Politique

Libération part en campagne

Primaire à gauche. Gauche plurielle bis ou « Podemos attitude » ?

Publié le 11 janvier 2016

Ivan Matewan

Quarante intellectuels et quelques politiques ont publié le 11 janvier un appel « pour une primaire à gauche » dans Libération. Fort critiques de la politique actuellement menée par François Hollande et Manuel Valls, les signataires de cet appel espèrent lancer un grand mouvement de débat citoyen capable de mobiliser le « peuple de gauche », aujourd’hui déboussolé, derrière un « véritable candidat de gauche » et de vraiment faire barrage à la droite et au Front national en 2017. Des velléités qui risquent de faire long feu ?

Une primaire pour une nouvelle majorité sociale et parlementaire rose-rouge-verte

L’appel «  pour une grande primaire des gauches et des écologistes » publié ce matin dans Libération a été signé par une quarantaine de personnalités du monde intellectuel et politique au premier rang desquelles on retrouve l’économiste néo-keynésien Thomas Piketty, l’ancien eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit, l’ancien président de la Fédération syndicale unitaire Gérard Aschieri ou encore la députée socialiste Barbara Romagan. Les signataires dénoncent «  la passivité face à l’abstention, au vote Front national et à la droitisation de la société  » et «  la paralysie de nos institutions  » face aux grands défis économiques, sociaux, environnementaux et démocratiques. Ils affirment par ailleurs ne pas accepter que «  la menace du FN, le risque terroriste et l’état d’urgence permanent servent de prétexte pour refuser de débattre. »

Selon les auteurs de l’appel, cette primaire devrait être l’occasion d’un grand débat permettant aux citoyens de se réapproprier les grandes questions à laquelle la France se voit actuellement confrontée. Elle devrait également permettre de mobiliser au-delà des lignes partisanes. Mais, contrairement à la primaire qui a vu Hollande investi de la candidature socialiste en 2011, celle-ci devrait permettre de « former, sur la base des votes exprimés, une coalition de projet et un contrat de gouvernement. » A travers cet appel, les signataires cherchent à remobiliser la base sociale de Hollande, aujourd’hui déboussolée par la politique guerrière, liberticide et raciste menée par le gouvernement socialiste, et à constituer une majorité parlementaire rose-rouge-verte pour 2017. Un pari en partie réussi au premier abord si on en juge par les quelques 11 000 signatures que ce texte a reçues au cours de la journée.

Entre volonté et velléité, la rupture improbable avec Hollande

Cependant, les déclarations des dirigeants politiques de la gauche et de la gauche de la gauche laissent déjà entrevoir une détermination vacillante vis-à-vis d’une rupture avec Hollande et le Parti socialiste social-libéralisé.

Dans un entretien paru dans le Journal du Dimanche, Yannick Jadot, député européen écologiste et signataire de l’appel, explique par exemple que l’objectif de la primaire est avant tout de « recréer du débat.  » Interrogé sur l’éventuelle participation de Hollande à une telle primaire, l’eurodéputé affirme clairement que «  ce n’est pas un appel contre François Hollande  » qui aurait ainsi toute légitimité pour y participer. D’autant plus que l’eurodéputé ne souhaite pas voir le débat limité à la gauche de la gauche seule.

La secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts, Emmanuelle Cosse, voit, elle, « une très bonne initiative » dans l’appel pour une primaire des gauches et des écologistes. Elle a surtout souligné l’intérêt médiatique que présente le projet de primaire pour relancer le débat politique en France.

Ainsi, loin de vouloir constituer une véritable alternative en rupture avec François Hollande, les défenseurs de ce projet semblent souhaiter plutôt faire pression « à gauche » sur la future candidature du président actuel. Car s’il s’agit en apparence de mettre les social-libéraux - et Hollande en particulier - sur la touche, le projet de primaire à gauche est en réalité fonctionnel pour une unité rose-rouge-verte qui irait de Mélenchon à Macron en passant par Duflot.

Une proposition qui risque de faire long feu, cependant. Il est très peu probable que Hollande, un président en fin de mandat, accepte de figurer comme candidat aux primaires de 2017. Du moins, c’est ce que laissent présager les propos de Jean-Christophe Cambadélis. Si le Premier secrétaire du Parti socialiste affirme que «  cette primaire n’est pas impossible », elle reste à ses yeux « peu probable ». Pour lui, l’unité des gauches et des écologistes devrait surtout se faire autour du Parti socialiste au sein de sa nouvelle « alliance populaire » qui, en cherchant à s’allier avec les partis du centre, consacre son tournant à droite. L’autre hypothèse serait qu’une partie des signataires souhaitent remobiliser la gauche de la gauche pour en faire un tremplin à une candidature de Mélenchon, Duflot ou Pierre Laurent. Ou pour essayer de lancer un ballon d’essai pour proposer un Podemos à la française où Piketty jouerait le rôle d’un Pablo Iglesias. Le « frondeurs » du PS, en attendant, ne disent mot.