Société

Vérité pour Adama. Pas de justice, pas de paix !

Provocation policière à la manifestation pour Adama

Publié le 2 août 2016

Laura Varlet

Près de 2000 personnes se sont mobilisées samedi 30 juillet à Paris pour exiger vérité et justice pour Adama Traoré, jeune de 24 ans assassiné par la police raciste à Beaumont-sur-Oise. Après avoir été déposée et autorisée en préfecture, la manifestation à l’appel de la famille a été bloquée par les CRS à peine 100 mètres après son départ. Sous fond d’état d’urgence, cette provocation contre la famille, les proches d’Adama, et tous celles et ceux qui sont venus manifester en soutien, est inacceptable. Comme le disait Assa, sœur d’Adama, la mobilisation doit continuer. Pour Adama mais aussi pour tous les autres : pas de justice, pas de paix !

Après les violences policières et la répression quotidienne, une nouvelle provocation

Des centaines de personnes se sont rassemblées devant la Gare du Nord, pour manifester et exiger que vérité et justice soient faites suite à l’assassinat d’Adama Traoré. Des centaines de personnes venues de plusieurs quartiers d’Ile de France, la famille et les proches d’Adama, des jeunes et moins jeunes, se sont vus empêchés de manifester. Alors que la manifestation avait été déposée et autorisée, l’objectif était clairement d’énerver les manifestants, pour pouvoir ensuite justifier la répression et la violence de la police. La famille a appelé les présents à ne pas rentrer dans la provocation policière, mais une décision était prise par les autorités : ne pas permettre que cette manifestation ait lieu.

Il est révoltant de voir qu’après l’assassinat d’Adama, la manifestation appelée par la famille et ses proches ait été empêchée. Ils tentent d’infliger une humiliation supplémentaire. Cette provocation inacceptable révèle au grand jour ce que le gouvernement craint le plus : une mobilisation contre les violences policières qui se développe dans les quartiers, combinant les éléments de révolte comme en 2005 et s’inspirant du mouvement « Black Lives Matter » aux Etats-Unis. Le tout dans un contexte social plus qu’agité, dans lequel pendant quatre mois une large contestation a eu lieu, avec mobilisations et grèves contre la loi Travail du gouvernement Hollande-Valls.

Un vrai cauchemar pour la fin du quinquennat Hollande ?

En effet, après des mois de mobilisation contre la loi Travail, après des mois où la jeunesse s’est fait matraquer et gazer dans la rue, le meurtre d’Adama Traoré vient rappeler une réalité encore plus brutale qui existait déjà : l’impunité et la brutalité policières, quotidiennes, qui vont jusqu’à tuer les jeunes dans les quartiers. Après les jeunes, ce sont les travailleurs qui ont paralysé les raffineries, les cheminots qui ont paralysé les trains. La force de la classe ouvrière, parfois issue de ces mêmes quartiers populaires, s’est fait sentir, même si les directions syndicales ont tout fait pour éviter la jonction, et ainsi éviter d’engager un véritable rapport de forces. Cela n’a donc pas suffit pour faire reculer le gouvernement.

La mobilisation qui monte aujourd’hui dans les quartiers suite à l’assassinat d’Adama Traoré vient peut-être ajouter le dernier ingrédient à une situation sociale déjà explosive. « Pour Adama, mais aussi pour tous les autres. » Ce sont les mots d’une de ses sœurs, et cela reflète un ras-le-bol, ressenti par beaucoup de jeunes dans les quartiers. Il y en a assez de ces violences, de ces humiliations, de cette brutalité, qui arrache la vie à de nombreux jeunes : Adama, Zyed et Bouna, et tant d’autres. Si cette force se met véritablement en mouvement, si tous ces jeunes décident de ne plus se laisser faire, de se mobiliser, de ne plus rentrer chez eux attendre le prochain Adama, la question de lutter contre la répression et les violences policières se posera différemment.

La mobilisation doit continuer et se renforcer

Assa Traoré a pris la parole lors de la manifestation pour dire que même s’ils avaient réussi à nous bloquer, le fait même d’être là, de s’être mobilisés, était déjà une victoire. Amal Bentounsi, du collectif Urgence Notre Police Assassine, a également appelé à poursuivre la mobilisation et a appelé tous les quartiers à nous rejoindre dans la lutte. Il y aura de nouvelles dates de mobilisation, où il faudra qu’on soit encore plus nombreux et nombreuses à descendre dans la rue, et ainsi imposer au gouvernement non seulement le droit de manifester, mais aussi pour que les responsables de l’assassinat d’Adama soient punis. Cela sera le premier pas pour lutter contre les violences policières, contre la répression de cette police et cet Etat racistes.

Il est fondamental que les étudiants, les lycéens et les travailleurs mobilisés ces derniers mois contre la loi Travail, qu’ils soient issus des quartiers populaires ou non, se mobilisent aujourd’hui pour Adama et en soutien à sa famille, contre les violences et la répression policières. Les organisations syndicales et politiques des travailleurs et de jeunesse mobilisées contre la loi Travail, doivent se mobiliser aujourd’hui aussi. Car ce sont les travailleurs et les jeunes les plus opprimés, les plus exploités, qui sont touchés de la manière la plus brutale, par la répression de la police. Et ces mois de mobilisation contre la Loi Travail ont largement démontré comment les quartiers populaires sont un « laboratoire » des politiques sécuritaires et répressives qui s’appliquent par la suite à l’ensemble des travailleurs et des classes populaires. C’est nous tous qui avons perdu un frère, Adama, soyons donc toutes et tous dans la rue pour exiger justice !