Monde

Interview de Baran Serhad

Putsch en Turquie. ‘Dans cet affrontement entre réactionnaires, le panorama s’assombrit pour le monde du travail et les Kurdes’

Publié le 16 juillet 2016

Le coup d’Etat raté de la nuit du 15 au 16 juillet a été au cœur de nombreuses discussions au cours de la journée de samedi, dans le cadre de l’Université d’été Internationaliste et révolutionnaire de Barcelone. Les camarades turcs et kurdes, militant au sein de l’Organisation Révolutionnaire Internationaliste (RIO) d’Allemagne ont été sollicités par nombre de participants pour analyser la situation. Révolution Permanente en a profité pour interviewer Baran Serhad, membre de la direction de RIO.

« La tentative de putsch d’un secteur de l’armée en Turquie a surpris tout le monde, même si c’est avant tout le symptôme d’une crise plus profonde que traverse le régime islamo-conservateur d’Erdogan. Après les premières heures de grande confusion, la situation s’est progressivement éclaircie. C’est bien un secteur minoritaire de l’armée qui est sorti des casernes, mais Erdogan a fini par reprendre la main ».

Les raisons du coup d’Etat ? « Dans leur communiqué, les militaires ont accusé le gouvernement de l’AKP et Erdogan d’être responsables de l’échec de la politique extérieure turque. Néanmoins, ils manquaient absolument de soutien, à la fois en interne, mais également à l’international. Au niveau des secteurs de la bourgeoisie turque, même les organisations patronales les plus laïques et hostiles à Erdogan ont condamné le coup d’Etat. Pour ce qui est des chancelleries occidentales, elles n’ont pas hésité, quant à elles, une seconde, à condamner le putsch et appeler au rétablissement de ‘l’ordre constitutionnel’. Le Département d’Etat américain a réaffirmé, malgré les frictions entre la Maison Blanche et Erdogan, son soutien au président, à l’instar de l’UE ou du gouvernement allemand ».

Certains analystes ont suggéré, dans un premier temps, qu’Erdogan pourrait lui-même se trouver derrière le coup d’Etat, qui aurait été instrumentalisé par l’AKP. « Cela me semble relativement improbable, répond Baran Serhad. Les combats entre la police, qui s’est rangée du côté du gouvernement, et les militaires putschistes, ont été très violents et la radio a été prise par les militaires pendant deux heures, sans même parler du survol d’Istanbul ou d’Ankara par l’aviation militaire. On peut envisager différents ressorts au putsch, voire même un auto-coup d’Etat. Mais ce qui est sûr, indépendamment d’une possible manipulation, c’est qu’en dernière instance, le putsch permet à Erdogan de renforcer le présidentialisme ».

« Désormais, Erdogan a les coudées franches, conclut Baran Serhad. Il faut tenir compte du fait que l’ensemble des coordonnées politiques et géopolitiques sont transformées, tant au niveau intérieur qu’au niveau régional. Pour l’heure, c’est l’une des fractions réactionnaires, en dispute, qui a triomphé. Reste à savoir pour combien de temps. Mais pour le monde du travail, pour la jeunesse et les classes populaires de Turquie, sans même parler des Kurdes, le panorama s’obscurcit un peu plus ».

Propos recueillis par Ciro Tappeste