^

Politique

« Mon patron, ce génie, pense pour vous ! »

Quand le patronat se fait la police du bulletin de vote

Ils exploitent, licencient, harcèlent, et voilà que maintenant les patrons s’adonnent au paternalisme électoral pour leur propre intérêt bien évidemment. Ainsi, c’est avec consternation que des salariés de Poujoulat, fabricant de cheminées, ont reçu une lettre le 14 avril de leur directeur pour le moins explicite quant à l’élection de ce dimanche. Une lettre qui, même si Frédéric Coirier s’en défend, a tout d’une consigne de vote.

« Le choix de la responsabilité »

Ce n’est pas moins de 1500 salariés qui ont reçu ce courrier de la part de leur directeur, où, sous couvert du « choix de la responsabilité », ce dernier s’attelle surtout à mettre en avant les intérêts de l’entreprise. Frédéric Coirier commence ainsi par une mise en garde contre une « surenchère de propositions fantaisistes et de plus en plus coûteuses » qui ne sont pas « soutenables car notre pays croule déjà sous la dette ». Et de rajouter que toutefois il ne souhaite, par cette lettre, ni « introduire la politique au sein de l’entreprise » ni « donner une quelconque consigne de vote ». Comme si affirmer que les programmes de certains candidats sont plus réalistes et crédibles que d’autres car ils font plus de cas de la dette que du chômage, de la précarité ou du mal logement, ce n’était pas « introduire la politique dans l’entreprise ».

De la dette à l’Europe

Mais Coirier ne s’arrête pas là puisque, à l’instar de Fillon, la dette de la France semble l’empêcher de dormir : « S’il continue sur le chemin de l’endettement, notre pays n’aura bientôt plus son destin en main. Pensons à nos enfants qui devront, si rien ne change, faire face à ce mur ! ». Et qui plus est, la France doit « adapter son train de vie à ses moyens », forçant « l’Etat et les collectivités à dépenser mieux et un peu moins ». Coirier en vient alors, tout naturellement à l’Europe qui, si elle « n’est pas parfaite », « garantit la paix » et « constitue un immense marché dont le Groupe Poujoulat bénéficie ». Ainsi donc l’avenir « de nos enfants » se confond avec les intérêts du groupe puisqu’il faudrait un Fillon ou un Macron pour assurer d’un même coup le remboursement de la dette et la libre circulation des capitaux qui, en dernière instance, profite au patronat et pas aux travailleurs. Enfin, Coirier « regrette aussi que les débats de fond aient été étouffés par des affaires et des polémiques ». Des affaires et des polémiques qui, en réalité, posent aussi un débat de fond, que le PDG, lui, veut étouffer : celui d’une caste politicienne, professionnelle et corrompue qui pique dans les caisses et veut imposer des mesures d’austérité aux travailleurs. Et si l’Europe ne connaît pas de guerre comme en Syrie ou en Irak, l’Europe, comme partout ailleurs, repose sur l’exploitation de classe qui elle aussi fait des morts que la bourgeoisie s’empresse de rendre invisibles (suicides, accidents, maladies professionnelles, ravages du chômage).

Pire que des consignes de vote, l’infantilisation

Coirier incite donc ses salariés à ne voter ni pour l’avenir de leurs enfants, ni pour l’avenir de leurs emplois, mais bien pour l’avenir de ses profits. C’est donc en réalité une véritable attitude paternaliste qu’adopte le PDG et qui a été d’ailleurs vivement dénoncée par la CGT de Westaflex, filiale de Poujoulat, de Tourcoing. En effet, dans un tract ironiquement intitulé « Mon patron, ce génie, pense pour vous ! », le syndicat demande ainsi très justement s’il s’agit d’un « embrigadement politique ou d’un nouveau paternalisme qui ne vise, en fait, qu’à défendre les intérêts de Coirier aux détriments des nôtres ». Ainsi, de nombreux salariés se sont sentis infantilisés par Frédéric Coirier comme le souligne également l’union locale CGT de Tourcoing.

Avant Coirier, Francis Holder

Peu de temps avant, le 8 avril, Francis Holder, PDG de la chaîne de boulangeries Paul et de Ladurée avait annoncé via une vidéo sur tweeter son soutien à François Fillon. Oui mais voilà, Holder s’est exprimé en se présentant comme « l’ambassadeur » de ses 14 000 salariés sans, bien sûr, les avoir consultés au préalable. Voici donc ce qu’a déclaré le patron dans la vidéo : « Je suis ici en tant qu’ambassadeur des 14 000 employés qui forment l’entreprise pour vous dire que j’ai regardé le programme de monsieur Fillon et quand il nous parle de la libération du travail, c’est la demande que fait l’ensemble du personnel de pouvoir libérer le travail, de pouvoir travailler quand on a envie de travailler plus, simplifier le code du travail c’est évident ». L’ambassadeur tient donc plus de l’autocrate qui s’arroge le droit de s’exprimer au nom des travailleurs de l’entreprise et, qui plus est, de les instrumentaliser pour servir ses propres intérêts. En effet, la libéralisation du travail, à la sauce patronale, n’a rien d’une demande des travailleurs. Et quant à l’envie de travailler plus, ce n’est ni par zèle ni par plaisir, mais bien par nécessité lorsque les salaires sont trop bas et le coût de la vie trop chère. Cette usurpation de la voix des salariés, Holder a dû revenir dessus notamment suite à la colère des syndicats, et abandonner la fausse caquette d’« ambassadeur » pour parler seulement en son nom.




Mots-clés

Présidentielles 2017   /    Patrons-voyous   /    Politique