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Politique

Du côté du sexisme

Propos sexistes d’un sénateur RN : « une blague » pour Marine Le Pen

Marine Le Pen prend position : du côté des hommes (ici Stéphane Ravier, sénateur RN) qui peuvent se permettre de dire, en plein conseil municipal, à une élue (ici Lydia Fretzel, EELV) de la rencontrer « au même hôtel, le même jour, à la même heure », et ce sous l'hilarité de l'ensemble du groupe RN. Des propos sexistes qualifiés de « blague » par Stéphane Ravier et Marine Le Pen.

Crédit photo : AFP

La semaine dernière, en fin de séance conseil municipal de Marseille, Lydia Frentzel, élue EELV des 15-16 arrondissements, est interrompue par le groupe RN . S’adressant à Stéphane Ravier, elle déclare : « On se verra dans le 13-14, je vous préviens », en référence aux prochaines municipales, avant que ce dernier ne rétorque d’une remarque sexiste : « Toujours au même hôtel, à la même heure ».

La salle, hilare, redouble d’hilarité lorsque le maire Jean-Claude Gaudin (LR) embraye à son tour : « En tout cas, ce n’était pas dans mon bureau ». Suite à quoi Lydia Frentzel a porté plainte pour « injure publique à caractère sexiste » : « Stéphane Ravier a sous-entendu que j’étais une prostituée et que j’avais des relations habituelles avec lui, a déclaré l’élue. J’ai décidé de porter plainte car on a touché le fond, ça fait quatre ans que je subis les attaques du Front national, je me devais de le faire pour toutes les femmes. »

Toutefois, pour le RN et Marine Le Pen, il ne s’agirait que d’une « blague. » Stéphane Ravier, d’une part, n’en est pas à sa première sortie sexiste. En 2013 déjà, il avait déclaré, justifiant une « boutade » : « Le viol, c’est un rapport amoureux, qu’une partie des deux souhaite. La deuxième pourrait faire un effort. » D’autre part, il a réitéré sa ligne de défense, prétextant une blague et un « coup politique de la gauche. » Un argumentaire repris par Marine Le Pen au micro de France Inter, qui qualifie les propos de « blague » et minimise l’affaire tout en évitant de prendre position et dénoncer ces remarques sexistes, se plaçant sur un terrain judiciaire et moral : « C’était une blague. On peut trouver que c’était une blague de mauvais goût mais on ne va peut-être pas faire une police de la blague de mauvais goût, parce que je trouve que les policiers ont déjà assez de boulot objectivement aujourd’hui ».

Retournant l’accusation d’insulte (coup classique qui consiste à accuser la victime), elle a poursuivi : « Je crois d’ailleurs que cette élue verte lui a répondu pour le moins de manière très injurieuse. Donc elle est assez grande pour se défendre toute seule », Lydia Frentzel ayant en effet traité de « merde » le sénateur Stéphane Ravier pour sa remarque.

Enfin, Marine Le Pen a fini par « diluer » la teneur sexiste du propos en ramenant sur la table ses vieilles marottes : l’immigration, l’Islam et le terrorisme, sous-entendant que porter plainte pour ce genre de propos était superflu (voire irresponsable) compte tenu de « l’engorgement des tribunaux » et de la « menace terroriste » : « Engorgeons donc les tribunaux, ils n’ont probablement rien de plus important à faire au moment où on va libérer je ne sais combien de dizaines de djihadistes des prisons françaises et où on envisage d’en faire revenir environ 300 d’Irak et de Syrie. »

Une façon de banaliser et légitimer les remarques sexistes essuyées Lydia Frentzel : une scène à la fois « anodine », de par son caractère systémique (une femme dans une assemblée d’homme, visée par une remarque sexiste venant d’un homme et soutenu par d’autres hommes), et révélatrice de la prégnance et de la « banalité » du patriarcat qui s’exprime sous de multiples formes, du sous-entendu graveleux à l’agression physique ; une oppression systémique à laquelle le RN, et Marine Le Pen, apporte sa pierre à l’édifice en ravalant les propos sexistes au rang de simple « blague. »




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