Politique

Justice de classe

Prison ferme à Goodyear. L’état d’urgence pour criminaliser le mouvement ouvrier

Publié le 13 janvier 2016

Damien Bernard

Pour la première fois sous la Cinquième République, des militants syndicaux sont condamnés à de la prison ferme après un conflit social. Déjà promis au chômage après leur licenciement et black-listés pour s’être mobilisés contre la fermeture de l’usine, les huit ex-salariés de Goodyear condamnés subissent une double peine.

Après avoir réprimé les mobilisations de rue et multiplié les assignations à résidence des militants, tout en donnant le permis de tuer aux forces de police, Hollande criminalise désormais l’action syndicale. Arracher une chemise, faire une opération escargot, manifester, ou séquestrer des cadres dirigeants pour sauver des emplois, sera passible de prison ferme : tel est l’objet de cette condamnation qui est avant tout politique. C’est une justice de classe qui s’abat sur les syndicalistes de Goodyear.

Ayant retiré leurs plaintes contre les militants syndicaux qui se sont défendus légitimement face à la casse de leurs emplois, les patrons de GoodYear n’ont même pas pris part aux « festivités », laissant ainsi au gouvernement et à sa justice la pleine responsabilité de cette condamnation. Suite au verdict, les patrons de la multinationale, et leurs collègues du MEDEF, ont pourtant sûrement sabré « le champagne », comme l’a fait remarquer Mickael Wamen, l’un des condamnés, ce mercredi soir sur Canal+.

Le gouvernement étant seul sur le banc des plaignants, son objectif se révèle très clair. Après avoir criminalisé le mouvement social, stigmatisé les musulmans et les migrants, avec ses mesures empruntées à l’extrême droite, il s’agit désormais, pour Hollande de mettre au silence le mouvement syndical pour mieux préparer le terrain au patronat et à ses nouvelles attaques.

Les salariés d’Air France inculpés et mis à pied pour une chemise arrachée aux représentants patronaux, auraient pu être les « fusillés pour l’exemple » lors de leurs procès, le 2 décembre. Mais la solidarité de classe, qui a vu nombre de travailleurs s’identifier à cette lutte, signe d’une colère ouvrière qui ne demande qu’à trouver des moyens d’expression, a fait temporiser le gouvernement. De peur que la colère s’exprime de nouveau, le gouvernement et sa justice ont décidé de reporter le procès au printemps.

La condamnation des Goodyear, c’est aussi celle des salariés d’Air France, des postiers réprimés actuellement en Ile de France. Sous couvert d’état d’urgence, et de l’assignation à la prison préventive, le gouvernement souhaite réduire au silence, les militants combatifs dans nos boites, dans la rue, dans nos activités syndicales.

Lutter contre cette répression brutale du gouvernement, se solidariser avec les Goodyear, c’est la seule réponse qui puisse permettre de commencer à construire un rapport de force et préparer les luttes de demain. Une pétition en solidarité avec les salariés condamnés a déjà réuni plus de 40 000 signataires et un rassemblement de soutien aura lieu lors du procès en appel.
Un seul mot d’ordre : « Nous sommes tous des Goodyear » !