que pendant les gouvernements du PT, comme Lula lui-même est fier de le rappeler, les patrons et les banquiers se sont enrichis comme jamais, la haine contre le PT étalée par l’opération « Lava Jato » et les grands médias a eu comme objectif d’éliminer jusqu’au bout même les petites concessions précaires faites durant le dernier cycle de croissance économique. Ils considèrent que le PT n’est pas capable d’attaquer les conditions de vie et les droits des travailleurs à la hauteur de ce que les patrons ont réellement besoin pour préserver et recomposer leurs profits au milieu de la crise internationale. Et cela malgré les efforts de Dilma pour appliquer les mesures d’austérité lors de son deuxième mandat.

Cette haine disséminée par les putschistes est responsable du renforcement de l’extrême-droite de Bolsonaro.

Dès le début, le MRT a non seulement dénoncé le caractère néfaste de cette extrême-droite qui devient de plus en plus forte, mais nous avons notamment alerté qu’il n’est pas possible de lui faire face et la vaincre en canalisant toutes les forces de la classe ouvrière, de la jeunesse et des mouvements sociaux vers une stratégie purement électorale et au service d’un programme de conciliation avec les capitalistes et les « putschistes repentis ». L’extrême-droite et les putschistes sont en train de démontrer clairement qu’ils ne respectent même pas les règles de cette démocratie bourgeoise dégradée et sont prêts à s’asseoir dessus pour atteindre leurs intérêts.

Nos candidatures [de députés fédéraux et étatiques] et Esquerda Diario ont été et sont au service de la défense de la seule voie possible pour affronter sérieusement l’extrême-droite : la mobilisation indépendante, en exigeant qu’elle soit organisée dans les syndicats et les mouvements sociaux, en défendant un programme pour que la crise soit payée par les capitalistes.

Nous proposons, contre la progression des mesures autoritaires et réactionnaires, de lutter pour une Assemblée Constituante Libre et Souveraine pour que la volonté de la majorité exploitée et opprimée s’impose sur les manœuvres, accords et attaques des putschistes.

Pourquoi nous ne soutenons pas le vote pour le « moindre mal », pour le PT ?

Nous avons toujours dénoncé que le coup d’Etat institutionnel s’était produit pour faire passer des attaques plus dures et plus rapides que celles que le PT était en train de mener. Nous avons aussi débattu contre la stratégie du PT qui a démontré qu’il ne misait aucunement sur la mobilisation indépendante des travailleurs et de la jeunesse. Nous avons affirmé également que la politique du PT, de gouverner en alliance avec la droite et en faisant que les patrons et les banquiers obtiennent des profits comme jamais dans l’histoire, pendant les années de croissance économique a pu coexister avec quelques concessions précaires. Cependant, quand la crise économique est arrivée, le PT a imposé des attaques et est responsable de la démoralisation de ses propres bases. Celles-ci ont vu leurs directions historiques appliquant elles-mêmes le programme de coupes budgétaires de la droite néolibérale, en même temps que les directions syndicales liées au PT empêchaient toute lutte sérieuse contre les attaques de « leur gouvernement ».

Le PT, cohérent avec cette politique, à l’inverse de mettre son poids syndical au service de l’organisation d’un processus de résistance sérieux face au coup d’Etat institutionnel, à l’emprisonnement de Lula et à la proscription arbitraire de sa candidature, a misé tous ses jetons sur une stratégie électorale de retour au pouvoir, comme si avec des votes on pouvait « combattre » une offensive putschiste.

Face au coup d’Etat institutionnel, nous exigions que la CUT [Centrale Unique des Travailleurs], dirigée par le PT, et les autres centrales, défendent un vrai plan de lutte contre les putschistes et leurs attaques ; en mobilisant encore plus fortement les forces que la classe ouvrière avait montré lors de la grève contre les réformes de Temer le 28 avril 2017.

Dans cette période électorale, nous avons lutté également pour le droit du peuple à décider pour qui voter et contre la proscription électorale de la candidature de Lula, en envoyant même une lettre au PSOL pour qu’il défende cette position sur les plateaux télé et devant la justice.

La voie empruntée par Dilma, consistant en des attaques en période de crise, est la conséquence inévitable de la défense de la part du PT du paiement de la « sacro-sainte » dette publique qui draine chaque année l’équivalent de près de la moitié du budget fédéral.

Aujourd’hui, cette politique historique du PT se poursuit, avec les alliances que le PT a déjà conclues avec des putschistes de tout type pour affaiblir des adversaires et gagner des soutiens dans les Etats et régions. Cela s’exprime aussi par les clins d’œil de la candidature d’Haddad pour conclure un pacte avec des secteurs putschistes et de patrons pour gagner contre Bolsonaro au second tour et trouver une certaine « gouvernabilité » après une éventuelle victoire.

Une politique qui, si elle est appliquée, conduira à un nouveau gouvernement qui procédera à des attaques encore plus fortes que celles de Dilma lors de son deuxième mandat. Car Haddad, en plus de s’être engagé à mener des coupes budgétaires pour former un gouvernement de coalition, sera en permanence sous la pression du putschisme du pouvoir judiciaire, des militaires et d’une extrême-droite renforcée avec un pouvoir militant dans les rues de plus en plus fort.

De son côté, Ciro Gomes, malgré sa démagogie « nationale-développementiste », a montré son vrai visage quand il a cherché à former une coalition électorale avec des partis du « grand centre » et a choisi comme candidate à la vice-présidence la leader des grands propriétaires terriens Kátia Abreu, en plus du fait que comme le PT il défend le paiement de la dette publique.

