Notre classe

Procès de la « chemise arrachée »

Procès Air France. Les salariés assimilés à des « hordes sauvages » et la CGT à la barbarie nazie

Publié le 30 septembre 2016

Procès des salariés d’Air France. Dans l’affaire dite de la « chemise arrachée », le mépris et la justice de classe ont parlé, un message politique a été adressé. Entre deux à quatre mois de prison avec sursis ont été requis par le procureur de la République, pour les salariés poursuivis pour violences, 1000 euros d’amende pour ceux accusés de dégradations. Insultés de « voyous », assimilés à des « hordes de sauvage » durant l’audience, les 2 900 salariés sont cependant toujours condamnés au chômage. Décidément, à ce procès, les agresseurs étaient présents partout sauf dans le box des accusés.

Damien Bernard

Le procès des salariés d’Air France accusés de violence a été pour le moins expéditif. Deux jours d’audiences ont suffi pour examiner les très maigres pièces qui pèsent sur les salariés et ex-salariés d’Air France. Une justice de classe qui sait aller vite et pas trop fort quand il s’agit de ne pas perturber une séquence présidentielle, où le moindre faux-pas serait fatal pour Hollande déjà à l’agonie. Jugé plus vite que Sarkozy, Dassault, Balkany et Total, la justice à deux vitesses joue à plein régime.

Certains diront que les réquisitions du procureur sont « relativement mineures » comme l’affirme notamment Mediapart dans un article. Pourtant, avant même que le jugement définitif ne soit rendu le 30 novembre, la condamnation et les peines sont déjà en cours d’application. Certains des « accusés » sont déjà licenciés, tous sont catalogués et fichés, sans compter les 2 900 suppressions de postes qui vont briser des vies, sans compter les plans de la direction d’Air France.

Le procureur insulte à outrance : un message politique ?

S’il ne s’agissait pas d’ouvrir un nouveau dossier Goodyear potentiellement explosif à la veille des présidentielles, le procureur de la République et les avocats des cadres d’Air France s’en sont donnés à cœur joie pour humilier, insulter et distribuer un message politique aux salariés et à la CGT. Pour le procureur de la République, la CGT a « instrumentalisé » les salariés : « Ce n’était pas une opération syndicale » mais une « opération de casseurs puis de voyous ».

Et de poursuivre, le procureur, représentant l’Etat, revient sur les images vidéos projetés, décrivant « un essaim, une masse, une horde, une meute », des manifestants partis dans une « espèce de transe collective ». « Ça n’est pas une opération syndicale, mais une opération de casseurs, répète-t-il. C’est une opération de voyous. » Les médias dominants se sont prêtés au jeu pour relayer massivement les éléments de langages du procureur.

La direction d’Air France n’est pas en reste… La CGT comparée à la barbarie nazie

« Les avocats, représentant les parties civiles dont la direction d’Air France, se sont permis un comparatif à peine voilé entre la CGT et la barbarie nazie. Ils ont également comparé les salariés d’Air France ayant participé à la manifestation du 5 octobre dernier à une « horde d’animaux sauvages », référence nauséabonde à la guerre en ex-Yougoslavie » affirme notamment le communiqué de la CGT, rédigé en réponse aux propos des avocats des deux cadres d’Air France.

Par-delà, le mépris de classe exprimé par les propos du procureur et des avocats d’Air France, ces insultes revêtent un message politique destiné aux salariés d’Air France ayant osé relever la tête, face à la direction qui, à travers ses 2 900 licenciements, tente de faire payer sa crise aux salariés. Mais, c’est aussi un message adressé à l’ensemble des salariés qui oseraient faire de même et « arracher une chemise » face à la dictature patronale, qui essaime chômage et précarité.

Préparons la riposte ! Répression syndicale et violences policières : même combat !

Mais c’est aussi un message à la direction de la CGT, qui, poussé par la radicalité du gouvernement, s’est vu propulsé, malgré les limites de sa politique, à la tête de l’opposition au gouvernement contre la loi Travail. En parallèle, partout, la répression syndicale s’abat contre les syndicalistes et salariés combatifs. Les licenciements pleuvent dans les entreprises, sur le terrain patronal, tandis que les violences policières se durcissent lors des manifestations de rue, tout en restant tue dans les quartiers.

Contre la répression syndicale, contre les violences policières, c’est bien d’un front commun dont nous avons besoin ! Plus que jamais, il s’agit à partir des diverses échéances contre la répression, qu’elle soit patronale ou d’Etat, qui vont rythmer le mois d’octobre. Cela à commencer par le 6 octobre, lors du meeting parisien à Tolbiac contre les violences policières, le racisme et l’islamophobie. C’est aussi, les 19 et 20 octobre à Amiens contre la répression syndicale, en soutien aux Goodyear, qu’il va falloir monter en puissance. Plus que jamais, c’est ainsi que nous pourrons réellement préparer la riposte à venir.