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Politique

Pour l'exemple et pour faire plaisir à tous les flics de France et à leurs chefs

Procès politique : affaire du quai de Valmy, de très lourdes peines contre les camarades

Le tribunal correctionnel de Paris vient de rendre sa décision à l’encontre des neufs militant-e-s antifascistes, accusés d’être impliqués dans l’attaque et l’incendie d’une voiture de police, Quai de Valmy, à Paris, en mai 2016, en marge d’une manifestation de flics et pendant la mobilisation contre la Loi El Khomri. Sept des neufs prévenus ont été condamnés à des peines allant jusqu’à 7 ans de prison ferme. Antonin Bernanos, dont la présence n’a pourtant pas pu être prouvée par le parquet, écope quant à lui d’une peine de 5 ans de prison, dont 3 ans fermes.

L’ex-premier ministre, Manuel Valls, l’avait appelé de ses vœux : imposer des « sanctions implacables » aux responsables de l’attaque et de l’incendie de la voiture de police qui s’est déroulée, en marge d’une contre-manifestation lors du rassemblement appelé par les « syndicats » de policiers contre la « haine anti-flics », le 18 mai 2016, à Paris. Le procès, qui s’est ouvert le 18 septembre dernier, était, d’entrée de jeu, un procès à charge contre les militants. « Des sanctions implacables », donc : c’est ce que le procureur de la 16ème chambre du Palais de Justice de Paris a requis, avec des peines allant de un an de prison avec sursis à 7 ans de prison ferme. Pourtant, comme l’a admis l’instruction, les policiers qui occupaient la voiture n’ont jamais été mis en danger de mort. Les juges ont dû requalifier les faits en abandonnant notamment la charge de tentative d’homicide.

Pour Leandro Lopes, Bryan Morio et Angel Bernanos, poursuivis pour « participation à un groupement en vue de la préparation de violence volontaire », soit leur présence lors de la manifestation du 18 mai 2016, et qui encouraient un an de prison avec sursis, deux ont été relaxés. Le troisième sera pourtant condamné pour avoir pris part à la manifestation. Pour les six autres, des peines de prison ferme, de un à 7 ans, pour Joachim Landwehr, militant suisse, accusé d’avoir introduit dans la voiture un fumigène, visé par un mandat d’arrêt international.

Le témoignage anonyme d’un agent des Renseignement Généraux

Outre les images des six caméras de surveillance sur les seize caméras du parcours qui n’ont pas été exploitées, comme l’a fait remarquer la défense, les accusations du parquet se fondent uniquement sur un « témoignage anonyme ». Or, celui-ci s’est avéré être celui d’un officier de police travaillant pour les renseignements généraux. Un témoin qui, rappelle la défense a « refusé de répondre à toutes les questions de la défense » lors des confrontations.

Ce témoignage, la requalification des faits, mais aussi l’absence de preuves établies par la justice qui s’en remet aux cumuls de détails pour pousser à l’inculpation montre ce qu’est ce procès : un procès politique, à charge, contre des militants, qui cherche à déstabiliser le mouvement social et à faire taire la contestation de l’ordre policier protégée par la justice partout où il s’exprime, au sein de notre camp social.

Antonin Bernanos, le coupable idéal

Pour l’un des prévenus, Antonin Bernanos qui écope de 5 ans de prison dont 3 ans de ferme, sa présence sur les lieux n’a pu être attestée. C’est ce que reconnaît le procureur Olivier Dabin, qui admet « [faire] ce qu’on peut avec ce qu’on a et, dans ce dossier, on n’a pas l’ADN du casseur, et on n’a pas le visage du casseur ».

En vérité, outre le débat sur la couleur de son caleçon ce jour là (sic), rien dans les images vidéo n’atteste de sa présence sur les lieux à l’exception de… son absence. Enregistré sur le parcours avant l’attaque de la voiture et après, la justice déduit que s’il n’apparaît pas sur les images, c’est qu’il était parmi les individus masqués. En vérité, comme le souligne Denis Godard, membre du NPA, « on désigne le coupable et on démontre ensuite que rien ne prouve que ce n’est pas lui » sur de « simples ‘’faisceaux d’indices’’ construits ». Quid de la présomption d’innocence ? Il n’y en a jamais eu, dans ce procès politique.

Car Antonin Bernanos semble être pour la justice, le coupable idéal, lui qui possède une affiche antiflic dans son logement, lui qui participe à des manifestations scandant « tout le monde déteste la police », lui qui est, avant tout, un militant.

Pour ceux-là, les peines de prison fermes. Mais pour les gendarmes qui ont asphyxié Adama Traoré, les flics du GIGN qui ont abattu Angelo Garand, et ceux qui ont violé Théo Luhaka, ceux-là, ils sont toujours en liberté.

Le combat pour l’amnistie des camarades de "l’affaire du quai de Valmy" comme pour tou-te-s celles et ceux qui ont été poursuivi-e-s dans le cadre de la lutte contre la Loi Travail et des mouvements sociaux, quant à lui, doit se poursuivre plus que jamais.

[Crédit photo : Thomas Samson – AFP]




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