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Politique

‘Valeurs actuelles’ et les catho trads au Trocadéro en soutien à Fillon

Quand la droite descend dans la rue, ça pue la réaction

Peu après l’annonce du maintien de François Fillon, malgré sa future mise en examen, l’équipe du candidat a annoncé l’organisation d’une manifestation de soutien à l’ancien Premier ministre ce dimanche 5 mars, à 15 heures, au Trocadéro, à Paris. En pleine tourmente, et alors que nombre de ténors de la droite sont en train de le lâcher, cette opération vise à démontrer aux cadres du parti que le peuple de droite le soutient toujours. Une opération à double tranchant, d’autant que la manifestation divise dans son propre camp.

Damien Bernard

Les réactionnaires dans la rue. Une première depuis les manifestations de policiers qui exigeaient plus d’armes et plus d’impunité policière en novembre dernier. En pleine descente aux enfers, c’est le staff resserré du candidat qui est cette fois à l’initiative d’une manifestation de rue pour sauver le soldat Fillon. Pour remobiliser les ultras, on compte sur les souvenir. Beaucoup ont en effet en tête le meeting d’entre-deux-tours de Nicolas Sarkozy sur la même place, en 2012. A l’époque, le président-candidat avait revendiqué le chiffre largement gonflée de 200.000 participants.

La droite dans la rue. Un comble pour le parti traditionnel qui n’hésite pas à traiter de « racaille », les jeunes des quartiers populaires qui manifestent contre les violences policières. Un comble aussi pour celle qui accuse les cégétistes de mettre la « France » sens-dessus-dessous, lorsqu’elle descend dans la rue pour défendre les acquis sociaux, fruits des luttes sociales. Un climat de « guerre civile » bien préparé en amont. C’est au travers de grandes formules que Fillon a travaillé le peuple de droite, contre ce « coup d’état institutionnel » qui n’est qu’un putsch dans l’esprit de Fillon.

« L’idée, c’est de laisser nos potentiels électeurs exprimer leur colère, mais surtout leur foi en notre projet pour redresser le pays. »

Comme une opération de la dernière chance. Tandis que les ténors de la droite commencent à quitter le navire, François Fillon maintient le cap contre vents et marées. « La base, elle, tient », a-t-il affirmé haut et fort à Nîmes, ce jeudi 2 mars. Et c’est justement sur cette « base » radicale, les ultras du peuple de droite, que l’équipe rapprochée de Fillon compte s’appuyer pour tenter de sauver sa candidature. Le candidat devrait prononcer, dimanche, un discours au « peuple de France ».

Pour organiser cette mission des plus périlleuses, une manifestation de la droite aux abois en pleine campagne présidentielle, François Fillon a souhaité s’appuyer sur le savoir-faire des anciens de La Manif pour tous (LMPT). C’est Christophe Billan, président de Sens Commun, l’émanation politique de La Manif pour tous, qui a hérité de la mission d’organiser cette opération de remobilisation. Une enveloppe de 200.000 euros lui aurait été confiée. Cette décision n’a clairement pas plu à l’équipe de campagne de Fillon, ce dont témoigne, notamment, la longue suite de défections qui a ponctué la journée de jeudi.

Ce serait Pierre Danon, ancien PDG de Numericable et Capgemini, et pilier de la campagne Fillon, pour laquelle il coordonne la « société civile » et assure le lien avec les patrons, qui serait à l’origine de l’initiative. Le fidèle de Fillon, depuis 2013, a pris les manettes de la logistique du Trocadéro. « Ordinairement, je ne suis pas un grand fana des manifs mais j’ai reçu ces dernières semaines des centaines de mails m’invitant à prendre une initiative. Après ce qu’il s’est passé mercredi, on s’est dit que c’était le moment ». Il veut croire que qu’ils devraient être « pas loin de 100.000 ».

Au fur et à mesure de la journée de jeudi, le chiffre de participation s’est dégonflé comme un ballon de baudruche. Galvanisés dans les premières heures suivant l’annonce de François Fillon, certains de ses proches annonçaient d’abord 300.000 personnes, un chiffre rabaissé à 100 000 personnes puis réévalué un peu plus tard à 50.000 personnes. Pour mobiliser de telles troupes en quatre jours, avec un candidat au bord de l’agonie, une cellule de bénévoles a été chargée en urgence de faire de la relance téléphonique à la chaîne.

C’est l’hebdomadaire Valeurs actuelles, journal de droite réactionnaire, qui en avait révélé la tenue en la présentant comme « la riposte du peuple de droite » pour « protester contre le coup d’Etat des juges ». Pourtant dans le camp Fillon, beaucoup s’inquiètent de cette « radicalisation » du discours. « C’est un rassemblement de soutien à François Fillon, ce n’est pas un rassemblement contre les juges », a précisé le député LR Jérôme Chartier, conseiller spécial du candidat, mercredi sur France 5. Le ton est sobre dans le mail d’invitation : « Manifestez votre soutien à François Fillon, son projet et sa candidature ».

Mais au-delà, des effets d’annonce, c’est bien la frange dure de la droite, celle qui a plébiscité Fillon à la primaire de novembre, qui est appelée, elle-même qui pousse à descendre dans la rue ce dimanche 5 mars. Alors que les affaires s’accumulent, François Fillon compte sur une situation mouvante pour renverser à 180 degré la tendance en radicalisant jusqu’au bout sa campagne. Une façon aussi de se montrer plus radical que le FN, en rameutant les ultras dans une manifestation de rue. Cette manifestation illustre une droite aux abois, révélant toujours plus le climat plus général de la crise organique. Une preuve aussi de la détermination du camp d’en face à en découdre.




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