Politique

Primaire de la casse sociale

Primaire de la droite. Un 3e débat crucial : Fillon sera-t-il la surprise ?

Publié le 16 novembre 2016

L’incertitude règne. À moins de 4 jours du premier tour de la primaire à droite, il est bien difficile de nommer avec certitude ne serait-ce qu’un candidat qui sera présent au second tour. Pourtant, Alain Juppé menait la danse depuis de longs mois, une position de favori qui lui a fait préférer jouer la carte de la prudence. Son principal challenger, Sarkozy, a tenté de durcir le combat en vilipendant la droite molle. Face à Juppé qui construit une candidature centre-droite, plus large, bâtie essentiellement en opposition à Sarkozy, ce dernier polarise à droite. Pourtant ni l’un ni l’autre n’ont pu s’échapper. Dans une période incertaine, Fillon rassure les sympathisants de droite. À la fois quant à une rupture bien à droite et face au côté sanguin et usé de Sarkozy. Les deux premiers débats lui ont d’ailleurs profité, notamment en grignotant sur Juppé dont l’électorat est plus volatile. Sérieux, conservateur au niveau sociale, un programme des plus thatchérien, Fillon sera-t-il le candidat de la synthèse à droite ?

Damien Bernard

Déjà une première pour la droite sous la Ve République, cette primaire, dont le scénario semblait écrit depuis dix-huit mois, est aujourd’hui incertaine dans son dénouement. Coup sur coup, l’élection de Trump outre-Atlantique, candidat « anti-système » d’extrême droite, venait faire voler en éclats les certitudes. Les deux principaux prétendants, Juppé et Sarkozy, ont choisi leur camp, le premier jouant le front contre l’extrême droite, le second y voyant un signe contre la « pensée unique » et contre la dictature des sondages. Là encore, Fillon a préféré la sobriété appelant tout le monde à reprendre son calme, tout en y voyant une confirmation que les sondages ne font pas tout.

La candidature Macron pourrait-elle brouiller les cartes ?

Désormais, c’est la candidature Macron qui vient, à seulement 4 jours de la primaire, semer le trouble et la panique. En effet, même si le candidat de « gauche » ne se présente pas à la primaire de droite, cette entrée en campagne pourrait bien être un sacré coup dur pour Alain Juppé. D’ailleurs, les soutiens parlementaires de M. Macron ne s’en cachent pas : «  Il y a des gens qui sont tentés d’aller voter Juppé, il faut leur offrir une alternative  ». L’ancien ministre de l’Économie vise donc l’électorat centriste, ou encore les déçus de Hollande, captés aujourd’hui par Alain Juppé. C’est cet électorat plus volatile du favori de la primaire, qui pourrait bien ne pas se déplacer pour voter dimanche 20 novembre.

Juppé, à force de mettre la balle au centre, finira-t-il par se brûler les ailes ?

Plus que jamais les dés ne sont pas joués. Depuis le début de sa campagne, Alain Juppé s’efforce de mobiliser un électorat le plus large possible, allant au-delà des sympathisants des Républicains, l’objectif étant de convaincre les centristes et même les déçus du hollandisme de se déplacer, pour un vote notamment contre Sarkozy. «  Plus il y aura de votants et plus j’ai de chances de gagner. Alors, allez voter ! », avait résumé Juppé. À l’inverse, Nicolas Sarkozy dispose d’un socle d’électeurs plus solide parmi les sympathisants de droite. Un vote d’adhésion a priori plus mobilisateur le jour du scrutin, que même les affaires et les nombreuses casseroles n’effraient point.

Fillon va-t-il rafler la mise ?

Il y a moins d’un mois, Fillon était, loin derrière, relégué à la troisième voire quatrième place au coude-à-coude avec Bruno Le Maire. Avec une campagne de terrain, débutée très tôt, le plus libéral de tous les candidats fait une percée remarquée dans la dernière ligne droite. Fort de sa dynamique, il rattrape désormais le duo Juppé/Sarkozy, au point que certains analystes l’imaginent au point même d’éliminer Sarkozy. Dans une période plutôt trouble, les électeurs de droite en recherche d’un programme en rupture claire avec Hollande, tout en cherchant une certaine stabilité que Sarkozy n’incarne pas, c’est le sérieux qui est recherché. Le jeu des primaires pourrait bien faire émerger la synthèse Fillon.

La participation, une clef du scrutin

Pour cette primaire, une première pour la droite sous la Ve République, la participation sera l’une des clefs du résultat du premier tour de la primaire. Les chiffres de la participation oscillent entre 2 ou 3,5 millions de votants. Pour l’instant, c’est l’inconnue majeure du scrutin. Cependant, à en croire le suivi de l’indice de participation, la tendance semble plutôt à un rétrécissement de la base électorale potentielle. La participation de Macron ne fera qu’amplifier cette tendance, au détriment de Juppé. Plus Fillon et Sarkozy creuseront l’écart dans ce noyau dur, plus leur poids électoral sera fort. Pourtant, rien n’est joué, le troisième débat qui aura lieu ce soir pourra être crucial pour départager les 3 candidats.