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Notre classe

SODEXO DREUX : 17 JOURS DE GREVE DE LA FAIM ET TOUJOURS PAS D’ISSUE

Quand des patrons riches à milliards poussent des salarié.es aux extrêmes pour quelques milliers d’euros d’indemnités

La déclaration de guerre de la direction de Sodexo, leader mondial de la restauration d’entreprise, envers les 62 salariés de la cuisine de Dreux date du mois d’août. C’est décidé, la cuisine doit fermer et ses salariés seront licenciés. Dès qu’ils apprennent l’existence d’un PSE, les salariés de Dreux se mobilisent, avec le soutien de leurs collègues des trois autres sites voisins. Grèves, manifestations, blocages, rien n’y fait. Tout est entrepris pour user leur résistance. Même leur lutte pour obtenir des indemnités supra-légales et des conditions décentes de licenciement est l’objet d’une fin de non-recevoir. La grève de la faim de trois d’entre eux, Abdel, Nathalie et Sébastien, qui dure depuis 18 jours est la marque désespérée d’une résistance ultime qui se heurte au mur du capitalisme le plus intraitable.

Une entreprise au double visage

Avec ses 20,7 milliards d’Euros de chiffre d’affaires annuel, Sodexo est une entreprise florissante jouissant d’une image boursière « exemplaire ». Elle est décrite dans la presse financière comme possédant « l’un des meilleurs historiques de progression des résultats sur 16 ans, une situation financière solide permettant des acquisitions ciblées et la poursuite du retour de cash à l’actionnaire, un potentiel élevé sur le marché mondial de la restauration collective ». Non contente de cette position enviable auprès des investisseurs du monde entier, elle se paie le luxe de se doter d’une image écolo-humanitaire. Entreprise « engagée », elle produit ses carottes dans les Landes et prône le « vivre ensemble ». Elle participe à un programme contre la faim dans le monde, Stop Hunger qui est l’un des contributeurs des Restos du Cœur, des banques alimentaires et de la Croix Rouge. Ca c’est pour la vitrine.

Mais comment ne pas être frappés par le cynisme d’un tel affichage quand on sait que ces associations humanitaires d’urgence sociale distribuent des repas aux victimes du système capitaliste, à des travailleurs pauvres qui ressemblent comme des frères à ceux que Sodexo va mettre sur le carreau ? Comment ne pas être révoltés d’entendre ce fleuron du Cac 40 se vanter de son rôle « d’ascenseur social » avec ses « 5 millions d’heures de formation entre 2014 et 2015 » tandis qu’il emploie des salariés en CDI intermittents qui ne sont pas rémunérés pendant les vacances scolaires et qui doivent vivre avec environ 500 euros par mois ?

Ne pas ouvrir une brèche dans les profits substantiels des actionnaires

Une telle santé financière, un tel dynamisme, un avenir aussi prometteur et un refus obstiné de satisfaire des revendications ultimes, représentant des sommes dérisoires, alors que l’essentiel a été gagné pour la direction et que les licenciements auront bel et bien lieu … les salariés ne comprennent pas. Aucun de nous ne comprend. Ou plutôt, nous comprenons trop bien.

Et d’abord, pourquoi licencier ? On l’a dit l’entreprise se porte fort bien. Il ne s’agit pas d’un licenciement économique qui serait dû à une baisse d’activité drastique. Au contraire, la croissance est au rendez-vous. Mais nous le savons, ce qui guide les capitalistes ce n’est pas seulement la loi du profit, c’est la loi du profit maximum. Les repas que confectionnaient les 62 salariés de Dreux ne disparaissent pas. On peut supposer qu’ils seront répartis sur les autres sites avec d’autres modes de distribution ce qui équivaut évidemment à une exploitation accrue des autres travailleurs.
Cette « économie d’échelle », comme on l’appelle si joliment, étant mise en place grâce aux licenciements, cela n’explique cependant pas pourquoi la direction refuse d’accorder les indemnités supra-légales qui, si l’on se place de son point de vue, lui permettraient d’apaiser le conflit et d’assurer une fin de vie à la cuisine de Dreux dans une relative « paix sociale ».

