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Politique

FO « prêt à laisser une chance »

« Prêt à discuter » la loi Travail 2 : Jean-Claude Mailly sur les traces de Laurent Berger ?

À la veille d’une rencontre ce matin à 11h avec Macron, le secrétaire général de Force Ouvrière, Jean-Claude Mailly, s’est dit « prêt à laisser une chance » au nouvel exécutif. C’est dans une interview aux Echos que le numéro un de FO se livre à des déclarations pour le moins détonantes.

Photo : Patrick Nussbaum

Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, le changement de ton de Jean-Claude Mailly ne s’est pas fait attendre. D’abord une invitation acceptée au pot de départ de Myriam El Khomri, puis des déclarations plutôt de bonne aloi envers Edouard Philippe suite à un premier coup de fil. C’est même à une surenchère que Jean-Claude Mailly s’adonne : il s’est réjoui de la nomination rue de Grenelle de Muriel Pénicaud, ancienne DRH de Danone, chantre du lean management. Par la suite, samedi, il a jugé « pas mal » la nomination d’Antoine Foucher, un ancien négociateur du MEDEF, affirmant que le nouveau directeur de cabinet de la ministre du Travail, appréciait « la négociation collective ».

Des déclarations, plus dythirambiques les unes que les autres, qui ne peuvent qu’interroger. Cela d’autant plus que, 4 mois durant, le secrétaire général de Force Ouvrière était de ceux qui, avec Philippe Martinez, secrétaire confédéral de la CGT, avaient appelé à manifester et battu le pavé pour exiger le retrait de la loi Travail. Dans une interview aux Echos, Jean-Claude Mailly se disait « prêt à discuter » si des « marges de manœuvres » existent. Le scénario rappelle notamment la façon dont le gouvernement avait réussi à briser l’intersyndicale mobilisée contre la loi Travail, notamment le 9 mars. Ainsi, fin février, Matignon déclarait désormais être prêt à « discuter des curseurs ».

Dans la suite de l’interview aux Echos, Jean-Claude Mailly joue finalement carte sur table avant le rendez-vous :

« En tout cas, le conseil que je donne au gouvernement, c’est : ayez des relations équilibrées avec les principales organisations syndicales, n’ayez pas d’interlocuteur privilégié, ça finit toujours mal »

Une référence à peine voilée au processus de « négociation » incluant la seule CFDT entamé par le gouvernement Valls pour imposer sa loi Travail. Ce que Jean-Claude Mailly pointe, c’est la nécessité pour le gouvernement Philippe d’inclure Force Ouvrière dans le processus de négociation de la loi Travail 2, à un poids équivalent à celui de la CFDT de Laurent Berger.

Un revirement à 180 degré pour le leader de Force Ouvrière. Deux semaines auparavant, celui-ci affirmait sur France Info le 8 mai que si Macron « persiste dans l’idée de faire des ordonnances au mois de juillet, ça veut dire qu’il va balayer le dialogue social et la concertation : il y aura problème d’une manière ou d’une autre ». Désormais, la méthode des plus anti-démocratiques du régime de la cinquième République ne semble plus lui poser problème. À la question de savoir s’il est choqué par la pratique des ordonnances, Jean-Claude Mailly répond simplement : « De bonnes choses ont été faites par ordonnance. Le tout est de savoir si le gouvernement va faire une vraie concertation » a-t-il déclaré.

Estimant qu’il est possible de « trouver une solution », il se dit pour l’heure « ni naïf ni suspicieux ». « Si je suis d’accord avec le contenu non. La sécurité sociale a été créée par des ordonnances, tout comme la cinquième semaine », continue-t-il. Une sacrée pirouette alors même que le nouveau gouvernement Macron a joué carte sur table bien avant son élection, sur la nécessité de démembrer le code du travail, ou encore les 35h. Il semble donc que plutôt que le terrain de la rue Jean-Claude Mailly préfère le terrain de la « négociation », si le gouvernement lui en laisse le choix.

Ainsi, pour l’heure, les signaux donnés par Jean-Claude Mailly sont inquiétants. Cela est d’autant plus contradictoire, qu’à la base, les militants combatifs, qu’on a notamment pu voir en action au printemps dernier dans les raffineries, chez les routiers, lors des manifestations contre la loi Travail et son monde, ne sont surement pas prêt à ce que leur direction accompagne les contre-réformes de Macron, que le MEDEF, aux anges, pilote. Face à la propension de Jean-Claude Mailly à vouloir « négocier » le poids des chaines, dans la droite lignée de la CFDT, il s’agit d’exiger qu’il n’y ait aucune négociation de nos directions syndicales avec ceux qui n’ont qu’une hâte, mettre la dernière entaille au code du travail.




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