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Monde

Du bouton [nucléaire] à la braguette

Quand Trump joue à ‘’Qui a le « plus gros » ? ’’ avec Kim Jung-Un et l’arme nucléaire

« Qu’on lui rappelle que j’ai également le bouton nucléaire, qu’il est bien plus gros et plus puissant que le sien, et qu’il fonctionne » a tweeté le président américain en réponse à la déclaration de Kim Jung-Un sur sa détention de l’arme nucléaire. Si Donald Trump et ses tweets brillent rarement pas leur finesse et leur intelligence, ce dernier, mimant purement et simplement le concours de braguette avec le leader de la Corée du Nord, pourra entrer en top liste de son palmarès. Avec ce tweet, il s’adresse moins au leader coréen avec lequel la crise diplomatique n’est qu’à un poil… qu’à sa base électorale.

Un verbe, un style, une marque…

« Le leader nord-coréen Kim Jong-Un vient d’affirmer que le ‘‘bouton nucléaire est sur son bureau en permanence’’. Il faudrait qu’un membre de son régime de pauvres et d’affamés, l’informe que j’ai aussi le bouton nucléaire, qu’il est beaucoup plus gros et plus puissant que le sien, et qu’il fonctionne ! » a tweeté le président américain.

Donald Trump - avec ses sorties machistes, ses tweets incendiaires, son soutien aux suprématistes blancs de Charlottesville - n’en est pas à son premier tour de chauffe. En twittant qu’il possède un « bouton nucléaire […] bien plus gros et bien plus puissant » que celui de Kim Jung-Un, Donald Trump va juste un peu plus loin dans le registre qui a été le sien depuis sa campagne et qu’il a maintenu une fois élu. Et s’il fait de la scène internationale un terrain de jeu du niveau d’une cour de primaire, c’est pour mieux jouer le rôle de l’iconoclaste aux gros bras et qui en a dans le pantalon, de leader populiste aussi clivant que populaire, à la langue débarrassée du politiquement correct et aux forts accents virilistes… Le registre du concours de braguette, c’est celui dans lequel Trump excelle, et qu’il revendique comme marque de fabrique.

Sauver les apparences du projet « America Great Again »

Si, dans un premier temps, on a cru que les sorties polémiques de Trump était dues à son inexpérience, on sait aujourd’hui qu’elles sont finement calculées et cherchent à imprégner le « style Trump » à la fonction présidentielle autant qu’à détourner le regard médiatique d’une politique qui fâche. En effet, la figure charismatique, mélange d’agressivité et de poigne, incarnant le retour à la « Grande Amérique », ont valu à Trump un véritable capital sympathie auprès d’une partie de la base électorale américaine hantée par la peur du déclassement et la perte d’hégémonie américaine sur la scène internationale.

Mais voilà près un an que Donald Trump est au pouvoir et les illusions concernant sa politique commencent à se dissiper. Sa politique du « Make America Great Again » s’imprime à l’intérieur par des mesures tout en faveur des classes possédantes : baisse de 50% du taux d’imposition sur les sociétés qui vont profiter aux grandes banques de Wall Street, aux hedges funds, aux grands groupes pétroliers et industriels ; 83% des allégements fiscaux à destination des ménages prévue par la réforme du gouvernement Trump vont être captés par les 1% les plus riches selon l’étude du Tax Policy Center.

Et à l’extérieur, elle se décline par des sursauts d’agressivités diplomatique – déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, montée des tensions avec la Corée du Nord, et avec la Chine de manière interposée – qui remettent en question l’équilibre des puissances, notamment au Moyen Orient. Mais, sur le terrain géopolitique, la politique de la « Grande Amérique » relève encore difficilement la tête et peine à imposer ses choix stratégiques.

C’est effectivement dans ce contexte de recul relatif mais réel de l’hégémonie étatsunienne qu’il faut aussi comprendre le tweet de Trump. La question de Trump et son « plus grand bouton nucléaire » peut paraitre ridicule et même « infantile » mais il s’agit également d’une manœuvre pour éviter un rapprochement entre les deux Corées. Comme l’explique le New York Times : « le contraste entre le langage de Trump et l’ouverture [à des dialogues] pour la paix de la part de la Corée du Sud, met en lumière les divergences de plus ne plus importantes entre ces alliés de longue date (…) Beaucoup d’experts en matière de sécurité ont affirmé qu’il n’y a pas d’option militaire raisonnable pour restreindre la Corée du Nord qui n’entraînerait pas de pertes humaines inacceptables, ce qui explique en partie pourquoi le président sud-coréen Moon Jae-in est plus enclin au dialogue ».

En effet, un tel rapprochement serait un obstacle important pour la politique d’encerclement militaire de la Chine par l’impérialisme nord-américain. Or, la Corée du Sud pense aussi à sa sécurité et elle sait qu’elle n’a pas intérêt à un conflit avec le Nord.

Politique en faveur des plus riches à l’intérieur, perte d’hégémonie au Moyen Orient, Donald Trump doit aujourd’hui faire face à l’effritement du soutien d’une partie de l’opinion publique. La perte du bastion républicain de l’Alabama en faveur des démocrates aux dernières élections sénatoriales, en a été un des derniers témoins. Pour compenser les désillusions en interne, détourner l’attention de la stratégie du choc fiscal qui est actuellement mené par le gouvernement, Trump joue à la surenchère des mots et du style pour ressouder les rangs derrière sa personne face à un ennemi, Kim Jung-Un, qui cristallise l’attention.




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