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Présidentielles au Brésil. La polarisation se confirme à quelques semaines du scrutin

Alors que le scrutin approche à grand pas, un sondage Ibope confirme la polarisation entre le candidat d’extrême droite, Jair Bolsonaro, et le candidat du Parti des Travailleurs Fernando Haddad.

Crédit photo : Montagem/RedeTV/Facebook

A quelques semaines du vote, un scénario particulièrement tendu

Un récent sondage Ibope, publié mardi, vient de confirmer les tendances à la polarisation politique à quelques semaines du scrutin présidentiel brésilien. Le candidat d’extrême droite Bolsonaro qui se fait remarquer par ses déclarations et son programme particulièrement réactionnaires et rétrogrades, allant jusqu’à revendiquer un retour de la dictature, et qui a été victime d’une attaque à l’arme blanche il y a quelques jours, est crédité de 28% des voix au premier tour du scrutin, soit une progression de 2% par rapport au dernier sondage.

De son côté, le candidat du Parti des Travailleurs Haddad est lui crédité de 19%, en nette progression par rapport à la dernière enquête puisqu’il grimpe de 11 points dans les intentions de vote, et qu’il arrive désormais clairement en seconde place. Enfin, l’effacement du centre est confirmé par la chute du candidat du PSDB, parti traditionnel de la bourgeoisie brésilienne et de son candidat Geraldo Alckmin qui perd encore du terrain pour arriver à 7% d’intentions de vote.

Les simulations de votes au second tour réalisées par la chaîne de télévision TV Globo viennent approfondir cette situation de polarisation, en venant créditer les deux candidats favoris de 40% chacun ! C’est la première enquête qui ne donne pas Haddad perdant au second tour face à Bolsonaro, et ce dernier pourrait se voir doubler par le candidat du PT qui bénéficie avec du retard du report des voix de Lula. Dans tous les cas, le résultat final du scrutin présidentiel ne viendra que renforcer la crise dans laquelle se trouve le Brésil, faisant craindre jusqu’à la possibilité d’une intervention de l’armée et des militaires qui se sont prononcés contre la victoire du candidat du PT, dans un pays qui a déjà connu des coups d’Etat et des dictatures militaires dans le passé.

Un processus de crise de gouvernabilité plus profond

Ce scénario particulièrement polarisé vient révéler un processus plus profond de crise de gouvernabilité dans lequel se trouve le Brésil depuis plusieurs années, et qui se retrouve aujourd’hui d’autant plus pressurisé à mesure que la politique de Trump se fait plus agressive envers les pays latino-américains. De ce point de vue, le coup d’Etat institutionnel contre la présidente issue du PT Dilma Rousseff en 2016 était un premier avant-goût de la situation actuelle dans laquelle se déroule ce scrutin présidentiel. En soutenant le putschiste Temer et sa politique ultra libérale, le candidat du centre, Alckmin, s’est mis à dos une partie importante de sa base traditionnelle que constituent les classes moyennes, qui se tournent aujourd’hui vers le candidat d’extrême droite Bolsonaro.

De l’autre côté, le PT bénéficie d’un renouveau politique après la vague de mobilisations et de contestation sur sa gauche qui a eu lieu à partir de 2013. Ce regain de popularité du PT est notamment dû à la figure de Lula, dirigeant ouvrier historique au Brésil et qui incarne les grandes mobilisations ouvrières de la fin des années 1970 et du début des années 1980.

A l’époque, le Parti des Travailleurs avait surgi du processus de radicalisation ouvrière comme un point de ralliement pour des centaines de milliers de travailleurs, malgré le programme réformiste et collaborationniste de sa direction, et notamment de Lula, qui a été élu à plusieurs reprises au pouvoir sans qu’il ne rompe jamais avec la politique néolibérale dictée par le FMI et la bourgeoisie brésilienne.

A mesure que la situation économique internationale se retourne sous les coups d’une politique étasunienne de plus en plus agressive, le PT devient de moins en moins fonctionnel pour la bourgeoisie brésilienne, et c’est ce qui explique la campagne féroce menée depuis 2016 et qui a conduit à l’emprisonnement de Lula qui risque jusqu’à 12 ans de prison. La popularité de Lula se confirme à travers ces élections, notamment au sein des secteurs populaires qui représente la principale base sociale du lulisme et qui est sensiblement différente de la base sociale traditionnelle du PT qui repose davantage sur la classe ouvrière industrielle.

Dans ce contexte, le scrutin qui aura lieu le 6 et le 7 octobre prend une importance particulière et aura des conséquences pour la suite de la situation politique brésilienne, mais aussi latino-américaine. C’est pourquoi Révolution Permanente, en tant que partie prenante du réseau de quotidien Izquierda Diario, fait du suivi de la situation au Brésil une priorité, en défendant le droit de la population de décider pour qui voter et le respect de la souveraineté populaire, tout en n’apportant aucun soutien politique et en n’appelant pas à voter pour le candidat du PT. Nous pensons que seule la lutte quotidienne pour la construction d’une alternative révolutionnaire et anticapitaliste, implanté dans les lieux de travail et d’étude, et capable de surpasser le PT sur sa gauche pourra permettre de vaincre l’extrême droite de Bolsonaro, l’appareil judiciaire, mais aussi le capitalisme, et proposer une sortie de crise progressiste pour l’ensemble de la population.




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