Politique

Mais où s’arrêteront-ils ?

Primaires à droite. Surenchère de démagogie

Publié le 14 septembre 2016

La rentrée politique de la droite a battu son plein depuis le début du mois de septembre. Entre déclarations chocs et programmes toujours plus droitiers et réactionnaires, la logique des tacles politiques a fonctionné sans discontinuer. Si le trio de tête qui regroupe Sarkozy, Juppé et Fillon donne l’illusion de la diversité entre l’identité heureuse du candidat bordelais et l’abrogation des 35h voulue par Fillon, les candidats secondaires comme Copé, Le Maire, Mariton, Poisson ou NKM, déploient tous une hargne viscérale pour être le plus extrême de la primaire. Entre sécurité, emploi, éducation et identité nationale, la droite montre l’étendue de sa palette conservatrice et son imagination débordante pour nous préparer un quinquennat abject.

Boris Lefebvre

Pour briller dans une primaire, il faut se démarquer. Chacun a donc endossé son rôle ces dernières semaines et fonde sa campagne des primaires des Républicains sur une ligne politique précise. Fillon se présente comme l’économiste qui traitera en profondeur les problèmes du pays, par-delà les questions sécuritaires, très souvent mises en avant par ses concurrents. Habile manœuvre pour l’ex-Premier ministre dont le bilan à la tête du gouvernement en matière d’emploi aurait du lui interdire de dispenser le moindre conseil sur ce sujet. Au programme, Fillon entend mener une attaque frontale et de taille envers tous les secteurs dont les finances pèsent pour l’État : suppression des 35h pour les fonctionnaires et retour aux 39h hebdomadaires, extension de l’âge de la retraite à 65 ans, réduction des budgets de la santé et des allocations chômage. Sarkozy quant à lui, attaqué sur sa droite, n’a pas hésité à proposer de faciliter les licenciement économiques et de rétablir les heures supplémentaires défiscalisées. Qu’importe le candidat, le monde du travail doit payer la crise !

Entre Sarkozy et Juppé, la querelle est à celui qui parviendra à faire triompher sa vision de l’identité nationale. Chacun d’eux bataille ferme pour imposer soit « l’identité heureuse », soit la France réaliste sur ses problèmes d’« intégrations ». En bref, « saint » Juppé se place en prophète de bonheur contre les oiseaux de mauvais augure. Mais, en réalité, la conception de l’identité nationale du maire de Bordeaux n’a rien à envier à celle de l’ex-Président de la République. Selon lui, les racines de la France « sont à l’évidence grecques, latines et judéo-chrétiennes » et l’Islam est une fois de plus présenté comme l’étranger qui nous menace. C’est donc sans étonnement qu’on peut appréhender la politique migratoire du candidat le plus en vue des Républicains : maîtrise accrue des migrants et révision du regroupement familial. S’il va moins loin dans la répression que Sarkozy, Juppé n’en reste pas moins tributaire d’une politique insufflée par la droite depuis déjà longtemps. Sarkozy fait donc dans la surenchère quand il affirme vouloir suspendre le regroupement familial alors que Mariton va jusqu’à revendiquer de fonder l’identité sur le droit du sang. On comprend alors pourquoi ce dernier n’est pas défavorable à l’idée de poser un bracelet électronique sur chaque migrant...

L’« insécurité culturelle », à laquelle fait face l’identité de la France, ouvre donc tout naturellement la voie à un arsenal de mesures sécuritaires ; un sentiment d’« insécurité » que le spectre des attentats, doublé de celui de la prolongation de l’état d’urgence, fait peser depuis déjà presque un an sur la population. À ce propos, Sarkozy se veut en pointe dans la répression : les jeunes sans emploi et sans formation, victimes du chômage structurel, soupçonnés donc de pouvoir se radicaliser, devront effectuer un service militaire. Quand un endoctrinement se substitue à un autre endoctrinement... Mais sur le marché des bonnes idées qui s’attaquent aux symptômes de l’insécurité mais pas à ses causes, Fillon propose d’armer les policiers municipaux, dans la droite lignée de Robert Ménard, maire rassemblement bleu marine de Béziers. Une fois de plus Mariton se signale par son fanatisme : il propose un serment d’allégeance aux armes de la France pour ceux qui atteignent 18 ans. « Citoyenneté » rimera désormais avec « soumission à l’armée ».

Mais la lutte contre l’insécurité passe également par de la prévention et notamment par l’éducation. Sur ce chapitre, les candidats de la primaire à droite brillent soit par leur absence totale de perspective soit par leur volonté de libéraliser à marche forcée une école déjà sévèrement ébranlée dans ces fondements avec la réforme du collège. Ainsi, Fillon veut inclure dans le salaire des enseignants une rémunération au mérite alors que Coppé veut renforcer le pouvoir des chefs d’établissement. NKM opte, quant à elle pour une université élitiste dont les frais d’inscription seraient fixés par les facs elles-mêmes.

Dernier candidat à la primaire, peu connu du grand public, Jean-Frédéric Poisson symbolise à lui seul la radicalisation que les Républicains opèrent en cette période pré-électorale. Entre service national obligatoire de 10 mois, assouplissement des charges pour les entreprises et inscription des racines chrétiennes de la France dans la constitution, la tendance au rapprochement avec les idées du FN est palpable.

Exactement comme depuis maintenant deux élections, la droite cherche à siphonner l’électorat de l’extrême-droite, quitte à faire glisser l’ensemble des débats de la primaire sur les terres traditionnellement frontistes. Mais cet électorat, massivement rallié au parti nationaliste depuis la crise financière, ne croit plus aux promesses des Républicains. C’est ce qui explique cette débauche de propositions, toutes plus rétrogrades les unes que les autres, dans un contexte où la droite se cherche encore un chef et où les prétendants sont nombreux.