C’est tout simplement qu’à Sodexo on sait calculer. Si les indemnités légales versées aux salariés licenciés sont si ridiculement faibles et relèvent de l’indécence, c’est tout simplement que les salaires sont eux-mêmes dramatiquement faibles. « Peanuts » multiplié par 2, 5 ou 10 ans d’ancienneté, ça fait toujours « peanuts ». Mais si, comme ça semble être le cas, un ou deux autres PSE sont dans l’air avec plusieurs dizaines, voire centaines de salariés à indemniser, ça commence à faire beaucoup pour les dividendes des actionnaires. Et puis si vous multipliez les indemnités pour les plus bas salaires par 5,6 ou plus, les cadres qui ont des salaires beaucoup plus élevés ne risqueraient-ils pas de renchérir ?

Bref, ce que la direction ne veut surtout pas c’est créer un précédent. Mais sa détermination va encore plus loin. Ce qu’elle veut, ce que veulent les patrons, c’est enlever définitivement aux salariés toute velléité de leur tenir la dragée haute.
Une tactique consommée pour mettre des salariés surexploités à genou
Mais comment en est-on arrivés à ce que 3 salarié.es en soient réduits à entrer en grève de la faim prolongée et à risquer leurs vies pour des sommes dérisoires pour leur employeur. En fait, la tactique est rôdée, le Medef la connaît et le leader mondial de la restauration d’entreprise encore mieux :

Premier temps : utiliser, en toute légalité, les possibilités qu’ouvrent le dialogue social, la négociation et la législation en matière de mise en place d’un PSE. Même si ça s’est fait très vite, même si Dreux n’a pas eu vent de ce qui se tramait dans les locaux de la direction à Guyancourt, le PSE a été légalement signé par trois syndicats « représentatifs », au mois d’août.

Deuxième temps : battre en brèche la légitimité du mouvement d’ampleur qui commençait à s’engager avec les grèves et les blocages. Le rôle de la direction de la CGT Sodexo, qui n’avait pourtant pas signé le PSE, a été de ce point de vue déterminant. Non seulement elle n’a pas encouragé ni soutenu les actions de grève et de blocage, mais elle aurait, par la suite, démis de son mandat une responsable syndicale en raison du soutien apporté aux grévistes de la faim.

Troisième temps : diviser les travailleurs entre eux. La direction a tout fait pour provoquer la division d’un mouvement qui au départ prenait des allures de solidarité. Un certain nombre sont rentrés dans le rang et se soumettent à l’application du PSE. Une douzaine de grévistes ont malgré tout tenu bon sur le site de Dreux. Puis trois d’entre eux se sont mis en grève de la faim devant le siège à Guyancourt, loin de leur base et de la solidarité possible de leurs collègues.

Quatrième et dernier temps : user la résistance des grévistes de la faim. Bien qu’ils soient sous ses yeux à longueur de journées et de nuits, la direction n’a pas bougé le petit doigt pendant 10 jours. Seule concession, après plusieurs jours, le droit de se rendre aux toilettes et à la douche, et encore pas le week-end. Elle a placé en permanence des vigiles qui restent à peine à 2 ou 3 mètres de leur installation observent leurs faits et gestes, écoutent leurs propos, demandent les papiers d’identité à ceux qui viennent les voir.

C’est dans ces conditions que s’est ouverte la dernière phase de « négociation ». Après avoir reçu les DP, puis les DP et les grévistes de la faim, la direction ne dévoile toujours pas ses intentions et joue la montre. Elle remet à jeudi, ou peut-être plus, la recherche d’une proposition viable de sortie de conflit. Les grévistes quant à eux en sont à leur 17ème jour sans manger, sous la tente et par 0°C.

Dans ce tableau très noir, un élément de solidarité essentiel pour Abdel, Nathalie et Sébastien. Ils ont depuis plusieurs jours le soutien du Front Social des Yvelines qui rassemble Solidaires 78, CGT Educ 78, Attac 78 nord, des militants des Yvelines de la CGT, FO, CNT, France Insoumise et du NPA. L’écho qui a ainsi été donné à leur lutte est désormais relayé par la presse et certaines chaînes de télévision. De nombreux militants seront rassemblés ce jeudi 30 septembre devant la Direction de la Poste des Yvelines à Guyancourt en soutien à Vincent, représentant syndical victime de répression et convoqué pour un conseil de discipline. Ils ne manqueront pas d’aller exprimer leur solidarité aux grévistes de Sodexo.




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