Société

Soutien à toutes les victimes de la répression

Procès de Cassandre à Montpellier. L’État criminalise les manifestant.e.s et défend sa police

Publié le 3 novembre 2016

Ce jeudi 3 novembre a eu lieu le procès de Cassandre, inculpée pour « violences contre personnes dépositaires de l’autorité publique », en l’occurrence, le jet d’un ballon de baudruche rempli de peinture. Cette action symbolique, visant la Chambre de Commerce et d’Industrie dans le cadre du mouvement contre la loi travail lors la manifestation du 9 mars, est utilisée comme prétexte pour écraser toute opposition à la politique du gouvernement. Cette forte répression judiciaire est générale et se traduit par une liste de procès contre des militants et des manifestants qui ne cesse de s’allonger : Cassandre est l’un des boucs émissaires désignés pour servir d’exemple. Il s’agit avant tout de dissuader celles et ceux qui se sont mobilisés contre la loi travail et son monde de continuer à se battre contre des politiques passées en force par le gouvernement pour le seul profit du patronat. Malgré cet acharnement, la volonté de lutter contre ces attaques et de ne pas se laisser faire est toujours présente : une cinquantaine de personnes ont répondu présent au rassemblement de soutien pour Cassandre et l’ensemble des inculpés du mouvement contre la loi travail, appelé par la commission anti-répression de l’AG populaire Nuit Debout devant le Tribunal de Grande Instance.

Jaque Mate

Lors de ce procès présentant, par bien des aspects, un caractère politique, Cassandre a profité de cette tribune pour expliquer le contexte et la portée de cette action : il s’agissait de s’attaquer symboliquement à un établissement emblématique du pouvoir du patronat, dans cette société capitaliste dont le gouvernement – socialiste – sert les moindres désirs, comme le faisaient déjà les précédents.

Après cette prise de parole, le juge s’est intéressé à la situation sociale et professionnelle de l’inculpée, procédé classique qui, sous couvert de viser une compréhension de la situation, cache en fait une justice à plusieurs vitesses : discriminant les personnes les plus précaires, notamment en traitant plus sévèrement les personnes qui sont privées d’emploi.

La police et la justice comme seuls détenteurs de la violence symbolique et physique légale


Face à la violence réelle que représentent les attaques des lois Macron, Rebsamen ou El-Khomri, et à celle exercée par les forces de police contre les manifestants, l’État renvoie l’accusation aux militants, en utilisant les deux institutions fondamentales sur lesquelles reposent la domination de la bourgeoisie que sont la police et la justice.

Selon le premier représentant de la partie civile - les CRS impliqués n’étant eux-mêmes pas présents au procès -, il s’agit d’un acte « prémédité » de la part d’un « groupe organisé » et « entrainé » qui, équipé « d’armes par destination » redoutables que sont des ballons de baudruche remplis de peinture(!), ont commis des « actes de violence volontaire » à l’encontre d’agents des forces de l’ordre allant même jusqu’à « souiller les jambes des fonctionnaires » ! Son confrère, pour qui ces charges accablantes ne sont que le début d’un cercle infernal, complète le tableau : avec « des gens comme vous », cela commence par des ballons, puis des pavés ou des tessons de bouteille et on finit par des cocktails molotov !

En dressant le portrait de Cassandre en violente activiste et en pointant un soi-disant décalage avec son activité professionnelle, c’est donc à une vraie tentative de criminalisation que se sont livrés les représentants des CRS, profitant du contexte actuel favorable créé par l’attitude « compréhensive » des politiciens de tous bords, aidés par les médias, dans le traitement des manifestations de policiers ces dernières semaines.

Pour compenser le préjudice moral et physique lié à l’atteinte de leurs vêtements, les policiers réclament la modeste et symbolique somme d’environ 500 euros par personne. Tout juste suffisant pour couvrir les frais de pressing sans doute ?

Un soutien sans faille de la justice envers les forces de police


Si, au début de son intervention, le procureur de la République refuse d’entrer dans un procès politique, cela ne l’empêchera pourtant pas de se positionner clairement en faveur des CRS : pour lui, « les policiers n’ont pas à être l’objet de toutes ces attaques […] le fait d’être protégé ne justifie pas d’être une cible. »

Ainsi si les opposants politiques à la loi Travail avaient leurs raisons pour être en colère, la situation aujourd’hui serait différente : pour le procureur, on peut mettre en parallèle les défenseurs des droits des salariés avec les policiers qui descendent dans la rue actuellement pour réclamer un permis de tuer… Car selon lui, « la République ne fait pas que des heureux ! ».

Expliquant qu’aucune trace de peinture n’a été relevée sur le bâtiment, le procureur a également laissé entendre que l’action aurait visé à atteindre spécifiquement les CRS, et non le bâtiment comme l’a toujours affirmé Cassandre. Allant plus loin, il explique que si la CCI avait été atteinte par les ballons de peinture, la sanction potentielle aurait pu être plus lourde encore, eu égard au classement en tant que monument historique de l’édifice ; une façon, selon lui, de montrer que la police n’est pas suffisamment considérée, en écho donc à certaines revendications clamées lors des manifestations de policiers, et de la placer une nouvelle fois dans le rôle de victime.

Pour conclure son réquisitoire, le procureur a fini par demander trois mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende.

Une version qui ne tient pas la route


L’avocat de la défense est revenu sur le contexte politique dans lequel se sont déroulés les événements, mettant en avant l’ampleur du mouvement et la nature collective de l’action menée ce jour-là. La seule explication qui fait que Cassandre ait été dans ce tribunal, sur le banc des accusés, est qu’elle soit arrivée en retard et ait jeté son ballon de peinture en dernier ce jour-là.

Reprenant les témoignages des victimes, l’avocat a montré qu’aucun d’eux n’a pu identifier Cassandre, que le ballon a bel et bien été lancé aux pieds des fonctionnaires et non sur eux, et explique qu’il n’existe aucun élément matériel prouvant que les vêtements des fonctionnaires aient été atteints par le ballon lancé par Cassandre.

Dénonçant le ridicule du chef d’accusation de violence volontaire pour parler d’un lancer de ballon de baudruche rempli de peinture – requalifié depuis la version initiale, qui parlait de violence volontaire avec arme par destination, une qualification d’autant plus ridicule -, l’avocat a conclu son plaidoyer en expliquant que rien ne permet de montrer matériellement que Cassandre en est à l’origine. Il a donc demandé la relaxe. Le verdict tombera le 17 novembre.

Au même moment, à Paris, se tenait le procès de Nicolas Jounin, sociologue et militant, accusé de violences graves sur un policier. Il n’a jamais reconnu les faits et le témoignage du plaignant ne tient pas : qu’importe, la "justice" l’a condamné à 6 mois de prison avec sursis... À Montpellier comme partout en France, seul un soutien massif à toutes les victimes de la répression judiciaire permettra d’apporter une réponse à la hauteur des enjeux de la défense de nos droits démocratiques. Faisons front !