Politique

Visite de Valls en Israël

Quand Valls joue au gardien de la paix

Publié le 24 mai 2016

Manuel Valls s’est envolé dimanche pour trois jours de visite en Israël et en Palestine avec pour objectif de relancer le processus de paix entre les deux partis d’un long conflit. Ses appels et déclarations d’amitié n’ont pourtant reçu que peu d’attention à l’heure où la France, 5ème exportateur d’arme au monde, tente de préserver ses intérêts dans le théâtre international de l’impérialisme du Proche-Orient.

Roma Caracol

Valls le médiateur ou l’éternelle politique de la pseudo neutralité

On ne peut pas dire que le terrain a été bien préparé pour le Premier Ministre. Il y a une semaine, Jean-Marc Ayrault était de passage dans l’Etat hébreu pour aborder la conférence de paix prévue à Paris le 3 juin prochain. L’accueil réservé par Netanyahou a été peu chaleureux, le premier ministre israélien appuyant son refus du processus de paix par une remise en cause de l’impartialité de la France ; est reproché au pays d’avoir accepté un texte de l’UNESCO qui ne reconnaît pas les racines judaïques d’un monument, l’Esplanade des Mosquées.

Valls a donc du essuyer – et esquiver – les questions fâcheuses de deux journalistes sur la deuxième chaîne télévisée d’Israël, alors qu’il tentait de légitimer sa position d’arbitre neutre. Face à un Netanyahou convaincu que le processus de paix ne devrait passer que par des négociations directes entre la Palestine et Israël, Valls propose une première conférence ne réunissant que des puissances extérieures, qui serait ensuite suivie d’une deuxième échéance où les deux parties seraient présentes.

Valls, neutre dans le conflit ? Son agenda minutieusement réparti entre Israël et Palestine le prouve ! Et puisqu’il dit être « l’ami » de chacun, ponctuant chaque communication à ce sujet du mot-valise « d’équilibre »... Valls se situe dans la droite ligne de la politique française en Proche-Orient qui a brillé, depuis De Gaulle, par son amour du calcul économique et politique. Fervente alliée d’Israël quand il s’agissait de se trouver une place entre les deux blocs de la guerre froide et leurs relais au Moyen-Orient, la France s’en est peu à peu éloignée au profit des pays arabes riches en hydrocarbures. Nuls questionnements sur les dictatures et pétromonarchies accompagnant bien souvent ces accords, il fallait relever la croissance du pays en berne depuis le choc pétrolier de 1973. Oscillant entre reconnaissance de l’Etat Palestinien et préservation de ses intérêts israéliens, la France n’a d’arbitre neutre que le nom et d’amitié que les chiffres.

Les chiffres, on les trouve dans le classement des plus grands exportateurs d’arme au monde, dans lequel la France se trouve en 5ème position. Ses premiers pas diplomatiques avec Israël ont d’ailleurs été motivés par son armement. Alors jeune nation, l’Etat hébreux fut le bienheureux promoteur des nouveaux Mirage, les avions de guerre de Dassault, lorsqu’il frappa la Palestine durant la guerre de Six-Jours en juin 1967.

Cependant, les marchands de canon savent bien que la dépendance à un client est un mauvais choix en affaire et au début des années 80, c’est 45% des exportations d’armes françaises qui furent destinés au Moyen et Proche-Orient. Parmi les pays bénéficiaires des Mirage V ou F1, on pouvait compter l’Egypte, l’Irak, la Jordanie, le Koweit, la Lybie, les Emirats Arabes Unis... Les exportations continuent encore et donnent à la France les moyens d’une politique de présence sur une zone vitale pour les intérêts énergétiques du pays. Le transfert de savoir-faire en technologie nucléaire à des pays du Moyen-Orient loin d’être en paix ne sont même pas compris dans cette liste. On comprend alors la politique « d’équilibre » d’une nation qui voit ses intérêts économiques partagés entre les belligérants.

On peut tout de même noter le recul de Valls et d’Ayrault à propos de la reconnaissance de l’Etat Palestinien. Laurent Fabius, avant de quitter son poste de Ministre des Affaires Etrangères, avait annoncé en janvier qu’en cas d’échec du processus de paix porté actuellement par Valls, la France reconnaîtrait automatiquement l’Etat Palestinien. Lors de leur passage, les deux ministres ont pourtant pris leur distance avec cette affirmation. Bien que Valls soit partisan d’une « solution à deux Etats », il se doit de prendre des pincettes avec Nétanyahou qui vient de nommer Avidgor Lieberman, détesté des Palestiniens, au Ministère de la Défense.

Valls joue à un jeu fragile qui se caractérise par une ambivalence marquée. Alors que ses premières années PS le situaient en faveur d’un Etat Palestinien, il s’est illustré au gouvernement par une répression acharnée des militants de la campagne Boycott-Désinvestissement-Sanction, engagés contre les horreurs de la colonisation israélienne. Un double jeu sur fond d’exportations d’armes, de colonisation et de crimes, de quoi dégoûter de la politique impérialiste d’une France hypocrite.

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