Nos candidatures et notre site Esquerda Diario, qui a atteint plus de 2 millions de visites au mois de septembre, ont été et sont au service de l’appel suivant : renforcer une extrême-gauche qui se prépare sérieusement pour ce qui arrive.

Si Bolsonaro gagne, ce sera un saut qualitatif du putschisme contre les travailleurs et les classes populaires. Si Haddad gagne, son gouvernement, au contraire de tenir les promesses démagogiques qu’il est en train de faire, va s’allier à des putschistes pour mener des coupes budgétaires et sera fortement conditionné par le pouvoir judiciaire, les militaires et l’extrême-droite dans les rues.

C’est pour cela que nous devons nous préparer pour la lutte de classes, pour construire des courants de combat dans le mouvement ouvrier et étudiant qui soient une alternative face à l’impuissance de la bureaucratie syndicale et qui organisent une résistance sérieuse contre les attaques qui viendront.

Appel au vote critique pour le PSOL

Le MRT défend le vote critique pour le PSOL et son candidat Guilherme Boulos car il s’agit d’un parti qui s’est officiellement opposé au coup d’Etat institutionnel, à l’emprisonnement arbitraire de Lula et à la proscription de la candidature de celui-ci et en même temps, d’un point de vue électoral, s’est maintenu indépendant du PT.

Nous accompagnons l’expérience des travailleurs et des jeunes qui pour cette raison voient le PSOL comme la seule alternative politique à la gauche du PT, le parti qui est la grande référence de masses de la classe ouvrière jusqu’à aujourd’hui. Nous considérons également important que le PSOL ait accordé, de façon démocratique, sa légalité politique pour qu’une organisation révolutionnaire comme le MRT puisse avoir des candidats avec une totale liberté de critique.

Cependant, nous déclarons clairement que si le PSOL maintient la position exprimée en signant des déclarations et manifestes politiques avec le PT, le PCdoB, le PDT et le PSB, il peut finir par devenir la base parlementaire d’un gouvernement PT qui, comme nous le disons plus haut, mènerait de attaques plus dures que ceux de Dilma. En effet, ces manifestes signés par le PSOL soutiennent un programme de réformes capitalistes dont ladite « responsabilité fiscale » (autrement dit, la restriction de dépenses dans les services publics et le paiement de l’illégale et frauduleuse dette publique) et s’engagent à former un front parlementaire de conciliation avec des partis bourgeois.

Nous avons également présenté, au cours du processus électoral, des critiques envers le PSOL sur le fait de ne pas défendre le non paiement de la dette publique, sur la lutte contre la proscription de la candidature de Lula et sur son programme sur la soi-disant « sécurité publique ».

Nous comprenons que certains secteurs de travailleurs et de la jeunesse veuillent voter nul ou blanc pour exprimer leur rejet à cette élection manipulée par le pouvoir judiciaire putschiste, mais nous ne partageons pas le point de vue de ceux qui adoptent cette position comme une négation de la politique ou en mettant sur un pied d’égalité toutes les candidatures.

Nous ne considérons pas la possibilité d’appeler à voter pour la candidature du PSTU, d’origine trotskyste, même de façon critique, car il s’agit d’un parti qui a soutenu le coup d’Etat institutionnel et la prison arbitraire de Lula.

Pour une extrême-gauche qui mise sur la mobilisation des travailleurs, des femmes, des Noirs et de la jeunesse contre le putschisme et l’extrême-droite, pour que les capitalistes payent la crise

C’est seulement avec un programme anticapitaliste et anti-impérialiste, misant sur la mobilisation indépendante de la classe ouvrière, des femmes, des Noirs et de la jeunesse, qu’il est possible de faire payer la crise aux capitalistes. Mais cela ne pourra se faire que de façon complètement indépendante du PT et de la bureaucratie « petista » au sein du mouvement syndical, étudiant et des mouvements sociaux ; en construisant des courants qui présentent une alternative de direction, combative et de classe, pour les secteurs qui veulent se battre de façon conséquente contre le coup d’Etat institutionnel et l’extrême-droite.

Nous défendons la perspective d’un gouvernement de travailleurs de rupture avec le capitalisme, mais comme beaucoup de travailleurs ont encore des illusions avec la démocratie bourgeoise, nous faisons une proposition d’urgence pour le mouvement ouvrier, étudiant, des femmes, les syndicats et les organisations du mouvement de masses : lutter pour imposer l’institution la plus démocratique au sein de la démocratie représentative, une Assemblée Constituante Libre et Souveraine, qui débatte l’ensemble des problèmes structurels du pays et avance sur des mesures comme le non paiement de la dette publique, la ré-étatisation, sous gestion des travailleurs et sous contrôle populaire, des services publics de l’eau et des transports, la révocation de toutes les attaques des gouvernements antérieurs, l’abolition des privilèges des politiciens et des juges, etc.

C’est cette politique que nous avons défendu via les candidatures du MRT aux législatives, avec Diana Assunção, Maíra Machado et Marcelo Pablito à São Paulo, Flávia Valle à Minas Gerais et Val Muller à Rio Grande do Sul ; mais aussi sur notre site Esquerda Diario pour diffuser nos idées largement, en contribuant à la construction d’une alternative qui dépasse le PT par la gauche, contre le putschisme et l’extrême-droite.




Mots-clés

Présidentielle 2018 au Brésil   /    Crise au Brésil   /    Brésil   /    Monde