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Société

Le capitalisme : voler les plus démunis pour payer les privilèges des riches

Quand les banques font casquer les pauvres pour faire plus de fric

On le sait depuis Coluche et son sketch sur le prêt immobilier à long terme : « moins tu peux payer, plus tu payes ». Le système bancaire, analysé par le magazine 60 millions de consommateurs, fonctionne de la même manière : moins on a d'argent sur son compte, plus la banque prélève des amendes et frais liés aux impayés ou aux dépassements de découvert.

Comment justifier un tel système, qui consiste à nous faire payer notre pauvreté ? Les journalistes de France inter ce midi hésitaient entre vertus punitives et vertus pédagogiques. Le capitalisme s’apprend dans la douleur.

Ce qui vaut pour les banques vaut pour l’ensemble du système : forfaits téléphone qui ne sont pas « passés », défaut de paiement de la facture EDF, retard dans le virement du loyer. Dans l’ensemble de ces cas, et puisqu’aucune loi n’existe qui nous empêche d’être pauvres, les lois protègent les entreprises et les propriétaires. Donc on paie des frais de rejet, des amendes ou un surcoût qui consolent l’entreprise ou le proprio d’avoir dû attendre un délai pour recevoir de l’argent.

L’article de 60 millions de consommateurs révèle aussi l’importance pour les banques de l’ensemble de ces frais : à eux seuls, ils représentent 30 à 35 % du chiffre d’affaires des banques de détail (soit 4,9 milliards chaque année). Quand on sait que de l’autre côté, les banques n’ont de cesse d’offrir des facilités de paiement aux clients riches, on comprend qu’il s’agit de l’application très prosaïque des vases communicants : les pauvres, qui paient très cher leur service bancaire, alimentent le fonds qui permet aux banques de soulager les riches.

Pour répondre aux journalistes de France inter, qu’il y ait là une vertu punitive, c’est sans aucun doute. Il s’agit de culpabiliser le manque d’argent, de punir ceux qui, pour une raison ou pour une autre se retrouvent en difficulté, tout en oubliant que ce sont les patrons et les logiques capitalistes qui fabriquent le chômage. Macron ne dit pas autre chose que ce qui se bafouille déjà depuis longtemps : les pauvres sont des fainéants, des gens qui foutent le bordel au lieu de chercher sérieusement du travail, et qui méritent d’être contrôlés au quotidien. Bref, si nous sommes pauvres, c’est quand même un peu de notre faute.

Mais, vertu pédagogique ? Sans rien dire de l’affreuse pédagogie que cela supposerait s’il fallait prendre au sérieux cette question, on peut quand même souligner que la pauvreté, le manque, le besoin, sont attachés au corps, et que, faire souffrir quelqu’un de cette manière, c’est imprimer dans le corps la cruauté et la violence de l’ensemble du système économique. Cette violence qui se voit sur les visages, sur les traits tirés, dans les corps fatigués, c’est bien celle du capitalisme, un système qui a besoin de notre usure pour produire toujours plus de profit, et qui n’hésite pas à nous faire payer, cyniquement, notre mauvaise position sociale dans la répartition des rôles. Marx disait vouloir faire sortir l’humanité du capitalisme comme de sa préhistoire. Et en effet, c’est la loi monstrueuse de la jungle du capitalisme qu’il est temps d’abolir.




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