Politique

Les sept pontes de la droite et du centre en direct sur TF1

Primaires de la droite. Juppé sort vainqueur du débat des larbins du patronat

Publié le 14 octobre 2016

C’était, hier soir, le premier temps fort télévisuel de la primaire de la droite. Rassemblés sur le plateau de TF1, les sept candidats se sont affrontés. Et d’après les sondages réalisés avant et après l’émission, Alain Juppé sort renforcé par cette première salve verbale.

Julian Vadis

Sur les questions économiques de la droite libérale, avantage Juppé

S’il est, selon plusieurs sondages, le grand vainqueur du premier débat des primaires de la droite et du centre (qui a rassemblé 5.6 millions de téléspectateurs), Alain Juppé a particulièrement convaincu sur les questions « économiques » (croissance, réduction des déficits, chômage), apparaissant comme le plus crédible, apparaissant comme offrant un programme économique « équilibré ». Le maire de Bordeaux, opposé à la suppression de l’ISF (impôt sur la fortune), à la baisse de l’impôt sur le revenu, ou encore à la hausse de la TVA, consolide sur ce terrain sa posture d’homme de la situation à droite. « Alain Juppé reste le favori. Ce premier débat ne change pas les grands équilibres », explique ainsi Guillaume Caline, directeur de clientèle de Kantar Public.

À sa droite, c’est la surenchère libérale qui s’exprime, tentant ainsi de se démarquer d’Alain Juppé. « Est-ce que pôle emploi ça marche ? Évidemment que non. J’en propose la privatisation. Est-ce que ces aides ont servi ? Non. Je propose de les supprimer » a ainsi asséné Bruno Le Maire. Quant à Sarkozy, il a affirmé qu’il ne « serai pas la Martine Aubry de droite. On a eu une obsédée des 35 heures, on ne va pas être les obsédés des 39 heures ». Une prise de position qui peut surprendre mais qui est très bien expliquée par Jean Frédéric Poisson, le petit poucet de la primaire, qui a vu sa côte de popularité exploser lors du débat (+29%). « Je ne sens pas une liesse collective chez les entrepreneurs à modifier la durée légale de travail maintenant ». La logique est la suivante : pour ceux qui sont à même d’accéder à l’Elysée, il s’agit sur le terrain économique d’éviter tout excès de zèle. Hantés par la mobilisation contre la loi Travail, nul doute que Sarkozy, et Juppé, changeront donc leur position le moment opportun, à l’image de Hollande et sa loi Travail, pourtant non prévu au calendrier. Par contre, pour les outsiders, c’est la surenchère, tentant ainsi de déstabiliser ou se démarquer pour obtenir un futur poste en tant que ministre.

Immigration, islam. Au royaume des propos réactionnaires, Sarkozy reste le roi


Sarkozy, Fillon, Copé, Le Maire, Poisson et Kosciusko-Morizet le savent, s’il y a bien un terrain sur lequel Alain Juppé est "rattrapable", c’est sur les questions identitaires et sécuritaires. Et les 6 candidats ne se sont pas privés pour avancer leur position réactionnaire. Ainsi, pour Copé, « il faut embaucher 50 000 policiers, gendarmes, magistrats, gardiens de prison, militaires. Il faut faire de la sécurité le préalable du redressement du pays ». En somme, maintenir et accentuer la pression de la chape de plomb sur les masses populaires les plus précarisées. Des positions stigmatisantes pour les personnes musulmanes ou assimilées comme telle, comme l’illustre les propos de François Fillon : « Il n’y a pas de problème de laïcité avec les catholiques, les juifs, les bouddhistes. Il ne faut pas taper sur la liberté religieuse pour régler un problème qui ne concerne qu’une seule communauté ».

Mais à ce petit jeu là, Nicolas Sarkozy reste le maître. L’ancien président a tapé fort d’emblée, estimant que « dans les trente années à venir, la quasi totalité de l’immigration, c’est pour nous », puis s’interrogeant : «  Est ce que la France est le seul pays à ne pas avoir le droit d’avoir des frontières ? ». Avant d’enfoncer le clou, promettant que « toute personne qui ne respecte pas la loi sur la burqa soit privée des allocations familiales ». Une surenchère islamophobe et raciste qui va de pair avec sa position scandaleuse sur la question des fiches S : « Si on arrête un fichier S qui n’a rien fait, on s’est trompé, on s’excuse. Je préfère ça aux commémorations ». Quand on sait à quel point les fiches S sont efficaces pour museler le mouvement social, à défaut d’être efficace contre le terrorisme à la sauce Daesh, cette prise de position en dit long sur les temps difficiles que promet Sarkozy aux travailleurs et personnes racisées. Une façon bien peu subtile de se poser comme un président en capacité d’endiguer des épisodes chauds de la lutte des classes aux yeux de la bourgeoisie.

Juppé file vers 2017

Dans un contexte de polarisation politique intense mettant à mal le bipartisme traditionnel français, avec notamment l’émergence du FN comme nouvelle figure ouvrant sur un tripartisme et la rupture sur la gauche du PS de larges franges populaires, Juppé apparaît de plus en plus comme le candidat adéquat pour la droite traditionnelle. Il est le candidat qui a le plus convaincu pendant le débat, avec 72%, devant Bruno Le Maire et François Fillon (52%) puis Nicolas Sarkozy (48%) et comme le meilleur candidat à la présidence de la République (41%) devant Nicolas Sarkozy (24%), Bruno Le Maire (14%) et François Fillon (9%). De surcroît, Juppé apparaît comme le candidat ayant le plus de chance de remporter l’élection de 2017 à droite (61%) loin, très loin devant Sarkozy (31%). Qu’on se le dise, bien que rien ne soit joué, tous les voyants sont au vert pour que Juppé soit le candidat de la droite aux prochaines présidentielles. Une situation qui, au vu de la position classique libérale de Juppé, apparaît comme en adéquation avec les aspirations du patronat, qui rêve de rétablir une forme de stabilité politique alors que le mouvement ouvrier et la jeunesse se sont réveillés au printemps dernier, après une longue période d’atonie, et où la bourgeoisie française a pris du retard face à ses concurrents immédiats, en particulier l’Allemagne. Dans ce contexte, Nathalie Kosciusko-Morizet résume parfaitement la situation : « Le recyclage, ça marche pour les déchets, pas pour les idées ». Une affirmation qui sonne comme une promesse d’attaque plus qu’incessante sur le camp des travailleurs, lesquels devront s’appuyer sur le mouvement contre la loi Travail pour mener les batailles à venir.