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Présidentielles en Equateur : Le candidat du gouvernement mis en ballottage

Le deuxième tour des élections présidentielles en Equateur voit s'affronter Lenin Morano, soutien du gouvernement actuel de Correa et populiste de gauche et Guillaume Lasso, banquier néolibéral. Chacun cherche à canaliser la colère qui existe dans les rues équatoriennes.

Une légère différence a empêché le candidat officiel, Lenin Moreno, de gagner les élections au premier tour avec 40% des voix. Les 10% de différence avec le deuxième candidat, l’opposant de droite Guillermo Lasso, n’ont pas été suffisants pour éviter un second tour qui aura lieu dimanche 2 avril et ce, même si le président de l’Equateur, Rafael Correa, s’est mis en avant pour défendre Lenin Moreno.

Ainsi, malgré le fait que les sondages donnent Lenin Moreno vainqueur, cette situation exprime une polarisation sociale grandissante, et une instabilité qui a pesé tout au long de la campagne électorale. Pour les secteurs liés au gouvernement et pour les « gouvernements de gauche » de la région, ces élections sont vues comme une « bataille » qui servira à déterminer si la progression de la droite dans la région continue ou si, au contraire, ce sera le retour de courants « populistes de gauche ». Mais, qu’est-ce qui se joue réellement dans les élections équatoriennes ?

La majorité de l’opposition soutient le banquier Guillermo Lasso

Sur la base d’une campagne mensongère sur la création d’« un million d’emplois », Guillermo Lasso s’est érigé en principal candidat opposant lors de l’élection. Représentant des intérêts des secteurs les plus concentrés du capital financier équatorien, Lasso a reçu le soutien de la plupart des forces d’opposition et même de certains secteurs de la gauche. Pourtant, Lasso est un des principaux banquiers du pays et ancien ministre du gouvernement néolibéral de Jamil Mahuad (1998-2000, qui n’a pas pu finir son mandat en raison d’un soulèvement populaire).

Malgré les tentatives de Lasso d’apparaitre comme un « changement » face à la continuité du régime, les mesures d’austérité des gouvernements néolibéraux de Macri en Argentine ou de Temer au Brésil, ont été la meilleure campagne contre le candidat de l’opposition.

Lenin Moreno et la continuité dans le changement

Pour le parti de Correa et Moreno, Alienza PAIS, le pari de mettre en avant un profil différent à celui de Correa était un moyen de montrer la volonté d’un changement dans la « manière de diriger », caractérisée les années précédentes par une forte personnalisation de la politique autour du président. Lenin Moreno a donc été choisi pour incarner le profil d’un candidat ouvert au « dialogue », y compris avec les secteurs les plus critiques des mesures autoritaires du président Correa.

Mais ce profil ne peut cacher la réalité de la situation en Equateur, qui est marquée par la fin de la période de prospérité rendue possible par des meilleurs prix à l’exportation du pétrole. Face à celle-ci, la « Révolution citoyenne » prônée par Correa a suivi alors le même chemin que les autres gouvernements de gauche dans la région. Cela rappelle en effet ce qui s’est passé au Brésil, avec les mesures d’austérité instaurées sous le gouvernement de Dilma Rousseff avant le coup d’Etat, qui annonçait un changement de politique dans les gouvernements « de gauche » dans la région, à mesure que les prix des matières premières baissaient.

Dans le cas de l’Equateur, ce tournant s’est manifesté dans l’abandon des promesses électorales dans les premières années du régime de Correa. C’est ainsi que ses critiques envers l’exploitation minière se sont « magiquement » transformées en un soutien à celle-ci, accompagnée par la répression et la criminalisation des mouvements sociaux. C’est ce tournant à droite qui permet d’expliquer la perte de soutien de Alianza PAIS et de son candidat lors de ces élections.

Une grande bataille contre la droite néolibérale ?

Si une victoire de la droite signifie des attaques futures contre les travailleurs, il est faux de penser que la victoire du candidat du gouvernement provoquera le retour à la période faste des premières années de Correa. Au contraire, ce sera l’approfondissement des dernières mesures d’austérité du gouvernement.

Le triomphe de la droite aux élections en Equateur signifierait un changement important dans la région. Cet éventuel renforcement du projet néolibéral ferait face néanmoins à des difficultés pour appliquer jusqu’au bout ses mesures d’ajustement, afin de faire sortir la région de la crise économique. Il devrait aussi faire face à une résistance importante de secteurs de travailleurs, comme cela a été le cas en Argentine ou Brésil.

Mais la victoire de Lenin Moreno ne serait pas non plus une issue favorable pour les travailleurs équatoriens, puisque c’est le gouvernement actuel qui a inauguré les mesures d’austérité. La continuité avec Lenin Moreno sera alors l’approfondissement du tournant à droite des gouvernements « de gauche » dans la région.

Sous Correa, l’Etat a vendu les principaux ports aux capitaux étrangers, de même que le pétrole et les mines. Il a également réprimé les peuples indigènes et le mouvement écologiste. Il a flexibilisé le travail et renforcé « l’agrobusiness ». Une de ses dernières mesures a été la signature du Traité de Libre Commerce avec l’Union Européenne, qui renforce la dépendance économique du pays.

Sans aucun doute, les mesures de la droite déclencheront des grandes batailles et affrontements de classe, comme on peut le voir dans divers pays de la région. Mais les courants « progressistes » ont soit préparé le terrain pour un retour de la droite, soit réussi à canaliser le mécontentement social. lorsque celui-ci a commencé à s’organiser.




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