Politique

Panama Papers

Quand la CIA se met au vert dans les paradis fiscaux

Publié le 12 avril 2016

Avec le scandale des Panama Papers, on avait compris, s’il fallait encore une preuve, que la légalité n’était pas la même pour tout le monde. Quand on est riche, qu’on fait partie des « puissants » de ce monde, on peut dissimuler ses agissements dans des sociétés écrans, puisqu’il existe des cabinets d’avocats véreux comme Mossack Fonseca pour les faire éclore aux quatre coins du monde. Y compris quand on se dit le parti politique le plus investi dans la défense des classes populaires comme le FN, et d’autant plus quand on s’appelle Cameron et qu’on est à la tête d’une des plus grande puissance économique qu’est le Royaume-Uni. Apparemment aussi, selon les révélations du jour, quand on est la plus grande agence de renseignements, j’ai nommé la CIA.

Camilla Ernst

« Des agents secrets et leurs indicateurs ont utilisé dans une large mesure les services du cabinet », « Des agents ont fait ouvrir des sociétés-écrans pour dissimuler leurs actions (…) Parmi eux figurent également des intermédiaires proches de la CIA  ». Les dernières révélations du Süddeutsche Zeitung, le quotidien allemand d’où toute l’histoire est partie, en disent long sur les méthodes de financement de ses agents ou proches utilisées par l’agence de renseignements américaine. Il s’agit notamment d’agents impliqués dans le scandale de l’Irangate, une sombre affaire de ventes secrètes d’armes à l’Iran dans les années 80 en échange de la libération d’otages américains au Liban. Des sociétés-écrans également utilisées afin d’aider financièrement les Contras nicaraguayens (la « Résistance nationale » contre-révolutionnaire de l’époque au Nicaragua, opposée au parti social-démocrate sandiniste). Soit la corruption pour la défense des intérêts nationaux et impérialistes américains et contre l’émancipation des classes populaires au Nicaragua.

Figurent aussi parmi les clients de Fonseca, « d’actuels ou d’anciens responsables de haut rang des services secrets d’au moins trois pays, [...] l’Arabie Saoudite, la Colombie et le Rwanda », parmi eux le cheikh Kamal Adham, ancien responsable des renseignements saoudiens décédé en 1999, et qui « passait pour être dans les années 70 l’un des principaux interlocuteurs de la CIA » au Moyen-Orient.

Sans tomber dans une dérive complotiste, l’utilisation de sociétés-écrans et de paradis fiscaux par une agence de renseignements aussi puissante que la CIA, permettant à ses (proches) agents de dissimuler leurs actions, donne de quoi réfléchir sur les potentiels usages par les États capitalistes des services que de telles agences ont à offrir. La preuve par les faits : faits de corruption et de fraude fiscale, sous prétexte de secret bancaire et commercial, afin d’asseoir leur domination impérialiste dans les pays semi-coloniaux. Pour une agence créée au début de la Guerre froide afin de surveiller l’« ennemi » soviétique, cette affaire réaffirme les objectifs initiaux de la CIA : celui de défendre les intérêts d’une puissante minorité, de maintenir des pays sous son joug, de détourner des deniers publics à des fins de corruption. Les Panama Papers révèlent au monde entier tout ce que cache la culture du secret des dominants. Cependant, on peut présumer du fait que beaucoup reste encore dans l’ombre, en supposant que cette révélation ne soit que l’arbre qui cache la forêt.