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Société

État policier

Prisons : Faut-il plus de sécurité ou sortir du tout carcéral ?

L'agression, jeudi dernier, de quatre gardiens de prison par Christian Ganczarski, un détenu dit « radicalisé », à Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais a mis le feu aux poudres parmi les personnels des établissements pénitentiaires en France. Le blocage de nombreuses prisons a forcé la ministre de la justice à se déplacer pour accéder aux demandes de moyens supplémentaires et à la répression encore plus forte des détenus alors que la France est championne en surpopulation carcérale.

Source Photo : DENIS CHARLET/AFP

Lundi dernier, ce sont près de 139 des 188 centres pénitentiaires de France qui ont été bloqués ou qui ont vu des grèves des personnels de prison se produire. À la tête de ce mouvement de grogne chez les gardiens, les trois syndicats l’Ufap-Unsa Justice, majoritaire dans le secteur, la CGT Pénitentiaire et FO Pénitentiaire. Ils réagissent à l’agression de quatre gardiens par un détenu radicalisé jeudi dernier dans la prison de Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais.

Le moins qu’on puisse dire avec ce mouvement dans les prisons, c’est qu’il en faut peu pour que la ministre de la justice, Nicole Belloubet se déplace sur un blocage. On n’est pas habitué à autant de diligence ni d’écoute, pour parler comme la garde des sceaux, quand il s’agit d’aller constater un cas de violence policière ou de persécution juridique, comme c’est le cas envers la famille Traoré. C’est parce que la situation carcérale est un enjeu pour Macron et son plan pénitentiaire global qui devrait voir le jour fin février.

La principale revendication mise en avant par les gardiens des prisons est l’augmentation des moyens et des personnels pour contrer ce que Jean-François Forget de l’Ufap-Unsa Justice dénonce comme la « déliquescence du dispositif pénitentiaire » afin qu’il puisse toujours acheter « la paix sociale », selon ses propres mots. Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans les prisons : acheter la paix sociale des riches en criminalisant les pauvres, les travailleurs précaires et les jeunes issus des quartiers.

La prison est en ce sens une prison de classe en France, comme dans tous les pays capitalistes d’ailleurs. Il n’y a qu’à voir les conditions de détention des détenus qui ne sont admises que parce que ce sont « ceux qui ne sont rien » qui s’y retrouvent ultra-majoritairement. Entre la surpopulation, dont la France est l’une des championnes d’Europe, qui confine certains détenus dans 4 ou 5 m², l’insalubrité, les maladies et les rats, il n’est pas difficile de se rendre compte que ce n’est pas d’une augmentation des moyens qu’il est urgent de se doter mais qu’il faut en finir avec ce système tout entier.

On voit particulièrement la dérive que prend la tournure des événements et comment ce mouvement de contestation va pouvoir servir à renforcer les logiques que la prison prétend combattre. L’agression ayant été commise par un détenu radicalisé, l’idée de faire des prisons spécialisées pour eux émerge et fait l’objet de revendications spéciales. Par exemple, Guillaume Jeanson, délégué général de l’Institut pour la Justice, think tank bien connu pour ses tendances conservatrices et grand pourfendeur de la critique du tout carcéral, dans une Tribune du Figaro, appelle à « activer les constructions de prison et spécialiser les établissements selon la dangerosité des détenus. Pour les profils les plus dangereux, il est urgent de prévoir un régime de détention spécifique  ». Encore une fois, la stigmatisation des musulmans va pouvoir s’exprimer à son maximum à l’image des « barbares » dont parle Marine Le Pen dans un tweet de vœux directement adressé aux gardiens de prison. Cette logique de criminalisation spéciale ne va faire qu’augmenter la radicalisation. A quand un Guatanamo à la française ?




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