^

Notre classe

Quasiment aucun train sur Paris-Nord

Quai 36, gare du Nord : les cheminots votent la poursuite de la grève !

Au bout du quai numéro 36, à Gare du Nord. L'Assemblée Générale a rameuté près 350 cheminots de toute la zone nord de l'Ile-de-France et de la gare parisienne. Aux côtés des drapeaux Sud-Rail, Force Ouvrière et CGT-cheminots, des délégations d'étudiants de Tolbiac Paris I et de Paris VIII- Saint Denis qui viennent attester du blocage de leurs universités ce matin. Les taux de grévistes rappellent les plus gros moments de 1995. Sur toutes les lèvres brûle ce mot d'ordre qui fait peur au gouvernement, celui de la convergence et de la grève reconductible, votée sur le piquet ce matin.

C’est tout au bout du quai 36, devant le local des « mécanos » (les conducteurs) que se tient l’assemblée générale des grévistes. Près de 350 cheminots, toute catégorie confondue,- conducteurs, commerciaux, aiguilleurs, maintenance – , travaillant sur la Gare du Nord et l’ensemble du réseau Nord, se sont rassemblés pour des prises de parole et décider ensemble des modalités de la grève. L’Assemblée Générale de Gare du Nord a réuni un peu moins de monde que le 22 mars mais les taux d’agents en grève sont bien supérieurs, avec, chez les conducteurs près de 80% de grévistes.

« Beaucoup de collègues n’ont pas pu se rendre sur la gare parisienne, pour l’AG, faute de train. Même si sur la gare du Bourget, il y avait du monde au piquet qui s’est tenu à 10 heures ce matin » raconte Laura, aiguilleuse et syndiquée Sud-Rail. « Il y avait beaucoup de cheminots Sud-Rail et non syndiqués » décrit-elle. Malgré tout, les militants CGT n’ont pas souhaité se joindre au piquet de 10h et tenaient leur propre AG locale, plus tard dans la matinée. « On est passés les voir pour les convaincre de nous rejoindre, demain matin, afin de pouvoir de se réunir tous ensemble, quelle que soit l’étiquette syndicale, pour faire une AG des grévistes. On espère que les camarades de la CGT viendront ».

« Pour que la grève soit celle des grévistes, il faut que les cheminots viennent en AG »

A Gare du Nord, on voit surtout des drapeaux Sud-Rail – 3ème force syndicale à la SNCF - et Force Ouvrière – 5ème force. Mais tous revendiquent l’unité des travailleurs du rail. « Au delà des discussions sur les modalités de la grève, l’ensemble des organisations syndicales sont d’accord sur l’analyse de la situation : le gouvernement ne veut rien négocier. Il veut privatiser le rail et faire sauter une digue en s’attaquant au statut des cheminots » explique un gréviste monté sur la chaise qui sert de tribune improvisée. Eric, agent commercial et délégué Sud-Rail rebondit : « pour que la grève soit celle des grévistes, il faut que les cheminots viennent en AG » appelant tous les cheminots à devenir des « militants de la grève » en allant convaincre ses collègues de se mettre en grève et de s’emparer de ces cadres de décision et d’organisation.

Un membre du bureau fédéral Sud-Rail explique la question des transferts de personnels que va induire la privatisation : « la SNCF est en train de vendre 1 000 cheminots à une entreprise privée ». Originaire de la Réunion, il dresse un parallèle entre le transfert, sous des conditions au rabais, des personnels vers les entreprises privées, et l’exploitation et le traitement esclavagiste. « Tout comme les esclaves étaient revendus avec la vente de terres des propriétaires, ici, la SNCF veut nous refourguer à un concurrent. On a remis le code Noir dans le code du travail ». En concluant, « je n’ai pas envie d’être rentable, je veux être utile aux usagers et aux voyageurs ».

Dans l’AG, il y a des agents qui font grève pour la première fois et parmi ceux qui prennent la parole, plusieurs têtes nouvelles qui ne sont pas des habitués du mégaphone. C’est le cas de Farid, également syndiqué chez Sud-Rail et commercial sur la ligne B. Militant de la grève, il se réjouit de voir de nombreux collègues commerciaux, sur le piquet.

Parmi eux, Jamel, également, syndiqué Sud-Rail, commercial sur le secteur d’Aulnay-sous-Bois, 9 ans d’ancienneté. « Depuis que je suis entré dans la boite, il y a eu une dégradation. Des réorganisations de partout, des changement de management. » Lui par exemple, travaille sur quatre gares contre une seule il y a quelques années. « Avant, il y avait des agents de réserve pour assurer les remplacements. Aujourd’hui, on fonctionne par secteur, avec moins de personnel. Ça nous oblige à bosser sur plusieurs gares, en fonction des jours. Le fait est que ça ne marche pas bien. Beaucoup de gares doivent fermer plus tôt ou sont fermées, faute de personnels suffisants. »

« Vous êtes plus forts que la neige » Abel, étudiant de Paris I

Des délégations d’étudiantes et d’étudiants sont venus adresser un message aux cheminots. Abel, étudiant à Paris I, raconte au micro comment « ça fait une semaine que le site de Tolbiac de l’université Paris-1 est bloqué. Ce matin, on était 1 500 en Assemblée Générale. Et on a souhaité venir vous saluer. D’abord, parce qu’avec les 400 kilomètres de bouchons de ce matin, vous avez montré que vous êtes plus forts que la neige » lance-t-il sous les rires. « Mais aussi pour vous dire qu’on est dans le même bateau, que la réforme du rail et de l’université, c’est la ruine du service public, de transport et d’éducation. […] Nous aussi on va monter au feu, même si on a pas les mêmes armes que vous ».

Venu également, Simon, étudiant de Paris-VIII, Saint-Denis, témoigne de la mise en mouvement de son université. « Ce matin, on a fait une Assemblée Générale à 500 personnes. […] Il faut construire cette convergence qui fait peur au gouvernement ».

« cheminots de Paris-Nord, en grève, tous ensemble »

Après les prises de paroles, c’est le principe de la reconduite de la grève, le lendemain, qui est voté à l’unanimité. Tout comme la décision de manifester, à 13h30 entre Gare de l’Est et Gare St-Lazare, en cortège de gare, indépendamment des affiliations syndicales de chacun, derrière une banderole « cheminots de Paris Nord. En grève tous ensemble ». Et comme un échauffement, les grévistes décident de faire le tour de la gare en cortège : « ça va péter, ça va péter... » résonne dans les couloirs de la gare. Plusieurs usagers, qui regardent les panneaux "départs", applaudissent. Les trains ne circulent pas, mais la solidarité est bien au rendez-vous.




Mots-clés

Bataille du rail   /    Tolbiac   /    SUD-Rail   /    Paris 8   /    Cheminot-e-s   /    Grève   /    FO   /    SNCF   /    Notre classe