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Société

Des centaines d'enfants en danger

Protection de l’enfance : les juges de Seine-Saint-Denis alertent sur le manque d’éducateurs

Dans une tribune publiée lundi, quinze juges des enfants du tribunal de Bobigny, dénoncent le manque de moyens pour mener à bien leur mission de protection des mineurs.

Dans la tribune intitulée "Mineurs délinquants, mineurs en danger : le bateau coule !", publiée ce lundi sur France Inter et dans le journal Le Monde , les quinze juges des enfants de Bobigny tirent la sonnette d’alarme. Ils dénoncent le manque de moyens pour accomplir leur mission de protection de l’enfance.

"Nous sommes devenus les juges de mesures fictives"

Les juges dénoncent l’impossibilité d’assurer l’application des mesures éducatives qu’ils ordonnent pour protéger les mineurs, car elles nécessitent l’intervention d’éducateurs, psychologues et autres professionnels du secteur médico-social, pas assez nombreux pour garantir leurs missions. Ils pointent du doigt le manque des moyens financiers pour accomplir ces objectifs, tout autant que pour le soutien des structures d’accueil nécessaires dans les cas de placements des enfants.

Des délais de prise en charge "inacceptables en matière de protection de l’enfance"
L’application trop tardive des décisions prises a pour conséquence que des nouveaux nés devant être retirés à leurs parents et placés, ont dû rester à l’hôpital durant plusieurs semaines, par manque de place en famille d’accueil ou dans des structures adaptées.

Des enfants considérés en danger, doivent attendre à l’heure actuelle 18 mois après l’audience pour être pris en charge par les associations habilitées. Cela a des conséquences lourdes aussi sur les personnels, avec les burnouts, dépressions et autres maladies dues au stress de pas pouvoir offrir de solutions adaptées aux enfants en souffrance.

Des moyens pour la répression, pas pour l’éducation

"En Seine-Saint-Denis, des mineurs en détresse ne peuvent ainsi plus recevoir l’aide dont ils ont besoin, faute de moyens financiers alloués à la protection de l’enfance par le Conseil départemental, tributaire en partie des dotations de l’Etat", affirment les juges dans la tribune de ce lundi. Ils soulignent aussi les inégalités de traitement entre les mineurs de Seine-Saint-Denis et ceux de Paris. Encore une discrimination flagrante.

Ce manque de moyens pour la protection de l’enfance, contraste avec la réactivité avec laquelle la nomination d’un gendarme en tant que troisième proviseur adjoint au Lycée Utrillo a été faite, nomination contre laquelle des enseignants se sont mis en grève. Il tranche également avec la rapidité des déclarations du ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, suite à l’affaire Créteil pour dérouler ses solutions ultra-sécuritaires et répressives : vouloir mettre un policier dans chaque salle de classe ; ou encore la décision de décupler les effectifs policiers le soir de Hallowen.

Cette tribune des juges d’enfants, une première en France, a le mérite de rendre publique une politique de destruction de la protection de l’enfance, menée par un gouvernement qui mise sur le tout-sécuritaire alors que nos enfants et notre jeunesse a besoin de plus de moyens éducatifs et d’accompagnement.




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