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Genres et Sexualités

Interview dans Elle.

Quand Hollande réconcilie Pétain avec le « féminisme ».

Dans le magazine féminin Elle, une interview de François Hollande vient de paraître ce jeudi 3 mars. Il y affirme haut et fort être « féministe et toujours socialiste ». Mais la lecture de l’interview révèle en réalité une avalanche de clichés nauséabonds, plus sexistes les uns que les autres, ainsi que la révélation du caractère toujours plus réactionnaire du gouvernement socialiste.

Un condensé du sexisme ordinaire

François Hollande souhaitait parler aux femmes, c’est donc tout naturellement qu’il a donné une interview au magazine féminin Elle. Sans surprise, l’interview donne à voir une image particulièrement rétrograde de la femme et les thèmes évoqués sont un condensé de l’idéologie sexiste. Malgré tout, Hollande réussit le pari d’être toujours plus réactionnaire que des journalistes pourtant habitué-e-s à véhiculer une image de la femme vénale et écervelée.

D’abord, l’interview commence sur la question de la famille. Dans le plus pur style de l’idéologie patriarcale, Hollande nous explique le bonheur de la maternité : « Pourquoi laisserions-nous aux conservateurs ce thème de la famille dans ce qu’il a de plus beau : la possibilité de faire des enfants ou d’en adopter, puis de les éduquer ? ».

Ensuite, passage obligé par les tâches ménagères. Et bien sûr, à ce sujet, on a sa parole, le président fût un papa modèle : « J’ai essayé d’être présent, je faisais la cuisine, je racontais des histoires aux enfants le soir ». Une bien drôle de conception du partage des tâches où il manque simplement le balai, la serpillière, la vaisselle, le linge, le repassage, les courses… Quelques malheureux oublis que n’a pas oublié l’ex-femme du président : « Mais si vous interrogiez Ségolène Royal, elle vous dirait que je n’en ai sans doute pas fait assez ».

Troisième sujet : la mode, évidemment ! Car tout le monde sait bien que toute bonne femme émancipée est une fan de shopping. D’ailleurs, celui-ci a subi les courroux de la gente féminine : « Au début du mandat, j’ai subi quelques remarques sur ma cravate. J’en ai souri avant que cela ne devienne presque un sujet politique ! ». Mais, depuis, gentleman et « féministe », le président a fait des efforts pour améliorer son style, les femmes lui en sauront gré.

En deux temps trois mouvements, Hollande nous dresse donc une image de la femme dans le plus pur style réactionnaire. Un président sexiste donc… mais aussi raciste, sûrement pour ne pas faire de jaloux parmi les opprimé-e-s. À propos des agressions sexistes de Cologne, celui-ci croit bon de préciser : « Et ce n’est pas le fait d’hommes qui viennent d’arriver sur notre territoire ou qui n’auraient pas bénéficié d’une éducation semblable à la nôtre ». Sous-entendant par là-même que les étrangers auraient une culture de l’agression sexuelle.

Hollande président du patriarcat

C’est donc une interview réactionnaire de A à Z que nous aura livré ici le président. Faut-il s’en étonner quand on connaît la politique que celui-ci mène depuis des années ? À commencer par sa dernière création, le ministère de « la Famille, de l’Enfance et des Droits des femmes ». Un triptyque que ne renierait pas Pétain lui-même, une référence assumée par le président : « Ah bon, parce que la famille […] ce serait une valeur réactionnaire au prétexte que Pétain l’a mise dans une devise lors d’une période de déshonneur ? ».

Ou encore quand on regarde les fréquentations politiques du président. À commencer par le violeur notoire et impuni Dominique Strauss-Kahn. Ou bien le comique de comptoir Laurent Fabius, récemment parti du gouvernement avec les honneurs, et qui déclarait en 2007 à propos de la candidature de Ségolène Royal : « Mais qui va garder les enfants ? ».

Et c’est sans compter sur la politique ultralibérale de casse de nos conditions de travail que les socialistes au pouvoir s’évertuent à mener depuis 2012, main dans la main avec le patronat. Une politique, qui, parce qu’elle touche principalement les précaires, pèse lourdement sur les femmes travailleuses, largement concernées par les emplois précaires et les salaires de misère.

Une opération reconquête de l’électorat féminin sous la bannière la plus réactionnaire

L’interview de François Hollande est une tentative de récupérer l’électorat féminin, choqué par les frasques d’un homme bien connu dans le milieu pour son sexisme ordinaire, mais non moins réactionnaire. Aux municipales de 2014, après les photos dans Closer, sa rupture avec Valérie Trierweiler et le livre au vitriol de cette dernière, les femmes ne représentaient plus que 39% du vote PS. Alors même qu’elles comptaient pour 57% lors de sa victoire en 2012. Mais en dépit de l’opération communication, un constat s’impose : ce gouvernement est à l’opposé de toute la tradition du féminisme.

Notre féminisme, c’est celui-ci qui remet en cause les normes et les rôles imposées aux femmes dans la société, qui combat les idéologies réactionnaires souhaitant remettre la femme au foyer, qui revendique la libre détermination de l’identité de genre. Et c’est aussi celui de l’auto-organisation des femmes face aux phallocrates au pouvoir qui cherchent à enlever un par un les droits conquis par le mouvement féministe au cœur de la lutte. Une tradition qu’il va falloir, à l’occasion, revivifier lors de la mobilisation contre la loi travail, dont les femmes travailleuses seront, une fois n’est pas coutume, les premières victimes.